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Interview de Lénine par Clara Zetkin : « La prostitution n’est pas un métier. C’est une forme intolérable d’esclavage. »

jeudi 26 mars 2026 par albagranadanorthafrica

En 1920, au cœur de la jeune Union soviétique, Clara Zetkin, figure emblématique du socialisme européen et fervente défenseure des droits des travailleuses, s’entretint avec Lénine au sujet d’une question alors considérée par beaucoup comme « secondaire » : la place des femmes. De cet échange émergea bien plus qu’une simple conversation. Il s’agissait d’une déclaration claire et profonde du dirigeant bolchevique sur le rôle essentiel que les femmes devaient jouer dans la révolution. Nous reproduisons ici la transcription de cet entretien.

Clara Zetkin était une révolutionnaire allemande, une militante marxiste et une pionnière de l’organisation des travailleuses en Europe. Elle a consacré sa vie à la lutte pour le socialisme et l’émancipation des femmes, convaincue que les deux étaient profondément liées.

En 1920, lors d’un voyage à Moscou en tant que dirigeante de l’ Internationale communiste, elle eut une longue conversation avec Lénine , chef de la Révolution russe , au sujet de la question des femmes. Ce qui pouvait paraître une question « secondaire » pour beaucoup à l’époque était, pour Lénine , un thème central : sans l’émancipation des femmes, il ne pouvait être question d’une véritable révolution socialiste.

Son intérêt n’était pas théorique, mais profondément pratique : elle se souciait de savoir comment organiser, mobiliser et transformer les conditions de vie de millions de femmes prolétariennes, rompre avec leur esclavage domestique et garantir leur pleine participation à la construction du nouveau monde communiste .

L’entretien :

Clara Zetkin :

Camarade Lénine , de nombreux camarades révolutionnaires, notamment des jeunes, m’ont demandé de m’entretenir avec vous au sujet de votre position sur la question des femmes. Plus précisément, sur votre rôle dans la lutte socialiste et sur les défis que nous rencontrons dans l’organisation politique des travailleuses. Puis-je vous poser quelques questions à ce sujet ?

Lénine :

Bien sûr, Clara, parlons franchement . Cette question est d’une importance capitale. Je suis profondément préoccupée par le fait que nombre de nos camarades ne saisissent pas pleinement combien la participation active des femmes est essentielle à la lutte révolutionnaire et à la construction du nouvel État.

Clara Zetkin :

En Allemagne, nombre de camarades, même communistes, considèrent encore la question des femmes comme un problème « secondaire » , voire comme une distraction par rapport à la lutte des classes principale. Comment réagiriez-vous face à une telle attitude ?

Lénine :

C’est une grave erreur. La véritable émancipation du prolétariat est impossible sans l’émancipation complète des femmes. Comment construire le socialisme si la moitié de la classe ouvrière reste enchaînée aux structures familiales traditionnelles , au travail domestique non reconnu et à la subordination ? C’est absurde. La révolution doit éradiquer toutes les formes d’oppression , y compris l’oppression de genre.

Clara Zetkin :

Mais de nombreux camarades affirment que « le moment n’est pas venu », qu’il y a des « urgences plus importantes », qu’il faut d’abord consolider le pouvoir du prolétariat et ensuite seulement s’occuper de la question des femmes…

Lénine :

Et quand pensent-ils que ce sera « le bon moment » ? Quand tout sera réglé, quand il n’y aura plus rien à changer ? Ce prétexte du « pas maintenant » a toujours été celui des réformateurs et des opportunistes. La révolution ne tolère pas d’entre-deux. La liberté des femmes ne peut être reportée comme une simple réforme. Elle doit être intégrée dès le départ, comme une composante essentielle de la transformation révolutionnaire.

Clara Zetkin :

Et quel est selon vous le rôle des femmes dans le nouvel État socialiste ?

Lénine :

Un rôle actif, créatif et égalitaire. Il ne suffit pas de proclamer l’égalité sur le papier. Il faut créer les conditions matérielles nécessaires à son accomplissement : crèches, cuisines communautaires, laveries publiques, droit à l’avortement, éducation pour tous. C’est la seule façon pour les femmes qui travaillent de s’affranchir du fardeau des tâches domestiques et de participer pleinement à la vie publique, politique et économique. L’égalité ne s’acquiert pas par des discours , mais par la transformation du quotidien.

Clara Zetkin :

Et que dire des coutumes, des préjugés ? Beaucoup d’hommes qui travaillent considèrent encore les femmes comme leurs servantes ou comme leur propriété.

Lénine :

C’est un problème profondément enraciné, hérité de siècles de patriarcat. Mais la prise de conscience ne se fait pas d’elle-même. Elle évolue grâce aux pratiques sociales. En confiant aux femmes des postes à responsabilité, en démontrant qu’elles peuvent et doivent participer sur un pied d’égalité, les préjugés commencent à s’effriter. Le Parti doit être inflexible sur ce point. Il ne doit tolérer aucune attitude sexiste en son sein. Nous devons éduquer, mais nous devons aussi sanctionner.

Clara Zetkin :

La question du travail domestique est un sujet récurrent. Même dans un État socialiste, de nombreuses femmes restent cantonnées à la cuisine, aux enfants, au ménage … Comment briser ce cercle vicieux ?

Lénine :

Ce travail invisible, ce « travail domestique », comme on l’appelle, a été l’un des mécanismes historiques les plus efficaces pour maintenir les femmes sous le joug . C’est de l’esclavage domestique. Si nous ne socialisons pas ces tâches, si nous ne les libérons pas de la sphère privée, les femmes ne seront jamais libres. Nous avons besoin de cuisines collectives, de crèches dans chaque quartier, de laveries automatiques … Ce n’est pas un luxe ; c’est une mesure révolutionnaire. Et il faut le souligner, non seulement pour libérer les femmes, mais aussi pour le progrès de toute la société.

Clara Zetkin :

Certains camarades disent que cela revient à « bureaucratiser la vie de famille » …

Lénine :

Non à la bureaucratisation ! Libérons ! La femme qui cuisine des heures durant chaque jour n’est-elle pas déjà « bureaucratisée », au sens le plus péjoratif du terme ? Ce que nous proposons, c’est autre chose : que le travail nécessaire à la subsistance soit organisé collectivement, rationnellement et de façon planifiée, et non comme un esclavage individuel au sein du foyer.

« La prostitution n’est pas un métier. C’est une forme d’esclavage que le socialisme doit éradiquer. »

Clara Zetkin :

Vladimir, j’aimerais vous interroger sur un sujet délicat : la prostitution. Certains de mes collègues suggèrent que, dans un État socialiste, elle devrait être reconnue comme une « profession » , assortie de droits. Qu’en pensez-vous ?

Lénine :

Je suis en total désaccord avec ce point de vue. La prostitution est l’une des formes les plus extrêmes d’asservissement des femmes. Il n’y a rien de « professionnel » là-dedans. Les femmes ne sont pas des marchandises . Le corps humain ne devrait pas être vendu, pas plus que le travail des enfants . Le socialisme doit éradiquer les conditions qui la rendent nécessaire : la pauvreté, le chômage et le désespoir . Et nous devons aussi lutter contre la demande, c’est-à-dire contre cette mentalité masculine qui considère comme « normal » d’acheter le corps d’autrui pour son propre plaisir.

Clara Zetkin :

Et concernant l’organisation des femmes, pensez-vous qu’il soit nécessaire d’avoir des structures spécifiques au sein du Parti ou des structures parallèles, comme des mouvements de femmes communistes ?

Lénine :

Oui, c’est essentiel. Non pas pour les séparer, mais parce qu’il existe des problèmes, des expériences et des luttes propres aux femmes , que les hommes ne connaissent pas. Les femmes ont besoin d’un espace pour échanger entre elles, s’organiser, faire entendre leur voix. Mais toujours en lien direct avec le Parti. Il ne s’agit pas de créer des ghettos politiques , mais de renforcer l’unité de classe en reconnaissant sa diversité.

Clara Zetkin :

Mais certains craignent que cela ne conduise à un féminisme « séparatiste » , très éloigné du marxisme…

« Le Parti doit être un laboratoire pour de nouvelles relations humaines. »

Lénine :

La pire forme de séparatisme est celle de ceux qui, sous prétexte d’unité, nient l’oppression concrète subie par les femmes. Ce qui est véritablement marxiste, c’est de comprendre que la lutte contre le patriarcat ne s’oppose pas à la lutte des classes : elle la renforce . Les femmes prolétaires doivent participer activement au processus révolutionnaire , et cela ne se produira pas si elles ne se sentent pas entendues, organisées et autonomes.

Clara Zetkin :

Camarade Lénine , vous avez parlé de la nécessité de transformer les coutumes, les mentalités, la culture… Ne pensez-vous pas que cela prendra beaucoup plus de temps que n’importe quel changement économique ?

Lénine :

Sans aucun doute. Les vieilles idées ne disparaissent pas d’un coup de décret. Même en nationalisant les usines et en socialisant les terres, la mentalité patriarcale persiste, parfois dissimulée, parfois ouvertement. La changer est un travail de longue haleine qui exige une éducation révolutionnaire constante. C’est pourquoi le Parti doit être à l’avant-garde sur le plan moral aussi, et pas seulement économique ou politique.

Clara Zetkin :

Et comment combattre cette morale bourgeoise qui continue d’imprégner même les camarades les plus honnêtes ?

Lénine :

Par l’exemple . Le Parti doit être un laboratoire de nouvelles relations humaines. Si une femme, active dans nos rangs, y subit sexisme, mépris ou exclusion, alors nous échouons. L’expérience vaut mieux que mille discours. Un homme qui fait le ménage, qui élève ses enfants, qui respecte la parole de ses camarades, qui ne recourt pas à la violence, fait davantage pour la révolution que celui qui récite des slogans et se comporte ensuite en chef chez lui.

Clara Zetkin :

Vous insistez beaucoup là-dessus…

Lénine :

Parce que c’est une question cruciale, Clara. Si la révolution n’atteint pas nos foyers, nos lits, nos cuisines, alors ce n’est pas une révolution. Nous ne voulons pas seulement changer qui est au pouvoir, mais aussi notre façon de vivre. Et cela commence par les détails : qui cuisine, qui prend soin des autres, qui parle et qui écoute. L’égalité ne se décrète pas ; elle se construit jour après jour.

Clara Zetkin :

Quel serait donc votre message aux femmes actives qui hésitent encore à s’engager au sein du Parti communiste ?

Lénine :

Qu’ils n’en doutent pas. Leur place est au cœur de la lutte. La révolution n’aura pas lieu sans eux. Personne ne leur « octroiera » de droits : ils doivent les conquérir par leur force, leur intelligence et leur organisation. Et ils ne sont pas seuls. Le Parti qui ne lutte pas pour eux et avec eux ne mérite pas de se dire révolutionnaire.

SOURCE CONSULTÉE

Clara Zetkin, « Extrait des classiques : Entretien de Clara Zetkin avec Lénine sur la question des femmes, 1920 »

Source : canarias-semanal.org

@albagranadanorthafrica


Voir en ligne : https://albagranadanorthafrica.word...

   

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