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Liban : la bataille de Bint Jbeil, la rencontre de la honte et la chute annoncée du gouvernement Aoun-Salam

vendredi 17 avril 2026 par Ibrahim Al-Amin

Nous proposons ci-dessous trois articles récents d’Al-Akhbar, quotidien libanais de gauche pro-Résistance, sur les faits extraordinaires qui ont précédé l’imposition d’un cessez-le-feu entre le Liban et Israël :

1/ « Aoun et Salam : la dernière chance ! », consacré à la fuite en avant humiliante du gouvernement Aoun-Nawaf, qui s’est empressé d’accepter une rencontre des ambassadeurs libanais et israélien par hostilité envers l’Iran et le Hezbollah, préférant apporter une justification à la poursuite de l’agression israélienne que de reconnaître que seul l’Axe de la Résistance a pu protéger le Liban ;

2/ « Entre Bint Jbeil et la profondeur occupée  : une bataille pour empêcher l’enracinement israélien et élargir le coût de l’occupation », consacré à la stratégie du Hezbollah qui a mené à l’échec de l’attaque israélienne contre le village de Bint Jbeil ;

3/ « Pourquoi est-il devenu un devoir de renverser le gouvernement… maintenant ? », qui dresse le bilan de 15 mois de mesures anti-Hezbollah par un gouvernement dont le seul souci est de satisfaire les Etats-Unis, l’Arabie saoudite et Israël.

Les deux président ne disposent d’aucune légitimité populaire ou constitutionnelle pour parler au nom des Libanais, et ils ont été parachutés depuis des avions américains qui accompagnaient l’agression israélienne contre le Liban

Pas de réconciliation (avec Israël) !

Les présidents Joseph Aoun et Nawaf Salam protestent contre la campagne menée à leur encontre et ne cessent d’exprimer leur malaise face à toute opinion qui contredit leurs politiques. Mais indépendamment de leur capacité à changer les réalités politiques sur le plan intérieur et extérieur, le problème réside dans la logique qui régit leurs positions, et plus précisément dans leur obstination à privilégier des choix qu’ils jugent plus efficaces que celui de la confrontation entre la Résistance et les forces d’occupation.

Mettons de côté le récit de la Résistance sur le droit et le devoir de riposter à l’agression, et discutons du récit de l’équipe dirigée par Aoun et Salam. Ce récit repose sur l’idée qu’Israël, et derrière lui les États-Unis, représentent la puissance militaire et économique la plus importante au monde, qu’aucune partie ne peut les affronter, et que quiconque s’y risquerait en paierait le prix fort. Et le récit passe à une deuxième étape, dont la teneur est que quiconque accepte ces réalités doit nécessairement rechercher une voie le menant à un règlement avec les États-Unis et Israël.
Cependant, les partisans de cette approche s’arrêtent là, sans présenter une vision claire de la nature de ce règlement ni de ses aboutissements.

2089 martyrs, 6762 blessés... Pendant qu’Israël continue ses massacres, l’ambassadrice du Liban aux Etats-Unis rencontre l’ambassadeur israélien.

Le problème du récit du groupe dirigé par Aoun et Salam ne réside pas seulement dans leur mauvaise analyse des réalités, ni dans l’absence de volonté réelle chez eux de faire face à l’agression contre le Liban, ni dans leur grande faiblesse face à « l’homme blanc », ni dans leur vieille rancœur envers la Résistance et le Hezbollah en particulier.
Mais le cœur du problème réside dans le fait qu’ils croient détenir les clés pour influencer la décision américaine, et être capables de convaincre Israël d’adopter la solution politique.

Et dans ce même récit, Aoun et Salam affirment qu’ils incarnent la légitimité au Liban, et plus précisément la légitimité constitutionnelle. Et lorsqu’ils réfutent leurs adversaires, ils s’appuient sur le fait que c’est le Parlement qui a élu Joseph Aoun à la présidence de la République, et lui-même qui a chargé Nawaf Salam de former le gouvernement, et lui aussi qui lui a accordé la confiance.

https://x.com/lecridespeuples/status/2044727749932089626

À un moment donné, Aoun et Salam oublient qu’il n’y a en réalité aucun sens au fonctionnement de ces institutions dans un pays comme le Liban, et ils adoptent une politique de déni face à la réalité que c’est l’occupation américaine et la tutelle saoudienne, et derrière elles Israël et d’autres parties, qui les ont portés aux postes de la présidence de la République et de la présidence du gouvernement.
Et les États-Unis ont réussi à imposer leur choix, profitant de l’état de soumission dont ont fait preuve toutes les forces qui ont accepté leur accession aux première et troisième présidences [la seconde étant celle du Parlement, tenue par Nabih Berri, allié du Hezbollah].

Et si Aoun et Salam ont besoin qu’on ranime leur mémoire, il suffit de rappeler que les grands blocs parlementaires, du Hezbollah et du Mouvement Amal et des Forces libanaises et du Courant national libre et du Parti socialiste progressiste, ainsi qu’un certain nombre d’indépendants, préféraient d’autres options pour les présidences de la République et du gouvernement.

Certes, ces forces ne s’étaient pas mises d’accord sur une seule alternative, mais, à l’exception du Courant national libre et de quelques députés indépendants, elles ont été contraintes de s’engager dans le projet américano-saoudien.

https://x.com/lecridespeuples/status/2044126076348047683

Par ailleurs, la nature de la composition du gouvernement ne reposait pas sur un équilibre reflétant la légitimité populaire au Liban. Et cela ne nie pas l’identité libanaise des ministres ni leur droit d’occuper leurs fonctions, mais quiconque parle de légitimité doit partir de son fondement, à savoir la représentation au Parlement.
Et de ce point de départ, la « nouvelle de la légitimité » semble dénuée de sens, en particulier dans les cas d’Aoun et de Salam. Bien plus, les pratiques qui ont émané d’eux depuis qu’ils ont pris leurs fonctions ouvrent grand la porte à une remise en cause de leur légitimité constitutionnelle, populaire et politique à l’heure actuelle.

Les deux présidents ne disposent d’aucune légitimité populaire ou constitutionnelle pour parler au nom des Libanais, et ils ont été parachutés depuis des avions américains qui accompagnaient l’agression israélienne contre le Liban.

https://x.com/lecridespeuples/status/2044704651501576645

Le problème d’Aoun et de Salam ne se limite plus à leur soumission à un programme d’action imposé par l’alliance saoudo-américaine, et derrière elle Israël, mais va au-delà, jusqu’à leur enfoncement dans l’exploitation de la situation actuelle pour s’engager dans des démarches comportant de grands risques, parmi lesquels :

  • Premièrement, la remise en cause du patriotisme et de l’identité libanaise d’une partie des Libanais, et le fait qu’ils s’arrogent le droit d’accorder la légitimité à telle ou telle partie, ce qui contredit l’impératif historique selon lequel la Résistance à l’occupation ne requiert l’autorisation de personne, ni d’une autorité politique, ni militaire, ni officielle.
  • Deuxièmement, l’exposition de la paix civile à un danger grave, en faisant pression sur l’armée et les autres appareils sécuritaires pour qu’ils prennent des mesures susceptibles de conduire à une confrontation avec la population. Et bien que l’on mise sur la conscience et le sens patriotique des dirigeants de ces institutions, cela n’efface pas le grand crime qui se dresse derrière Aoun et Salam à travers leur incitation à la guerre civile.
  • Troisièmement, la tentative d’imposer de nouvelles réalités dans les relations extérieures du Liban, que ce soit en ce qui concerne la position vis-à-vis de l’Iran — une position qui s’étend à d’autres forces de la région, parmi lesquelles les factions de la Résistance palestinienne — ou en traitant les exigences américaines comme s’il s’agissait de directives représentant les intérêts des Libanais.
  • Et cette démarche consistant à se rendre à Washington pour serrer la main de l’ennemi, sans obtenir la moindre contrepartie, même symbolique, n’est qu’un signe supplémentaire de l’inaptitude d’Aoun et de Salam à diriger les institutions au sein desquelles ils occupent des postes clés.

Ce qui se passe aujourd’hui place le Liban au bord d’une grande explosion. Aoun et Salam, à titre personnel et en tant que représentants, assumeront l’entière responsabilité de tout sang versé. Et ils portent, au fond, la responsabilité de la poursuite de l’agression israélienne, en raison de leur légèreté lorsqu’ils se sont laissés entraîner par un ambassadeur dément, du nom de Michel Issa, fanatique, sectaire et ignorant en politique, qui vit toujours en 1975, et ont refusé d’inclure le front libanais dans le cessez-le-feu entre l’Iran et les États-Unis.

Ils portent également la responsabilité de chaque goutte de sang qui coule dans la rue tendue, où la discorde interne pointe le bout de son nez, et où il se trouve des gens qui se déclarent prêts à s’y engager, comme les « Forces libanaises » qui n’ont jamais tiré les leçons de l’histoire et exposent les chrétiens du Liban à une nouvelle catastrophe.

Les "négociations" entre le gouvernement félon du Liban et l’entité usurpatrice Israël

Vous avez fait toutes les concessions. Vous avez accepté les exigences de l’ennemi : le désarmement, la qualification de la Résistance comme organisation terroriste, et bien plus encore. La guerre avec l’Iran prendra fin, et un cessez-le-feu sera imposé au Liban, sur le mode le plus probable à la suite de pressions américaines sur Israël dans le contexte de la guerre contre l’Iran, et vous n’y êtes pour rien.
Et vous devez vous préparer à recevoir la part qui vous revient de la colère des familles des martyrs et des victimes. Et ne croyez pas que celui qui vous a amenés là où vous êtes aujourd’hui soit capable de vous fournir une couverture désormais.

https://x.com/lecridespeuples/status/2044413890306425176

Si Nawaf Salam se persuade chaque matin qu’il est le représentant de larges masses, ce sont là des symptômes qui nécessitent l’intervention d’un médecin pour les traiter. Quant à Joseph Aoun, il est confronté à un test pour corriger sa ligne politique et sa manière de travailler dans la gestion du poste qu’il occupe, à moins qu’il ne veuille passer le reste de son mandat à la manière d’Elias Sarkis (président du Liban de 1976 à 1982, archétype de l’impuissance).

Et la sagesse veut que, lorsque l’on souhaite améliorer les services d’un centre de santé, il faille revoir le personnel qui y travaille, et non les couleurs de ses murs !


Lire aussi :

Entre Bint Jbeil et la profondeur occupée : une bataille pour empêcher l’enracinement israélien et élargir le coût de l’occupation

Et

Pourquoi est-il devenu un devoir de renverser le gouvernement… maintenant ?

Source : Al-Akhbar, jeudi 16 avril 2026

Traduction : lecridespeuples.substack.com


Voir en ligne : https://lecridespeuples.substack.co...

   

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