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Dossier fascisme (2) : Fascisme(s), un concept ambigu ?

mardi 19 novembre 2019 par Francis Arzalier (ANC)

Le mot Fascisme recouvre diverses significations, on ne peut donc faire l’économie de voir son origine, et de l’usage de ce mot depuis les années 1920.
À l’origine, il qualifie le mouvement ultra-nationaliste italien, dirigé par Benito Mussolini, ex-dirigeant socialiste, passe avec armes et bagages à l’idéologie d’extrême droite, alors même que d’autres socialistes (les Bolcheviks russes, mais aussi les Communistes français, ou italiens), dénonçaient la guerre impérialiste de 1914-18.

Il est révélateur que ce mot ait pour origine les "fasci" (faisceaux, symboles des licteurs de la Rome antique), utilisés par des organisations nationalistes d’anciens combattants italiens. Le Fascisme est donc d’abord un mouvement d’extrême droite italien, qui va s’emparer du pouvoir à Rome en 1922 avec le soutien de la Droite italienne (Marche sur Rome), désireuse de détruire un mouvement socialiste ouvrier de plus en plus fort. Ce Fascisme italien met en place une doctrine politique très structurée, et d’abord contre-révolutionnaire : un État fort, reposant sur le culte du chef (Il Duce), sur un parti unique (fasciste) et policier capable d’éliminer, d’emprisonner, ou d’exiler tous les opposants jugés dangereux.

Le Fascisme, au nom de la Nation qu’il déclare unanime, expurgée des antagonismes de classe, gouverne par la terreur, et maintient son emprise sur l’opinion par une propagande constante, des meetings à grand spectacle, des uniformes rutilants, les drapeaux, la musique, le cinéma, etc… tous les procédés alors les plus modernes de communication (délibérément repris de ceux en usage en URSS, pour un message inverse, anticommuniste). Historiquement parlant, le seul Fascisme est celui au pouvoir à Rome de 1922 à 1943.

Durant l’entre deux Guerres mondiales, les mouvements nationalistes et d’extrême droite se sont répandus en Europe, en s’inspirant de l’exemple mussolinien, jusqu’à accéder au pouvoir d’état dans plusieurs pays, soit grâce à un soulèvement militaire, soit par des élections, et en tout cas, grâce à l’aide de la Droite conservatrice, qui y voyait le moyen d’écraser les mouvements sociaux ou le risque de communisme. Ce fut le cas au Portugal avec Salazar (1926), en Hongrie avec Horthy (1920-44), etc… et surtout en Allemagne avec Hitler (1933-45). Mais aussi en Espagne avec Franco (1939), en Croatie avec les Oustachis de Pavelic (1941-45).

Chacun de ces Gouvernements autoritaires s’inspirait de la doctrine et des pratiques de l’Italie mussolinienne (culte du chef, parti unique, élimination politique ou physique des opposants, contrôle absolu des Médias et de la vie intellectuelle, et surtout volonté d’éradiquer par la terreur le communisme et la lutte de classe (syndicats " verticaux" unissant salariés et patrons).

Mais chacun avec des caractéristiques propres. La plus importante a été l’antisémitisme, vigoureusement employé par les Nazis pour faire des juifs, souvent accusés de "judéo-bolchevisme", les boucs émissaires de toutes les difficultés sociales. Cette xénophobie meurtrière, jusqu’à l’extermination durant la guerre, a été imitée ailleurs, en Croatie catholique par exemple, contre les Serbes orthodoxes, en Hongrie contre les Roms, dans la France du Maréchal Pétain, etc…

Ces mouvements, malgré leurs différences, ont été qualifiés à juste titre du terme générique " les Fascismes " par l’historien Pierre Milza qui a décrit leurs différences, mais aussi leur haine commune du communisme et leur culte de l’État totalitaire et terroriste au service de l’inégalité sociale et politique. Une définition plus juste que celle couramment répandue depuis 20 ans, qui décrit les Nazis comme des fous antisémites. Or l’antisémitisme fut rare en Italie fasciste par exemple. Les Juifs français pourchassés par le régime de Vichy en 1942 allaient se mettre à l’abri à Nice occupée par les Italiens !
En fait, historiquement, le terme " fascismes" réunit les idéologies et les gouvernements contre-révolutionnaires et anti- communistes du XXème siècle, avec leurs similitudes, et leurs différences.

On peut regretter que ce qualificatif, au départ scientifique, d’un ensemble d’idéologies d’extrême-droite autoritaire, ait souvent depuis été utilisé comme une insulte politique dans les divers milieux "de gauche ". C’est ainsi qu’au lendemain du soulèvement militaire d’Alger en 1958, qui ramena au pouvoir le Général De Gaulle, je me souviens d’avoir manifesté dans la rue, (nous étions peu nombreux) en criant avec d’autres : " De Gaulle, fasciste ! ". Ce qui était à l’évidence une bêtise, même si la Vème République fut une régression politique de type monarchiste, au service du Capitalisme français, dans le cadre d’une Constitution que nous subissons toujours. Mais PCF et CGT ne furent pas détruits pour autant comme en 1940 et purent jouer un grand rôle pour animer les luttes sociales de 1968.

Durant les décennies suivant cette flambée sociale, divers groupes de la " nouvelle gauche ", souvent anti-PCF, ont utilisé fréquemment des mots d’ordres "antifascistes", polémiques plus que rationnels. Avec un risque : à force d’annoncer le fascisme partout où il n’est pas, on banalise le mot, et on ne perçoit plus les régressions sociales et politiques, bien réelles, et à les combattre.

De nos jours, il existe certes de nombreux mouvements d’extrême-droite inspirés des fascismes d’antan, essentiellement de leur idéologie anti-communiste, et xénophobe. Mais aucun n’est une simple résurgence des partis fascistes historiques, ni ceux au pouvoir en Hongrie (Orban), en Pologne (le PIS) ou Salvini et la Lega à Rome, ni ceux qui y aspirent, comme le RN français ou Vox en Espagne.

Ils jouent surtout des colères sociales détournées contre les minorités boucs émissaires (musulmans ou migrants) et grossissent d’autant plus que les dirigeants libéraux comme Macron à Paris, où le Socialiste Sanchez à Madrid les présentent comme leurs seuls opposants.

Mais Ils sont très bien intégrés au système politique du capitalisme transnational actuel, qui se prétend démocratique parce qu’il repose sur plusieurs partis concurrents, et des élections suivies de délégation de pouvoirs aux élus. Alors que jamais dans l’histoire la manipulation des opinions n’a été aussi grande, au profit des appareils politico-médiatiques liés au Capital, grâce à l’efficacité des technologies de l’information contemporaines. Une efficacité sans commune mesure avec celle des propagandes du XXème siècle, Gaullistes en 1960, ou Nazis en 1933.

Et cela dans le contexte de la contre-révolution libérale qui balaie les mentalités en Europe et dans le monde, depuis l’effondrement de l’URSS et des mouvements progressistes, notamment grâce à la désindustrialisation des anciennes " forteresses ouvrières" d’Europe.

Cette nouvelle configuration des sociétés capitalistes d’Occident, dont Macron en France se veut le chef de file, ne redoute rien tant que la lutte de classe, qu’il nie tout autant que les fascistes d’autrefois, et compte d’abord sur la manipulation médiatique pour assurer le consensus idéologique à son avantage.

Mais il lui est difficile de l’obtenir alors qu’il s’évertue à mettre en pièces les conquêtes sociales et politiques antérieures, à privatiser, à démanteler les services publics, etc. Cela parce que SA logique est celle du capitalisme, accroitre le taux de profit.

C’est pourquoi il est dans sa nature même de renforcer la répression, policière, judiciaire, économique, à chaque fois qu’il se sent mis en cause par une flambée de revendications politiques ou sociales, fussent-elles brouillonnes et désordonnées, comme ce fut le cas du mouvement des Gilets Jaunes en 2018-19 : des centaines de manifestants blessés, éborgnés pour certains, près de 3000 condamnations, dont plusieurs centaines à de la prison, parfois ferme : une répression d’une brutalité telle qu’elle a ému jusqu’à certains organismes juridiques de l’ONU et de l’Union Européenne.

En tout état de cause, une brutalité répressive que n’ont connue ni la Hongrie d’Orban, ni l’Italie de Salvini, que Macron présente volontiers comme d’affreux fascistes. Cela ne réhabilite nullement ces leaders d’extrême droite, dont la dangerosité au service du Capitalisme reste grande, mais nous rappelle une réalité contraire à toute la vulgate médiatique actuelle : les gouvernants liberaux à la macron ou xénophobes à la Le Pen sont les deux visages de la même inégalité capitaliste. Macron et ses tenants ont besoin de l’épouvantail "fasciste" RN pour accéder et se maintenir au pouvoir, et le RN a besoin de Macron et de sa politique pour gonfler son audience.

Je n’hésiterai pas à paraphraser moi aussi Jaurès : c’est le capitalisme et ses épigones concurrents qui portent tous en eux la menace constante de destruction des conquêtes sociales, mais aussi des libertés individuelles et collectives, arrachées par les luttes populaires depuis trois siècles.

Si nous ne parvenons pas à les en empêcher...

   

Messages

  • 1. Dossier fascisme (2) : Fascisme(s), un concept ambigu ?
    20 novembre 2019, 17:59 - par RICHARD PALAO


    Je ne comprends pas bien les contorsions prises pour éviter de dire que le RN est un parti fasciste ( et pas seulement d’extrême droite ) alors qu’il en présente toutes les caracteristiques car même en avancant masque pour accéder au pouvoir afin de ne pas effrayer le prolétaire , comme tous les partis fascistes il est farouchement anticommuniste , raciste , ultranacionaliste , pratique le culte du chef , est passé maître dans l’art de la désinformation , anti social ( voir les municipalités dirigés par le RN) , autoritaire et violent ( service d’ordre musclé et milice des jeune RN ) etc ...
    il faut appeler un chat un chat et ne pas attendre que le RN arrive au pouvoir pour s ’ apercevoir qu’il est bien un parti fasciste

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