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Les agressions américaines aux quatre coins du monde
lundi 13 avril 2026 par Vijay Prashad
Le collectif No Cold War dresse le bilan de la longue histoire des agressions américaines dans le monde et appelle au boycott d’un avenir dominé par des guerres sans fin.
Au fur et à mesure que la violence s’étend des Caraïbes à l’Asie occidentale, la guerre d’agression menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran paralyse l’économie mondiale.
Les conséquences étaient prévisibles : si les États-Unis et Israël attaquaient l’Iran, le détroit d’Ormuz, par lequel transite un quart du commerce mondial de pétrole par voie maritime, deviendrait un enjeu majeur.
Avec la hausse des prix du pétrole, les tensions géopolitiques s’intensifient. Il semble qu’il n’y ait pas grand-chose à faire pour endiguer l’avalanche de catastrophes que Washington et Tel-Aviv ont déchaînée sur le monde.
Déjà démoralisés par leur incapacité à mettre fin au génocide des Palestiniens, les peuples du monde entier sont désormais spectateurs d’une nouvelle guerre qu’ils n’ont pas choisie. Une telle prise de conscience peut être source d’émotions intenses, allant de la colère au découragement.
Une guerre est menée contre la planète — une guerre sans fin.
L’expression n’a rien d’exagéré. Lors d’une conférence de presse quotidienne des Nations unies, l’économiste en chef de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, Máximo Torero, a averti :
- “Il ne s’agit pas que d’un choc énergétique. C’est un choc systémique qui affecte les systèmes agroalimentaires à l’échelle mondiale. La région du golfe Persique représente en effet près de la moitié du commerce mondial du soufre, utilisé pour produire l’acide sulfurique nécessaire à la transformation du phosphate naturel en engrais.
- “Les perturbations affectant ce marché ont déjà entraîné une hausse spectaculaire du prix des engrais. Une situation qui pose problème pour les agriculteurs ayant déjà semé ou qui prévoient de le faire à la prochaine saison”.
Torero a ajouté :
- “Les agriculteurs sont confrontés à un double choc : des engrais plus chers et une hausse des coûts du carburant qui affecte l’ensemble de la filière agricole, y compris l’irrigation et le transport”.
Même si la guerre prenait fin maintenant, le prix des denrées alimentaires va rester élevé jusqu’à l’année prochaine. Compte tenu du fardeau de la dette et des mesures d’austérité déjà imposées à tant de pays du Sud, des centaines de millions de personnes supplémentaires risquent de voir la pauvreté et la faim s’aggraver.
En 2020, au plus fort de la pandémie et de la rhétorique anti-chinoise dans les pays du Nord, la campagne No Cold War a publié une déclaration intitulée
“La nouvelle guerre froide contre la Chine va à l’encontre des intérêts de l’humanité” .
Cette déclaration de 176 mots, traduite en vingt langues, appelait à la coopération plutôt qu’à la confrontation entre les pays du monde. Elle a été soutenue par plus de deux mille personnes et plus de vingt organisations et plateformes pour la paix.
Ces cinq dernières années, le collectif qui gère la campagne No Cold War, dont je suis membre, s’est agrandi pour compter près de vingt membres issus de nombreuses organisations.
Parallèlement à nos déclarations, nous publions régulièrement des essais dans notre série “Perspectives” et organisons des échanges réguliers sur la guerre et la paix. Nous vous invitons à visiter notre nouveau site web, où vous trouverez la liste des membres de notre collectif et découvrirez comment participer à notre travail.
En réponse au danger croissant d’un conflit plus large, No Cold War a publié une déclaration sur cette guerre sans fin.
Les États-Unis capitalistes ont imposé guerre après guerre à la planète pendant plus de 90 % de leur existence depuis 1776 – ne marquant qu’une pause de quelques années à leurs débuts.
Presque toutes ces guerres ont été des guerres délibérées, se déroulant le plus souvent bien loin du continent américain (les guerres aux Philippines et au Vietnam à 13 000 km des États-Unis)
Ces conflits ont provoqué la mort de dizaines de millions de civils, et ont impliqué le recours à des armes effroyables, comme des bombes nucléaires au Japon, des armes chimiques au Vietnam et en Irak.
Quarante-cinq hommes ont été présidents des États-Unis. Tous ont entraîné leur pays dans une guerre étrangère ou contre les peuples de terres colonisées, en particulier les Amérindiens, les Africains réduits à l’esclavage et les immigrants.
Cette propension au bellicisme a systématiquement ignoré le droit américain (en particulier la clause stipulant que seul le Congrès peut légalement déclarer la guerre, ainsi que la Résolution sur les pouvoirs de guerre de 1973), permettant ainsi aux présidents américains de déployer leur immense puissance militaire à travers le monde.
Ce constat est particulièrement évident aujourd’hui.
En 2026, le président américain Donald Trump a intensifié ou déclenché cinq conflits majeurs à travers le monde. Trois d’entre eux sont menés aux côtés du gouvernement israélien qui opère en étroite collaboration avec le gouvernement américain, mais aussi avec le soutien diplomatique et militaire de plusieurs pays européens.
Chacune de ces guerres viole la Charte des Nations unies, faisant d’elles des attaques illégales qui devraient être condamnées par le Conseil de sécurité de l’ONU. Toutes sont des guerres d’agression, faisant de leur instigateur un criminel de guerre.
Venezuela. Le 3 janvier 2026, les États-Unis ont violé l’article 2 de la Charte des Nations unies en envahissant un État membre de l’ONU, kidnappant son président en exercice et forçant le pays à se soumettre aux exigences formulées par le gouvernement américain.
Cuba. Les États-Unis ont imposé un blocus économique illégal à Cuba depuis 1960, violant ainsi l’article 41 de la Charte des Nations unies qui n’autorise l’imposition de sanctions par des tiers qu’en vertu d’une résolution (inexistante) du Conseil de sécurité des Nations unies. Ce blocus s’est intensifié le 29 janvier 2026, lorsque Trump a interdit à tout pays tiers de fournir du pétrole à Cuba, forçant le pays à survivre avec environ un tiers de son approvisionnement énergétique.
Iran. Le 28 février 2026, les États-Unis et Israël, en violation de l’article 2 de la Charte des Nations unies, ont lancé une vague d’attaques contre l’Iran, tuant des civils sans discernement et détruisant des infrastructures à travers le pays, tout en assassinant le Guide suprême Ali Khamenei. Ces attaques surviennent moins d’un an après le bombardement des installations nucléaires iraniennes par les États-Unis et Israël pendant douze jours en juin 2025. Ces récents bombardements ont provoqué des représailles de l’Iran contre les bases militaires américaines qui, plutôt que de servir de boucliers aux voisins de l’Iran, constituent plutôt de nombreuses cibles. La guerre a entraîné le blocus partiel du détroit d’Ormuz, provoquant une grave crise alimentaire et énergétique à l’échelle mondiale.
Liban. À l’occasion de la guerre contre l’Iran, Israël bombarde sans relâche le sud du Liban et sa capitale, Beyrouth, en violation de l’article 2 de la Charte des Nations unies. Un cinquième de la population a été déplacé et des milliers de civils ont été tués ou blessés.
Palestine. Alors que le génocide contre les Palestiniens se poursuit inexorablement, Israël a attaqué à plusieurs reprises les villes de Gaza et confisque des terres en Cisjordanie occupée en expulsant les Palestiniens de leurs terres, en violation de plusieurs résolutions de l’ONU sur l’occupation israélienne de la Palestine.
Ces cinq guerres forment un continuum, s’inscrivant toutes dans l’impérialisme impulsé par les États-Unis et responsable des bouleversements géopolitiques actuels (nous ne mentionnerons pas ici d’autres conflits, comme ceux qui se déroulent au Myanmar, au Soudan ou en Ukraine, qui feront l’objet d’une autre déclaration).
Faute de pouvoir mener une politique de rétablissement économique face à la montée en puissance du Sud global (en particulier la Chine), les États-Unis ont axé leur stratégie sur leur puissance militaire.
Mais là encore, Washington constate ses limites, détruisant des infrastructures et fauchant des vies, sans parvenir à soumettre politiquement ses adversaires. Chacune de ces nations leur résiste. Leur détermination est intacte et aucune d’entre elles n’est prête à capituler.
Les peuples du monde se doivent de refuser le fatalisme et le doute. De Cuba à la Palestine, tous ceux qui sont pris pour cible ripostent avec les moyens dont ils disposent.
Ils exigent le soutien du monde et refusent de se laisser abattre. Ils condamnent l’impérialisme américain et nous invitent à ne jamais banaliser une telle violence.
Ces guerres n’en finissent pas. Mais elles prendront fin. L’esprit humain est bien trop résilient pour se laisser vaincre par la barbarie. Il usera des moyens nécessaires pour refuser un monde où les guerres perpétuelles dicteraient notre destin.
Nous traversons une épreuve exigeant force et courage. Cette force émane de notre propre humanité, mais aussi de l’exemple de ceux qui ont lutté avant nous.
Saïda Menebhi (1952-1977), enseignante et membre de l’organisation marxiste marocaine Ila al-Amam (En avant), s’inscrit dans cet héritage.
Le 16 janvier 1976, alors que la monarchie marocaine réprimait toute voix en faveur de la république et du socialisme, la camarade Saïda a été arrêtée. Elle a été détenue au centre de torture du roi Hassan II, à Derb Moulay Cherif, où elle a écrit ce poème qui me fait encore frémir :
- "Tu sais, mon enfant
- Je t’ai écrit un poème
- Mais ne m’en veux pas
- S’il est écrit en cette langue
- Que tu ne comprends pas encore
- Ce n’est rien, mon enfant
- Quand tu seras plus grand
- Tu comprendras ce rêve
- Que j’ai fait en plein jour
- Et quand ton tour sera venu,
- Tu raconteras l’histoire de cette femme
- Prisonnière arabe
- Dans son propre pays
- Arabe jusqu’à ses cheveux blancs
- Et ses yeux aux reflets verts
- Le rêve, mon enfant
- Commence
- Quand je vois les pigeons
- Ces oiseaux qui font leurs nids
- Sur le toit des prisons
- Je rêve d’envoyer un message
- Aux révolutionnaires de Palestine
- Et leur assurer
- Mon soutien pour la victoire
- Je rêve d’avoir des ailes
- Comme les hirondelles
- Pour traverser les cieux
- Jusqu’en Érythrée ou au Dhofar
- Les bras chargés de fusils
- La tête emplie de poèmes
- Je veux être une passagère
- À bord de nuages
- Avec mon uniforme de guerre
- Pour combattre Pinochet
- Dans l’arrière-pays chilien
- Pour que mon sang coule
- Sur le sol chilien
- Chanté par Neruda
- Ô mon rêve
- Afrique rouge
- Sans enfants affamés
- Je rêve que la lune
- Va tomber du ciel
- Pour anéantir l’ennemi
- Et qu’elle me déposera
- En Palestine ou au Sahara
- Peu importe où
- Je lutte pour la victoire
- Pour tous les combattants”.
Fin 1977, Saïda a pris part à une grève de la faim pour protester contre la politique du roi de maintenir à l’isolement des prisonniers politiques, comme Abdellatif Laabi, Abraham Serfaty, Fatima Oukacha, Piera di Maggio, Rabea Ftouh et elle-même.
Le 11 décembre de la même année, elle a été transportée d’urgence à l’hôpital Ibn Rushd de Casablanca, où elle est morte à l’âge de vingt-cinq ans.
Son courage et le poème qu’elle nous lègue nous inspirent dans notre lutte contre la guerre sans fin.
Traduit par Spirit of Free Speech
Voir en ligne : https://consortiumnews.com/2026/04/...

