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Ramadan. Chroniques d’un jeûneur

samedi 21 février 2026 par Laurent Bonnefoy

Alors que débute le mois de ramadan de l’année 1447 du calendrier hégirien, Akram Belkaïd publie une touchante introspection sur son expérience intime de jeûne. Il saisit là matière à explorer les sens pluriels que prend cette période de spiritualité et de consommation parfois frénétique pour les musulmans du monde.

Photo : Égypte, 21 février 2025. Un enfant achetant des gâteaux devant un magasin vendant des lanternes de ramadan. Foua42000/wikimedia

Dans les médias français, le mois de ramadan est fréquemment présenté comme un problème public. Il est l’objet de controverses absurdes qui reviennent comme des marronniers.
Élèves et travailleurs musulmans qui manqueraient de concentration, sportifs manquant de « jus », espaces halal dans les supermarchés jugés envahissants, ou incivilités nocturnes dans les « quartiers » : ces thèmes révèlent le rapport fantasmé d’une partie des élites au quatrième pilier de l’islam.

À l’inverse, les injonctions religieuses et l’aspect parfois démonstratif des appels au respect du jeûne diurne par certains acteurs musulmans desdits « quartiers » ou sur internet occultent trop souvent la part intime de ce mois sacré.

Polysémie du ramadan

C’est tout le mérite des Chroniques du ramadan d’Akram Belkaïd que de mettre en lumière la dimension affective que charrie le ramadan. Par là même, l’auteur délaisse les controverses et les instrumentalisations et se place à vie d’homme et de femme — croyant ou non.

Il précise :

  • Il n’y a rien d’étrange ni de mystérieux dans le fait de jeûner durant le mois de ramadan. Pas de rite obscur, pas d’incantation ésotérique, pas d’intention violente ou de volonté prosélyte. La chose est très simple et personnelle. Rien de plus.

L’humour parfois caustique d’Akram Belkaïd, rédacteur en chef du Monde diplomatique et membre du comité de rédaction d’Orient XXI, redonne au ramadan, ce « fait social total » comme aurait pu le décrire le sociologue Marcel Mauss, sa polysémie.
Ni uniquement incantation religieuse, ou moment de spiritualité, ni seulement coquille culturelle vidée de sens, le ramadan est tant de choses à la fois.
Il est aussi une fête dont il convient de (re)trouver le sens, y compris politique.

La succession des vingt chroniques, l’usage de la première personne et la sagacité éprouvée de ces observations en font un ouvrage accessible. Sans réel début ni fin, il conviendra de picorer dans les chapitres à sa guise et en fonction de son appétit ou de sa soif du moment.
Akram Belkaïd alterne entre la légèreté quand il décrit le consumérisme ou les « trucs » déployés par certains jeûneurs pour ne point trop changer leurs habitudes, et la gravité quand il se demande ce qu’il est encore possible de célébrer après les dizaines de milliers de morts de Gaza.

De Mascate à la place Monge

L’on retiendra tout d’abord combien l’exploration de ce mois sacré révèle une ambivalence entre ses dimensions universelles et particulières. Fait indéniablement mondialisé, le ramadan évolue constamment sous l’effet de phénomènes de « créolisation ».

Les chroniques d’Akram Belkaïd ici publiées rappellent ce qu’il y a de commun entre un iftar, repas de rupture du jeûne, à Mascate, à Argenteuil et à Alger. Dans le même temps, chacune de ces expériences ramadanesques, qu’elle se déroule place Monge, dans le 5e arrondissement de Paris, ou dans le désert égyptien, est marquée par l’intime, un contexte politique et toute une série de singularités.

Ainsi le ramadan est-il une porte d’entrée pour appréhender les sociétés, mais aussi les individus, les comparer dans leurs pratiques quotidiennes, tout en préservant une part de joie et de bonheur.

Reconnaissons que l’état du monde ne nous offre actuellement guère l’opportunité de nous montrer légers. C’est là aussi un atout de ce « voyage intimiste au cœur du jeûne ». Sa dimension humaniste — et donc indéniablement politique — transparait dans chaque page et le fait qu’il s’achève par une surprise culinaire n’en est que plus délectable.

La part revisitée du religieux

La succession des chroniques de l’auteur nourrit aussi une réflexion sur la place de la religion dans la société française. À rebours des discours politiques qui cherchent à imposer un effacement du religieux, surtout — et parfois seulement — quand il est musulman, les Chroniques du ramadan ici présentées illustrent combien la spiritualité contemporaine ne s’efface pas. Seul son sens et ses manifestations se transforment.
Le ramadan décrit et vécu par l’auteur s’inscrit aussi dans un contexte français, dans une histoire parfois plus longue que certains voudraient bien nous le faire croire et qui n’en fait pas un objet importé ou étranger.

La vivacité de la pratique du jeûne par les musulmans, sous des formes variées et très souvent individualisées, en fait l’incarnation de processus contemporains qui recomposent la part du religieux.

Ceux-ci concernent également juifs et chrétiens ainsi que des adeptes d’autres formes de relations au divin. Les nouvelles générations, dont le rapport souple à la laïcité est souvent stigmatisé par leurs aînés en France, s’inscrivent dans un rapport distinct au spirituel et à ses manifestations quotidiennes.

La valorisation inattendue du carême sur les réseaux sociaux catholiques, la mise en avant de formes de judéité qui mettent l’État israélien à distance incarnent des quêtes de sens qui sont autant personnelles que collectives.
Elles peuvent être surprenantes, contre-intuitives, mais elles ne sont pas nécessairement le signe d’une irrationalité croissante ou d’un obscurantisme qui vient.

L’affirmation de la banalité du mois sacré de ramadan, à travers les expériences singulières d’Akram Belkaïd, est dans ce cadre une contribution pertinente, et donc loin d’être anecdotique, à la compréhension de notre époque.
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Chroniques du ramadan

Akram Belkaïd
Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au cœur du jeûne
Tallandier, 2026
240 pages
19€90


Voir en ligne : https://orientxxi.info/Ramadan-Chro...

   

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