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La gauche doit lutter contre une société consommatrice de mort en s’opposant à la loi libérale de l’Aide Médicale à Mourir.
mardi 31 mars 2026 par URC
Les atteintes successives à un modèle social répondant solidairement aux besoins de santé sont incompatibles avec la consommation de santé, qui, pour le système capitaliste et sa dérive impérialiste totalitaire, ne peut être que cette réponse à un enrichissement encore plus important de la grande bourgeoisie.
Aussi bien au niveau de la protection sociale de la santé et de l’action sociale existe une maltraitance institutionnelle, tant au niveau des populations concernées, que des travailleuses et des travailleurs de ces secteurs.
Ainsi le "pouvoir de consommation" atteint son paroxysme en asservissant la santé à des seuls critères de rentabilité. Il imprime une servitude volontaire.
Un fascisme moins démonstratif mais tout aussi cruel.
Il y a nécessité pour notre classe de reconquérir par la rue, la conscientisation des masses et la prise du pouvoir, le droit à vivre dignement et à se soigner. Prendre soin de la vie est une nécessité sociale et environnementale indispensable à l’émancipation des peuples et à l’avenir de l’humanité.
« Le centralisme fasciste n’a jamais réussi à faire ce qu’a fait le centralisme de la société de consommation », Pasolini 1973 « Ecrits Corsaires ».
C’est la fascisation de la société de consommation qui nous pousse au suicide !
C’est ce que traduit la loi relative à l’aide à mourir qui propose la création d’un nouveau dispositif de « suicide assisté » ou « l’aide active à mourir ». Les angles les plus morbides de cette loi sont occultés en permettant l’accès à la fin de vie pour les personnes ayant des fragilités psychologiques associées à un « état grave et irréversible de santé ».
Encore faut-il avoir la capacité de situer le curseur précis de ce qui conduit à un état grave et irréversible dans une société où les budgets de la santé et de la recherche sont en baisse constante et ne cessent de faire du profit sur la santé, prétextant « venir en aide ».
Sur ce projet, le Conseil Economique et Social a été saisi par Elisabeth Borne en septembre 2022 pour faire évoluer la loi et organiser une convention citoyenne. 3 mois plus tard, le CSE lançait la création de la « consultation citoyenne » composée de 184 personnes tirées au sort et d’une commission « temporaire » siégeant à l’Assemblée nationale.
Ces 2 instances ont abouti à des préconisations adoptées en 2em lecture par la majorité des sénateurs de gauche et droite ce 25 février 2026.
Il sera de nouveau présenté en avril pour être définitivement adopté.
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- « Cette loi est une porte ouverte pour dézinguer les personnes. Depuis le plan blanc et pendant près d’un mois et demi, je n’ai vu que des gens qui meurent sur les brancards car nous n’avons pas les moyens de leur apporter les soins qui, pourtant, existent dans la loi LEONETTI. » (Z.., médecin.)
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Les dangers occultés d’une loi libérale.
- -Le droit au recours des personnes est de 48h : le candidat au suicide ne peut pas faire marche arrière et son entourage n’a aucun droit de recours.
- - l’utilisation des produits ne permettant pas de vérifier les conditions de souffrance infligées aux personnes.
- - la non- prise en compte d’un « état de vulnérabilité psychologique » accentuée par les traumatismes vécus et /ou un parcours de vie fait de ruptures de liens sociaux s’ajoute a une affection irréversible et incurable quelle qu’en soit la cause : personnes victimes de violences, addictions en tout genre, personnes en détention, isolement social, vieillissement, symptômes anxio-dépressifs, personnes en situation de handicap, fragilité psychologique de la jeunesse et des personnes vieillissantes atteintes d’une affection longue durée, handicap, maladie rare et orpheline,..
- - abandon de l’ensemble des mesures de prévention, d’accès aux soins et de remboursement y compris les moyens d’améliorer les dispositifs existant de la loi LEONETTI sur les soins palliatifs.
- -par le sentiment de culpabilité, la loi réduit à néant et à l’impuissance de toute évolution possible de la vie par le progrès scientifique et la recherche.
- - elle occulte la dimension du pouvoir capitaliste exercé par les lobbies des laboratoires pharmaceutiques qui inondent le marché de la financiarisation en détruisant nos politiques publics de la santé en France alors que le chiffre d’affaires dépasse 40 milliards d’€ en 2024 et place la France en 2em position sur le marché Européen.
La charge supplémentaire vécue par les candidats au suicide.
Historiquement, la droite s’est toujours opposée au droit à la fin de vie sur fond d’argumentaires religieux catholiques s’opposant à une majorité de la gauche idéaliste et libérale alors qu’elle est utilisatrice de » l’aide à mourir » depuis plusieurs décennies, calquée sur un modèle Canadien de plus de 30 ans.
L’enquête Canadienne montre qu’une 1 personne sur 30 demande le droit à l’aide à mourir contre une personne sur 20 il y a 20 ans, soit une augmentation importante qui doit nous inquiéter notamment sur le mal être psychologique des candidats qui déclarent ne pas vouloir « être une charge supplémentaire pour leur proche ».
Cette « charge supplémentaire » est le symptôme de notre société qui pousse les classes à consommer la mort sous la forme du suicide assisté. Les idées dominantes de la bourgeoisie qui traversent les consciences se matérialisent dans la forme la plus morbide de ce projet de loi pour emporter ceux qui n’ont plus rien, en faisant plus de profit sur le marché de la financiarisation des officines pharmaceutiques.
Alors que l’OMS rapporte près de 720 000 suicidés dans le monde, dont la 3em cause de mortalité concerne les 15-29 ans, 73% surviennent dans les pays à faibles revenus ou intermédiaires. Les causes du suicide sont donc éminemment multifactorielles et en rapport avec la précarité financière.
Alors même que les symptômes anxio- dépressifs augmentent ces dernières années dans toutes les catégories sociales, cette loi vient accentuer les inégalités sociales pour les familles et les candidats qui n’ont pas les ressources suffisantes pour accéder à des professionnels de santé, à des soins adaptés et à la meilleure qualité de nos services publics hospitaliers.
Perspectives pour l’URC :
Le sujet sur l’AMM démontre qu’une grande partie de la population se prononçant pour adopter cette loi précipite les dangers pour notre société. L’instrumentalisation perverse des médias, du Comité Consultatif National de l’Ethique et des instances dites de citoyenneté tirées au sort participent de l’arsenal visant à conduire le gouvernement de Macron vers l’adoption aveugle de ce projet entrainant toute la gauche libérale en se positionnant pour l’effondrement de notre système de protection sociale.
L’URC dénonce ce projet de loi qui va dans le sens d’une société mortifère et consommatrice de mort.
Sur ce point, l’URC se distingue du discours politique ambiant dont la majorité des sénateurs de gauche accepte l’AMM de manière totalement libérale, sans affirmer la nécessité absolue de renationaliser la production pharmaceutique, de redonner les moyens humains aux hôpitaux publics et de revenir à une véritable politique de prévention en France.
Commission santé/ action sociale et organismes sociaux de l’URC.


Messages
1. La gauche doit lutter contre une société consommatrice de mort en s’opposant à la loi libérale de l’Aide Médicale à Mourir.
1er avril, 00:18 - par Nicole Guettet
Je me permets de répondre à cet article. En tant que retraitée de l’hôpital public, ancienne spécialiste en soins palliatifs et en éthique, je souhaite apporter des commentaires point par point au texte proposé.
En préambule, je dirais que je suis d’accord sur la critique de notre système de santé et sur les propositions du texte : nationalisation de la production pharmaceutique, donner des moyens humains (et matériels) aux hôpitaux, améliorer la prévention…Mais mon propos est ici la loi sur l’Aide Médicale à Mourir (AMM).
Contrairement à votre affirmation « le candidat au suicide ne peut pas faire marche arrière… », l’art L.1111.12.3. II dit « le médecin indique à la personne qu’elle peut renoncer à tout moment ».
« L’utilisation de produits ne permettant pas de vérifier les conditions de souffrance infligées aux personnes ». Qu’est-ce que c’est que ce fantasme ? On parle de patients qui ont des symptômes réfractaires (résistants à tous les traitements), dont le 1er est la douleur. Je ne vois pas comment une injection, à part au point d’injection peut être plus douloureuse que la douleur de la maladie qui dure depuis des jours, des semaines voire des années et qui n’est plus calmée.
« Par le sentiment de culpabilité, la loi réduit à néant et à l’impuissance de toute évolution possible de la vie par le progrès scientifique et la recherche ». Qu’est-ce que c’est que cette amalgame ? Quelle culpabilité ? Cette loi porte bien sur des cas particuliers de fin de vie et non sur la santé de l’ensemble de la population. Ces personnes n’ont plus d’espoir d’évolution possible de leur vie.
Que vient faire le sujet des lobbies pharmaceutiques dans cette critique de la loi sur l’AMM ?
Qui est utilisatrice de l’aide à mourir depuis plusieurs décennies ? Quelles sont vos sources ?
« Au Canada, 1 personne sur 30 demande l’aide à mourir contre 1 personne sur 20 il y a 20 ans ». Il ne s’agit pas d’une augmentation comme vous le dites mais d’une diminution. Donc votre analyse avec votre argument sur « le mal être psychologique des candidats » au suicide assistée est fausse. Mais évidemment, si les malades incurables baignaient dans le bien être et la joie, ça se saurait !
Par expérience, je peux vous dire que la demande de mort est exceptionnelle dans les services de soins palliatifs. Et là, je ne vous vois pas vous insurger contre le fait que 1 département sur 3 n’a pas de soins palliatifs.
« L’instrumentalisation perverse du CCNE », comment ? Quelles sont vos sources ?
« Instrumentalisation perverse des instances de citoyenneté tirées au sort ». Il aurait été plus judicieux de comparer les conclusions de cette instance avec les 2 lois que le gouvernement a proposées : soins palliatifs et aide à mourir. Cette convention citoyenne a fait un travail remarquable, qui n’a, une nouvelle fois, pas été suivi….mais ça, c’est mon point de vue personnel…
Je ne vois toujours pas en quoi l’adoption de ce projet de loi spécifique à la fin de vie peut entraîner l’effondrement de notre système de protection sociale.
Pour ma part, je ne vois pas du tout l’AMM « de manière totalement libéral ». J’ai accompagné des patients en fin de vie, le plus humainement possible, sans AMM. La loi Leonetti a apporté des solutions comme l’a sédations profondes et continue jusqu’à la mort mais ne répondait encore pas à certains cas exceptionnels. Aujourd’hui une solution humaine est proposée, encore bien imparfaite qui laisse de côté toutes les personnes porteuses de maladies neuro dégénératives qui ont écrits des directives anticipées qui ne seront pas utilisées en fin de parcours lorsque les personnes ne seront plus lucides, qui laisse de côté aussi les mineurs, les non-français, etc…Cette nouvelle loi peut peut être éviter les cas très nombreux mais non dits d’euthanasie active pratiquée par des médecins tout puissants sans accord du malade ou de sa famille, que vous pourriez envisager comme une dérive de cette médecine libérale, au financement par la T2a qui ne peut accepter des malades qui occupent trop longtemps des lits d’hôpitaux.
Je ne suis pas consommatrice de mort et je préférerais que les membres de l’URC comme moi soient mieux renseignés sur cette loi et les problèmes non résolus qui restent en suspend après son vote.