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L’humanité et l’histoire de France

jeudi 11 juillet 2019 par Francis Arzalier (ANC)

Le quotidien l’Humanité, en difficultés financières extrêmes, vit-il ses derniers mois ? Beaucoup le disent, qui sont d’abord ses ennemis réactionnaires de toujours, et aussi ses faux amis, qui sont prêts à racheter le titre, pour en faire un des chevau-légers de l’écurie libérale, comme ils le firent pour Libération.

Nous ne le souhaitons pas, nous sommes viscéralement attachés à ce journal par son histoire centenaire. Car ce journal fut celui de Jaurès, assassiné parce qu’il s’opposait au déclenchement de la grande tuerie de 1914, et de 1920 à l’an 2000 la voix des Communistes et des acteurs de la lutte de classes en France.

Mais des torrents opportunistes ont coulé depuis sous les ponts au Parti communiste français. Non seulement L’Humanité n’est plus officiellement "l’organe du Parti", accueillant aux intervenants les plus divers mais interdit de fait aux communistes fidèles à leurs convictions d’origine, mais depuis le dernier congrès du PCF, elle est devenue sans le dire le porte-parole des courants les plus droitiers au sein de l’organisation, multipliant les appels à renouveler " l’Union de la Gauche " sans rivages et sans bases anticapitalistes.

Le journal a besoin d’argent. C’est pourquoi il a publié une plaquette fort bien illustrée de plus de 80 pages, numéro spécial intitulé : " 1789-2019, l’égalité, une passion française ". Un rappel commémoratif bien venu, qui fait écho aux nombreuses publications réalisées par le quotidien communiste et son hebdomadaire à l’occasion du Bicentenaire de la Révolution française en 1989.

A première vue, rien à dire, à la vingtaine d’auteurs dont certains sont les survivants de l’équipe d’historiens d’inspiration marxiste, qui dominaient l’historiographie de la Révolution des années 1980, les Soboul, les Vovelle, aujourd’hui disparus.

Mais une lecture attentive de ces textes révèle une orientation éditoriale fort éloignée de celle d’il y a 30 ans, dont la plupart sont des interviews.

Passe encore de multiplier, par les questions et les images, les rapprochements hasardeux entre les foules insurgées de 1789-96 et les Gilets Jaunes contemporains, que les dirigeants du PCF ont si souvent snobés en 2019, quand cette insurrection moderne niait souvent l’utilité des Partis et Syndicats.

Ces anachronismes relèvent plus de maladroites tentatives de récupération politicienne que de l’analyse historique. Pierre Serna, animateur à La Sorbonne de l’Institut de recherches sur la Révolution française, en fait justice en quelques phrases bien senties.

Mais, plus encore, on peut regretter la volonté des interviewers de focaliser le propos des historiens sollicités sur des généralités, "LES femmes" en général, "LES paysans" en général, "LES Parisiens" en général, comme si chacun de ces groupes n’était pas divisé vis à vis de la Révolution par des antagonismes de classe. Comme si les lavandières des bords de Seine avaient les mêmes aspirations que les Dames de la Cour et des Palais.

"LES paysans (en général) entrent dans la danse", nous dit-on, mais aucune allusion n’est faite aux droits seigneuriaux qui pesaient lourdement sur la propriété paysanne. En fait, la leçon de Soboul (et de Jaurès et Marx) a bien été oubliée : il n’y a pas d’approche historique sérieuse sans analyse de classe comme fil conducteur, comme ils surent le faire pour le mouvement urbain des Sans Culottes et des Sociétés Populaires.

Rien d’étonnant à cette glissade, sous la houlette de dirigeants et journalistes PCF, qui ont abandonné depuis longtemps l’analyse de classe marxiste au profit de l’électoralisme.

Plus significatif encore :

Le sommaire de la plaquette présente en premier un débat de 4 pages entre deux historiens, Pierre Serna, Professeur à Paris I Sorbonne, où il anime l’Institut d’Histoire de la Révolution Française que dirigea Michel Vovelle, et Patrick Guenessey, de l’EHESS, et directeur du très conservateur Centre de recherches Politiques Raymond Aron.

Cet échange est présenté comme un "face à face, entre deux lectures historiques de la Révolution Française". C’est en effet la vieille controverse idéologique qui opposa lors du Bicentenaire, en 1989, le courant alors dominant d’inspiration marxiste et scientifique illustré par Vovelle, aux idéologues anticommunistes et anti soviétiques parrainés par Furet, dont la vulgate était que les révolutions, de 1917 et 1789 avaient enfanté dictature, terreur et tueries. Les ancêtres en quelque sorte des idéologues libéraux devenus dominants à la fin du siècle.

La différence, majeure, est que L’Humanité avait alors choisi son camp, et ne se situait pas comme aujourd’hui au-dessus de la mêlée, comme s’il s’agissait d’une dispute sur le sexe des anges. Ce journal qui se dit encore celui " des communistes" laisse sans riposter ses lecteurs face aux postulats libéraux de Mr Guenessey, qui, lui, sait choisir son poste de combat dans la lutte idéologique :

" c’est seulement en 1962 qu’on a pu croire avoir enfin trouvé des institutions stables, à travers une synthèse entre principe monarchique (exécutif fort élu), et principe démocratique (Parlement)......(!) La démocratie l’a définitivement emporté sur la République. La démocratie renverse toutes les barrières, car la démocratie c’est le marché… (!) je ne crois pas que la Révolution soit l’année zéro de la loi et du droit en France."

On croirait du Raymond Aron, ou du Macron, dans leurs meilleurs jours !

Michel Vovelle, récemment décédé, a droit à la publication d’un texte sur la Marseillaise, qui n’est pas essentiel dans son œuvre. Me souvenant des années durant lesquelles il fut mon directeur de thèse, je ne suis pas sûr qu’il eût apprécié cette " objectivité "...

   

Messages

  • 1. L’humanité et l’histoire de France
    13 juillet 2019, 18:33 - par RICHARD PALAO


    L HUMA c est comme la nostalgie ., elle n est plus ce qu’ elle était ...
    en renoncant a en faire LE journal du PCF ce dernier a signe son arrêt de mort et les complices sont les adhérents du PCF eux mêmes qui ont laissé faire et dont seulement une minorité sont abonnés en quelque sorte ce sont les pyromanes qui crient au feu ...pour ma part ,de guerre lasse je n ai plus envie de jouer les pompiers ...

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