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Posts de Quentin Deranque : à l’Assemblée nationale, le malaise grandit

samedi 14 mars 2026 par Bérénice Gabriel

Les révélations de « Mediapart » sur les nombreuses publications racistes et antisémites de Quentin Deranque bousculent les députés, qui avaient rendu hommage mi-février au militant d’extrême droite tabassé à mort. Yaël Braun-Pivet se dit « horrifiée », mais assume une décision prise « dans un contexte de grand émoi ».

Photo : Boris Vallaud, Sébastien Chenu, Yaël Braun-Pivet, Éric Coquerel et Cyrielle Chatelain. © Photos Sébastien Calvet / Mediapart, Arthur N. Orchard / Hans Lucas via AFP et Adnan Farzat / NurPhoto via AFP- Ils ont tous accepté la minute de silence !(JP)

  • « Moi je soutiens Adolf, mais chacun son truc »,
  • « On ne veut pas vivre avec des Africains, qu’ils soient délinquants ou non »,
  • « On veut le fascisme »…

Les milliers de posts que Quentin Deranque a publiés sous pseudonyme sur le réseau social X retrouvés par Mediapart montrent l’étendue de sa pensée raciste et antisémite, construite autour d’une glorification du fascisme et d’une nostalgie du nazisme.

Présenté par ses proches comme quelqu’un « avec une noblesse d’âme impressionnante » et comme un fervent catholique qui « consacrait ses nuits à l’aide aux sans-abri et à la lecture », le jeune homme de 23 ans, tabassé à mort à Lyon (Rhône) par un groupe d’antifascistes le 12 février, a été érigé en martyr par une grande partie de la droite et de l’extrême droite.

L’Assemblée nationale a même organisé le 17 février une minute de silence pour saluer sa mémoire. Ce jour-là, c’est l’ensemble de la représentation nationale qui s’est levée dans l’hémicycle, de même que les membres du gouvernement, malgré un malaise grandissant au Palais-Bourbon, notamment dans les rangs de la gauche.
Malaise qui a pris une nouvelle ampleur après les révélations de Mediapart.

La présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, qui a accepté d’organiser la minute de silence à la demande du patron des député·es Union des droites pour la République (UDR), Éric Ciotti, se dit aujourd’hui « horrifiée par ces révélations ». Son entourage souligne que cet hommage visait surtout à marquer « le rejet des violences par l’Assemblée » et que «  la décision a été prise dans un contexte de grand émoi », « à l’unanimité par la conférence des présidents ».

« Rendre hommage à un jeune homme tué de manière violente ne signifie en aucun cas approuver les propos ou méthodes qu’il aurait pu défendre », affirment encore les équipes de Yaël Braun-Pivet. Un an plus tôt, lorsqu’il était question de rendre hommage à Aboubakar Cissé, victime d’un crime islamophobe dans le Gard, la présidente de l’Assemblée s’était montrée beaucoup plus réticente, invoquant de nouvelles règles internes prises pour éviter la multiplication des minutes de silence pour des « cas individuels ».

Regrets à gauche

À gauche aussi, on se défend d’avoir voulu glorifier Quentin Deranque. À l’instar du député Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste (PS), qui écrit sur le réseau social X après nos révélations : « Quentin Deranque a été une victime, mais il ne sera jamais un héros. » Contactée par Mediapart, la présidente du groupe écologiste à l’Assemblée, Cyrielle Chatelain, rappelle la position de son parti : « Si vous regardez les propos qu’on a tenus, on a tout de suite dit que c’était un militant néonazi, on n’a pas cherché à l’enjoliver. »

Même son de cloche du côté de Boris Vallaud, le président du groupe socialiste au Palais-Bourbon, qui assure qu’« il ne s’agissait évidemment, en aucune manière, de rendre un hommage à ce qu’était Quentin Deranque », dont les propos exhumés par Mediapart « sont absolument accablants et à vomir ». Le député rappelle avoir insisté, lors de la conférence des président·es, pour que cette minute de silence soit consacrée « à toutes les victimes de violences politiques » et non pas seulement au militant néofasciste.

Du côté de La France insoumise (LFI), personne ne se bouscule pour répondre à Mediapart sur le sujet. Contacté·es, ni la présidente du groupe insoumis à l’Assemblée, Mathilde Panot, ni les députés Paul Vannier et Manuel Bompard, coordinateur national du mouvement mélenchoniste, n’ont retourné nos sollicitations.

Seul le député LFI Éric Coquerel reconnaît que les choses auraient été différentes si les messages postés par Quentin Deranque avaient été connus plus tôt.

  • « Si on avait eu connaissance de ça à ce moment-là, c’est clair que notre position n’aurait pas été d’y participer, dit-il. Est-ce que maintenant qu’on a toutes ces infos on le referait ? Ma réponse est non. On savait qu’il était dans un groupe d’extrême droite, mais on ne savait pas que c’était aussi prononcé et aussi ancré. Nous, on ne s’est pas précipités pour en faire un martyr. »

Déni et silence à l’extrême droite

Le président de la commission des finances de l’Assemblée dénonce « ceux qui ont participé à ce récit » à la gloire de Quentin Deranque. Il vise en particulier le député Rassemblement national (RN) Sébastien Chenu, qui, selon des propos rapportés par Mediacités, a affirmé lors d’un meeting :
« Il était des nôtres, parce qu’il était de notre tribu, celle des patriotes. »

Sollicité par Mediapart, l’élu d’extrême droite assure qu’« évidemment, si ces propos [tenus sur les réseaux par Quentin Deranque – ndlr] étaient avérés, écrits ou tenus, cela m’inviterait à totalement reconsidérer mes propos ».

Mais au sein du parti de Jordan Bardella, d’autres ont préféré balayer le sujet.

  • « Réponse aux gauchistes : non, sa mort n’est pas justifiée. Du reste, pas de preuves matérielles dans l’article. Et la Jeune Garde est une milice violente, intégrée à LFI, qui fait des ratonnades, jusqu’au meurtre », a notamment écrit sur X le député RN Matthias Renault dans la foulée de notre article.

L’eurodéputé RN Pierre-Romain Thionnet est quant à lui allé jusqu’à regretter auprès de Libération de ne pas avoir « davantage pointé […] la responsabilité de journalistes comme ceux de Mediapart ou leurs confrères aux méthodes antifascistes dans la mort de Quentin ».

Également sollicité·es, ni Jordan Bardella, ni Marine Le Pen, ni leur allié Éric Ciotti n’ont répondu à nos questions. Pas plus que Laurent Wauquiez, qui avait lui aussi érigé Quentin Deranque en martyr, en le présentant comme « un fils qui est mort parce qu’il défendait ses idées, victime de la haine et de la barbarie ».

Le chef de file des député·es Droite républicaine (DR) est aussi à l’origine de l’affichage du portrait du militant d’extrême droite sur le bâtiment du conseil régional Auvergne-Rhône-Alpes.


Voir en ligne : https://www.mediapart.fr/journal/fr...

   

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