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Retraites et luttes de classes !

mardi 28 janvier 2020 par Francis Arzalier

Depuis plus d’un mois, une partie des salariés des transports, SNCF et RATP, des ports, de l’énergie et d’autres secteurs font grève contre les projets de réforme des retraites du Président Macron et ses ministres, dont le Premier Édouard Philippe. Un mouvement structuré par les organisations syndicales qui ont encore un lien avec les analyses de classe. Les autres, CFDT, UNSA, etc, n’ont jamais soutenu le mouvement de grève et les manifestations qui l’ont accompagné, même si leurs adhérents à la SNCF et la RATP l’ont faite MALGRÉ LEURS DIRIGEANTS SYNDICAUX. Lesquels dirigeants étaient depuis longtemps partisans, comme le MEDEF, d’une nouvelle forme de retraites, à points, et non plus par répartition comme elles furent inventées en 1945, notamment par les Communistes, dans une volonté de redistribution des fruits du travail aux moins aisés de ceux qui les avaient produits.

Un projet technocratique en forme d’usine à gaz, suffisamment complexe pour que les intéressés n’en voient pas la signification, enrobée qu’elle est de bonnes paroles grandiloquentes et creuses sur l’égalité entre tous. Et c’est à juste titre que l’incendie a démarré chez les cheminots et conducteurs de la RATP et ailleurs, ulcérés de se voir traiter de privilégiés, parce que leurs luttes antérieures leur avaient permis d’arracher quelques accords particuliers. Comme si réduire les moins écrasés au niveau des plus maltraités était une œuvre de justice sociale ! Une grève aussi décidée et durable que la colère était forte, face à une volonté du Pouvoir de rogner, semaine après semaine, tous les acquis sociaux que l’on pensait pérennes depuis la Libération du Nazisme : statut de la fonction publique, salaires et durée du travail, âge de départ en retraite que l’on ne disait pas encore "pivot", tout avait déjà été touché par les gouvernements successifs.

Mais bien sûr, les grévistes escomptaient entraîner avec eux, en arrêt de travail, les autres salariés, secteur privé rejoignant le public, étudiants peut être : Cet espoir de convergence des colères, vers un blocage de l’économie en usines endormies et cortèges massifs et pacifiques, était logique à l’issue d’un an de mécontentements disparates et parfois brouillons, mais évidents au vu des samedis obstinément teintés de jaune.

Les militants de l’ANC ont, individuellement, dans leur syndicat, dans la rue, fait ce qu’ils ont pu pour aider, voire animé cette lutte qui dépassait largement le seul sujet des retraites. Ils l’ont fait aussi en publiant sur leur site dès le début Décembre une déclaration de l’ANC appelant à la manifestation du 5, et par des analyses pertinentes et lucides de ce mouvement social comme celle d’Alain Chancogne le 9 Décembre. L’ANC, en l’occurrence, n’a donc pas démérité.

Mais peut-être devons-nous faire davantage apparaître la dimension politique et IDEOLOGIQUE essentielle de cet affrontement de classe d’une durée inusitée.
Car c’est bien de cela qu’il s’agit, et les faits, durant plus d’un mois, le démontrent amplement.

Ne nous y trompons pas : Si l’appareil d’Etat macronien, avec tous ses appendices médiatiques, s’est obstiné durant de si longues semaines, à faire aboutir le projet de retraites à points, que la majorité des citoyens français pourtant n’approuve pas, ce n’est pas malgré ses assertions pour équilibrer le budget national, ou faire des économies sur le dos des salariés. Un objectif reconnu, mais secondaire pour lui. En communion avec le MEDEF patronal, la Bourgeoisie libérale et ses idéologues, y compris par ses complices au sein des syndicats et de la Gauche "réformiste", l’objectif majeur de ce Pouvoir est de poursuivre la contre-révolution libérale, dans une France qui conserve encore quelques conquêtes héritées des luttes victorieuses de 1936 et 1945. Cette marche-arrière libérale, entamée dès la décennie 1980, et poursuivie quarante ans durant, de Mitterrand en Jospin, de Giscard en Chirac, puis de Sarkozy en Hollande, s’est traduite en privatisations, et démolition des services publics, et en grignotage du système de retraites :

- 1991, allongement de la durée de cotisation ( Balladur ) ;
- 1995, échec de l’extension au secteur public ( Juppé ) ;
- 2003, allongement de cette durée étendue au secteur public ;
- 2008, allongement de diverses durées de cotisation ( Sarkozy, Fillon ) ;
- 2010 et 2012, relèvement de l’âge de départ en retraite à 62 ans ;
- 2014, allongement de la durée de cotisation ( Hollande-Ayrault ) ;

Rien de neuf, donc, dans ce projet-retraites à points global de Macron, qui a pour rôle essentiel d’ouvrir le juteux marché des complémentaires aux actionnaires des Sociétés d’assurances et Fonds de Pensions transnationaux côtés en Bourse. Mais pour le Président-monarque et sa Cour, fondés de pouvoir du Capitalisme mondialisé, c’est une étape décisive du processus de libéralisation. D’autant plus décisive qu’ils ont pour ambition à l’occasion de détruire les derniers défenseurs des acquis de la classe ouvrière, à savoir les syndicats s’accrochant à des positions de classe, et avant tout la CGT, mais fait nouveau l’attaque concerne aussi FO, SUD et la FSU…

On oublie trop souvent que cette offensive libérale, décidée en France par les dirigeants Macroniens au pouvoir, et ses inspirateurs du MEDEF, s’exerce à l’échelle continentale, voire mondiale, par le biais des officines politiques transnationales du Capital, l’Union Européenne ou le FMI. Comme le titre Solidaire, le magazine ( janvier-février 2020 ) du marxiste PTB de Belgique :
" Les pensions sont une lutte des classes européennes ..... Partout au sein de l’UE, les gouvernements nationaux attaquent les systèmes les plus solidaires de pensions. Une attaque coordonnée depuis les institutions européennes".

Avec des résultats divers, suivant le rapport de force national. C’est ainsi que le projet gouvernemental de retraite à points à dû être retiré devant la riposte des salariés en Belgique, mais est toujours une menace présente, objectif des officines patronales et des cercles politiques libéraux.
En Allemagne voisine, le système à points parrainé par les Coalitions Droite-Sociaux démocrates a donné naissance dans ce pays à l’économie florissante de poches de pauvreté croissante : 17 pour cent des retraités vivent aujourd’hui sous le seuil de pauvreté, et ils seront 21 pour cent dans 20 ans. Alors que l’âge de départ est actuellement de 67 ans, et que les banquiers de Francfort projettent 69 ans !
Mêmes problèmes en Espagne, où l’introduction projetée du système à points à la place de celui actuel de répartition a été bloqué jusqu’à présent. Mais l’âge de départ, 65 ans actuellement, est jugé insuffisant par les libéraux de toute obédience, alors que la pension MOYENNE n’est que de 970 euros par mois. Là aussi, le combat de classe est engagé, par la bourgeoisie notamment.
Mais c’est en France que ce conflit est aujourd’hui le plus brutal.

LA " LUTTE FINALE " DE MONSIEUR MACRON

Cette offensive guerrière de la classe bourgeoise française a été organisée délibérément par le Pouvoir macronien, qui a escompté réussir grâce à 3 circonstances favorables :

1/ la CGT et les autres organisations syndicales qui conservent des repères de classe sont très affaiblies par la destruction accélérée depuis 30 ans des grandes entreprises industrielles qui étaient leur vivier militant, par leurs délocalisations vers des contrées à bas salaires, et la précarisation continue des emplois en France.
2/ elles le sont d’autant plus que certains des dirigeants syndicaux, obstinément englués dans les illusions du "syndicalisme rassemblé" ou "de concertation", se sont parfois coupés de leur base ouvrière ( comme le fit auparavant le PCF en privilégiant l’électoraliste "Union de la Gauche".)
3/ Aux récentes élections professionnelles, la CFDT a dépassé en influence la CGT, notamment dans le secteur privé. Conséquence directe des mutations économiques citées plus haut, et de la croissance de couches salariées liées à la gestion et aux échanges plus qu’à la production, et répugnant souvent à se reconnaître de classe ouvrière. Les dirigeants de la CFDT affichent clairement leurs convictions libérales, leur attachement aux règles du Marché", notamment en matière de retraites.
4/ c’est en vertu de ces trois postulats que le Pouvoir macronien a mené ce qu’il veut être sa "lutte finale" pour la contre-révolution libérale en France, suivant le scénario suivant :

- une intransigeance totale du Gouvernement, faisant durer la grève assez longtemps pour assécher financièrement les grévistes et leurs familles, et les manifestants par l’épuisement.
- Un matraquage médiatique intense de l’opinion pour isoler le mouvement revendicatif, notamment en ressassant la soi-disant opposition de la CFDT a un "âge pivot" déjà appliqué dans les faits
- Et, pour conclure, un accord négocié ( depuis belle lurette ? ) avec les dirigeants de la CFDT et l’UNSA, qui se retirent d’un mouvement dont ils n’ont jamais été partie prenante, et une CGT contrainte à la reddition sans avoir rien obtenu....
- Rien n’est encore gagné pour l’un ou l’autre camp dans cette guerre sociale, même si les médias l’affirment avec assiduité après le 10 janvier, en claironnant la date à laquelle le projet sera adopté par les députés. Ne vendons pas la peau de l’ours, Monsieur Macron !

La semaine du 12 au 16 fevrier sera décisive, chacun le sait, mais n’aura rien d’un point final :
- Face aux homélies de Macron et de Philippe, qui se résument à la condamnation d’une grève "irraisonnée, puisque le compromis a eu lieu", discours lénifiant relayé ad nauseam par les médias, les arrêts de travail et blocages s’étendent aux ports, aux raffineries, aux Palais de Justice, à l’Opera, aux fonctionnaires de Bercy, aux médecins hospitaliers, aux enseignants de Louis le Grand et d’ailleurs. Les initiatives se sont multipliées avant le 24 (et depuis), date à laquelle le projet de loi que le Pouvoir a négocié avec lui-même a été approuvé par le Conseil des Ministres, avant d’être approuvé par une majorité parlementaire qui ne représente qu’elle-même ou promulgué par ordonnances ! !
- Et, selon les sondages les plus sérieux, à la mi-janvier, 61 pour cent des Français soutiennent le mouvement et sont pour le retrait du projet, même s’ils ne font grève que par procuration.
- Et le Président-monarque, depuis Israël où Il est allé faire de la représentation, s’indigne que "certains" dénoncent à Marseille ou Paris l’absence de DEMOCRATIE en France ! !
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Lors de la nouvelle journée de manifestations du 24 janvier, les choses sont en tout cas claires :
Malgré la fatigue, le mouvement est toujours fort dans toutes les métropoles de France, de Marseille à Nantes, Lille et Paris, et l’unité entre les syndicats, CGT, FO, Solidaires, Sud, se confirme sur l’idée qu’il durera durant des mois, jusqu’au retrait de ce projet qui n’a pas le soutien de la majorité de la population. Et le soutien au plan gouvernemental de quelques dirigeants médiatisés de la CFDT, qui de toute façon n’ont dès le départ pas soutenu la grève et les démonstrations de rue, n’y changent rien...D’autant que les adhérents de certaines organisations dites " réformistes" comme l’UNSA sont présents dans la rue le 24 à Nantes par exemple !

AU 25 JANVIER, LA LUTTE CONTINUE !

Francis Arzalier
25/01/2020

   

Messages

  • 1. RETRAITES ET LUTTES DE CLASSES
    28 janvier 2020, 16:08 - par richard PALAO


    Il manque un chapitre dans cette brillante analyse , celui de l abandon par tous y compris la CGT , du programme du CNR , des ordonnances de octobre 1945 et de la loi CROIZAT du 22 mai 1946 qui avait pour objectif en ce qui concerne la retraite , la creation d un regime unique et universel avec un alignement progressif sur les regimes speciaux plus avantageux ...défendre ce programme permettrait de réaliser le tous ensemble indispensable pour battre MACRON , alors que défendre les 42 regimes actuels comme la CGT c est favoriser le chacun pour soi , la défense de son pré carre et donc la dispersion des luttes qui vont nous mener tout droit a la défaite ....

  • 2. RETRAITES ET LUTTES DE CLASSES
    30 janvier 2020, 13:03 - par Méc-créant


    Peut-être est-on en train de voir apparaître une analyse arrivant à replacer la question des retraites —qui, certes, cristallise les colères— dans le cadre de l’immondialisation financière organisée chez nous par l"UE. Cette absence de prise en compte des causes fondamentales par un grand nombre de salariés et citoyens doit peu au hasard. Elle est le résultat de décennies de désert politique, syndical, intellectuel (philosophique ?...) pendant lesquelles toute véritable lutte idéologique a disparu par la soumission, consciente ou non, des dirigeants à l’idéologie dominante qui a servi à imprégner les populations d’un "européisme" bien-pensant. Quelques militants de la CGT, que l’on doit retrouver sans doute dans le "Front syndical de classe", l’avaient certainement compris : il n’était pas nécessaire d’être un Nostradamus pour deviner que l’entrée de la CGT à la CES signifiait un renoncement à l’analyse de classe et annonçait une collaboration plus étroite à la construction de cette Europe. Il me semble en effet que, bien au-delà de la question des retraites —dont le mouvement, lié aux gilets jaunes, pourrait permettre cette prise de conscience— nous sommes confrontés à une fascisation étatisée qui, sous l’égide de l’UE, vise à briser peuples et nations, à commencer par la France et ses Gaulois réfractaires. Quand on massacre et mutile des manifestants, qu’on condamne pour délit d’opinion ou pour action syndicale, que des policiers-nervis-miliciens sont couverts par des magistrats et des hauts fonctionnaires cyniquement dignes du régime de Vichy, qu’on découpe le pays en "grandes régions" prêtes à entrer en concurrence, quand tout —services publics, industries, infrastructures essentielles— est livré au privé, que l’on rend une "zone transfrontalière" à l’Allemagne,...quand...tout cela, c’est bien plus que la question des retraites qui est en cause car elle n’en est qu’une conséquence de plus. Aucune amélioration progressiste ne pourra être vraiment envisagée sans reconquête des souverainetés populaire et nationale, indépendance et un peu de démocratie. Jusque là, l’UE a bien réussi ce pourquoi elle a été faite : imposer le droit des actionnaires à disposer des peuples.
    J’avais bien constaté (sur le blog : "Sors d’ici Jean Moulin") que la bande squattant le pouvoir n’était qu’un ramassis de "nouveaux collabos" de la nouvelle "souveraineté européenne" mais j’avais encore mal mesuré le degré de fascisation violente et cynique qui pouvait s’installer. La question des retraites ? Bien sûr. Mais pour violent et significatif que soit ce dernier coup de massue, c’est une question liée à d’autres encore plus importantes car plus fondamentales. Qui a osé crié : "le programme du CNR" ? Il y a longtemps qu’on l’a laissé mettre à la poubelle par les gouvernements successifs. D’ailleurs, n’est-ce pas la premier président banquier qui avait poussé la France à s’endetter auprès des banques privées ? Sans qu’aucun gouvernement...socialiste (avec ministres communistes ?) ne remette cela en cause. Les peuples aux mains des "marchés"...
    Méc-créant.
    (Blog : "Immondialisation : peuples en solde !" )

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