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La guerre à la maison

samedi 18 avril 2026 par Ryan Noordally

Le culte masculiniste du guerrier professé par le Secrétaire de la guerre de Donald Trump est un cheval de Troie pour toutes les démocraties libérales.

Une pièce de doctrine signée par l’ancien légionnaire Ryan Noordally.

Dans un discours prononcé le 30 septembre 2025, Pete Hegseth, le secrétaire à la Guerre des États-Unis, a fustigé l’« idéologie woke » qui gangrènerait l’armée américaine au point de décourager les jeunes hommes virils de la rejoindre.

En récompensant l’idéologie progressiste des nouvelles recrues et en affadissant les troupes par des politiques dites de « diversité et inclusion » (DEI), les administrations démocrates auraient fait fuir de cette institution les jeunes patriotes américains, attachés aux valeurs d’honneur et de sacrifice.

L’armée devrait dès lors être considérée comme un champ de bataille de la guerre culturelle que se livrent conservateurs et libéraux.

  • Comme l’écrivait dans ces pages Louis Lapeyrie, Pete Hegseth, vétéran d’Irak et d’Afghanistan, « a fait de la virilité militaire ostentatoire un marqueur de son identité politique. Dans ses interventions publiques, il fait part de son mépris ouvert pour les procédures institutionnelles ou les juristes du Pentagone. Loin d’être un bureaucrate, il est un guerrier (warrior) surjouant parfois jusqu’à la caricature la synthèse culturelle entre la culture des first person shooter games, la masculinité réactionnaire et le pouvoir militaire. »

Si Hegseth surestime le nombre de « guerriers » qui auraient quitté l’armée, accusée d’être devenue une institution « trop woke », ses propos mettent surtout en lumière une mutation profonde en cours dans l’éthique des forces armées américaines.

Amorcée sous Ronald Reagan, accélérée sous Donald Trump, elle annonce une nouvelle inflexion de la guerre, qui s’émancipe du droit international. Hegseth en a livré le programme dans un discours prononcé le 2 mars dernier, lors des premiers jours de la guerre d’Iran :
« Pas de stupides règles d’engagement [dictant les conditions sous lesquelles ouvrir le feu], pas de bourbier de nation-building, pas d’exercice de mise en place de la démocratie, pas de guerres politiquement correctes » — mais une guerre d’un nouveau genre, à la fois punitive, brutale et ludique.

De la youtubisation à la tiktokisation de la guerre : matrices techniques d’un imaginaire

La ludification de la guerre mise en œuvre par Hegseth est l’aboutissement d’une dialectique qui associe le domaine de la production audiovisuelle aux militaires désormais devenus — involontairement, puis volontairement — des créateurs de contenus.

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