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La stratégie qui acte le réveil militaire de l’Allemagne : texte intégral

jeudi 23 avril 2026 par Le Grand Continent

Pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale, l’Allemagne a rendu public un document qui définit sa conception globale de défense.

Présenté à Berlin par le ministre de la Défense, ce texte acte une accélération du gouvernement dirigé par Friedrich Merz vers un objectif assumé : faire de l’Allemagne la première puissance industrielle et militaire du continent.

L’Allemagne assume de plus en plus explicitement vouloir jouer un rôle de leader dans l’architecture de sécurité européenne. Aujourd’hui, 22 avril, à Berlin, le ministre de la Défense, Boris Pistorius, a dévoilé une nouvelle stratégie militaire, marquant un tournant.

Si la Russie est désignée comme la « menace immédiate la plus grave » pour l’Allemagne et l’espace euro-atlantique, la stratégie appelle à une augmentation rapide des effectifs, à un renforcement des capacités militaires et à une plus grande autonomie de déploiement au sein de l’Alliance atlantique.

Entre 1969 et 2016 les ministres (ouest-)allemands de la défense avaient l’habitude de dévoiler, à un intervalle plus ou moins fréquent en fonction des changements de majorité et des évolutions géostratégiques, des « livres blancs » sur la politique de défense. En 2023, la coalition en feu tricolore d’Olaf Scholz a publié pour la première fois une stratégie de sécurité nationale (Nationale Sicherheitsstrategie), diffusée y compris en anglais et en français, une pratique qui n’a pas été reproduite cette fois-ci.

Dans ses différents discours de politique étrangère avant et après l’élection du Bundestag en février 2025, Friedrich Merz avait vivement critiqué la stratégie de sécurité nationale de 2023, la jugeant trop longue, ambitieuse et généraliste. Cette fois, la stratégie de sécurité adopte une forme plus concise et opérationnelle.

Intitulé « Gesamtkonzeption der militärischen Verteidigung », Conception générale de la défense militaire, ce texte de 35 pages indique que le gouvernement Merz entend assumer « davantage de responsabilités » au sein de l’OTAN et renforcer dans des délais courts la capacité opérationnelle de la Bundeswehr. Les États-Unis sont nommés sept fois dans le texte, l’Europe et l’Union 48 fois, sans que les partenaires européens ne soient nommés individuellement : ni la France ni le Royaume-Uni ne sont ainsi évoqués.

Longtemps façonnée par une culture de la retenue héritée des traumatismes de la Seconde Guerre mondiale, cette publication marque un tournant dans l’approche allemande de la défense, face à l’agressivité de la Russie et à la transformation de la relation transatlantique.

La stratégie allemande repose sur trois horizons temporels : le premier est immédiat : il faut pouvoir se battre dès maintenant ; le second est fixé en 2029, date à laquelle la montée en puissance budgétaire, dévoilée à la veille du sommet de l’OTAN à La Haye l’an dernier, sera achevée. Les dépenses militaires de l’Allemagne s’élèveraient alors à 153 milliards d’euros. L’horizon final de la transformation des forces armées est placé en 2039, dans treize ans. La Bundeswehr devrait alors être la force conventionnelle la plus puissante d’Europe.

La stratégie s’inscrit dans une série de signes symboliques du déploiement de la Bundeswehr à l’étranger depuis la Zeitenwende. En février 2024, la frégate allemande Hessen a ainsi été déployée en mer Rouge afin de contribuer à la protection des voies commerciales menacées par les milices houthistes du Yémen. En avril 2025, une brigade blindée de la Bundeswehr a pris ses quartiers de manière permanente en Lituanie, dans le cadre de la présence avancée de l’OTAN. Avec 4 800 hommes et 44 chars de combat Leopard 2, la Brigade Litauen constitue le premier stationnement durable en temps de paix d’une unité de cette taille pour l’armée allemande depuis 80 ans.

Dans un document annexe consacré au plan de croissance des effectifs de la Bundeswehr, l’objectif à terme est fixé à 460 000 soldats (260 000 militaires d’active et 200 000 réservistes). Cela signifierait un retour au volume de forces de la Bundeswehr entre 1955 et 1993 période durant laquelle le pays était en première ligne de la guerre froide et où un service militaire était obligatoire, allégé puis finalement suspendu en 2011. Actuellement, la Bundeswehr ne compte que 184 300 soldats actifs. Depuis le début de l’année 2026, le nombre de candidats pour s’engager dans la Bundeswehr a toutefois augmenté de 20 %. Ce succès pourrait être dû à un réveil patriotique, mais aussi au ralentissement de la première économie du continent.

Cette stratégie souligne également le rôle « essentiel » des États-Unis, tout en notant leur réorientation stratégique croissante au-delà de l’Europe.

À noter : un F-35 apparaît en grand sur la couverture du document, alors que la mission de médiation autour du SCAF a été prolongée aujourd’hui de dix jours. En cas d’échec, La France et l’Allemagne acteraient l’abandon définitif du projet phare annoncé en 2017 par Emmanuel Macron et Angela Merkel.

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