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Où va le régime politique de la France ?

vendredi 23 juillet 2021 par Francis Arzalier

Les observateurs de bonne foi (fort absents de nos télévisions !) le savent : le coup d’Etat militaire de 1958, qui donna naissance au régime gaulliste, nous a légué la Constitution de la Vème République, que son inventeur Michel Debré qualifiait de " monarchie républicaine ".

Depuis plus de 70 ans maintenant, cette monarchie s’est perpétuée avec les Présidents successifs, qui, chacun à leur manière, ont pérennisé le pouvoir personnel du Président, grâce à des assemblées élues selon ses choix, décidant du Gouvernement, des décrets et des lois, de la paix et la guerre. En ces domaines, Mitterrand valait bien De Gaulle, et Macron poursuit Sarkozy.

Si ce dernier infligea sans consultation à l’Afrique et la France la catastrophique aventure libyenne, Hollande puis Macron ont poursuivi sans l’aval de personne la désastreuse Opération Barkhane au Sahel. Mais, indéniablement, le Monarque actuel restera dans l’histoire de notre pays comme bien pire que les précédents, au service du Capital (réformes régressives des retraites, de l’assurance chômage, destruction accélérée des services publics, de santé, de transport, etc.), et au détriment des libertés publiques, en profitant notamment de l’épidémie de Covid.

Peut-être n’en prenons-nous pas encore la mesure exacte, notamment dans le domaine politique, et de l’usage de l’Etat, toujours officiellement républicain. Mais depuis 2017 son mode de fonctionnement s’éloigne de celui, parlementaire et représentatif, des 4 Républiques précédentes.

Ses propagandistes ressassent depuis 4 ans que le " libéralisme" macronien est l’opposé de l’extrême-droite autoritaire du RN. En fait, c’est au sein même de cet Etat dirigé par Macron que l’autoritarisme politique s’étend chaque mois un peu plus.

Le premier acte de cette véritable mutation du régime politique de la France se concrétisa à l’occasion des élections présidentielles de 2017 : l’élimination du candidat du Parti de Droite Fillon, la fabrication par les médias de celle de Macron, poulain des milieux patronaux sorti du parrainage Hollande, ce qui lui permit de jouer l’enfant prodige libéral-moderniste, réunissant les "progressistes" de Droite et de gauche contre les politiciens du Passé...À l’issue de décennies de campagnes médiatiques contre " les politiques", " tous pourris ", le résultat était acquis : les Partis politiques qui avaient servi d’ossature aux Républiques depuis 1870 ( parti radical, parti Socialiste, parti de Droite parlementaire ) étaient moribonds et le PCF poursuit sa descente aux enfers.

Grâce à ce " grand dégagement", les scrutins successifs se réduisent de plus en plus à un dialogue-affrontement pour les postes de responsabilité entre les tenants de Macron et du RN ( moi ou l’extrême-droite xénophobe et le chaos ). Cette manipulation monarchique lui a permis d’enlever la Présidence, puis une majorité massive des députés de l’Assemblée nationale, sans aucune représentativité citoyenne. Dès lors, les scrutins successifs se réduisent à une suite de votes truqués, inutiles, et cette "démocratie" inspire une telle défiance à une bonne partie de la population française que les deux-tiers des électeurs ne votent plus en juin 2021 !

Ce sentiment de "dépossession citoyenne" s’est doublé depuis l’élection de Macron d’une brutalité répressive incarnée par des responsables comme le ministre Darmanin ou le Préfet de police Lallement, dont le langage à l’encontre des manifestants est directement inspiré du fascisme d’antan. Et les multiples mutilations infligées par la police lors de l’épisode Gilets Jaunes sans réaction de l’Etat montre bien qu’il ne s’agit plus de "bavures", mais de nouvelles normes de gouvernance.

Mais le plus grave dans l’évolution politique française depuis le Gaullisme est l’alignement progressif des médias sur les objectifs idéologiques de l’Etat bourgeois, et leur emprise croissante sur l’opinion. Contrairement aux dires de nos communiquants, promus experts de tout et de rien, l’ORTF de 1960 était bien moins soumise que les chaînes d’infos actuelles. Certes les journalistes étaient abreuvés de directives, mais nombre parmi eux, professionnels attachés à une déontologie, n’en tenaient guère compte : en 1968, la majorité fit grève, malgré les licenciements prévisibles, contre la vérité d’Etat. Un conflit impensable avec les préposés actuels du petit écran.

Depuis, les responsables médiatiques ont mis en œuvre les prédictions de George Orwell dans 1984 : point n’est besoin de censurer et d’ordonner pour contrôler un média. Il est beaucoup plus efficace de choisir soigneusement, les journalistes qui seront seuls admis à s’exprimer publiquement, pour leurs choix idéologiques personnels. Peu importe leurs affiliations politiciennes, Droite, Centre ou Gauche, ils sont tous imbus de leurs convictions libérales, des dogmes du Marché et de ses règles , alors que les sensibilités anti capitalistes et anti impérialistes
y sont exclues ou invitées face à un tribunal agressif. De telle sorte que les médias, d’Etat ou privées sous l’égide du grand capital, sont devenues le moyen de contrôle et de formatage idéologique de l’Etat de la bourgeoisie possédante. La preuve en est que TOUTES les chaînes de télévision françaises, quand elles ont à parler d’un des pays considéré en ennemi potentiel par les puissances occidentales, Russie, Chine, Iran, Venezuela ou Cuba, sont incapables de s’en tenir aux faits vérifiés, mais alignent d’emblée des condamnations haineuses, irrationnelles, souvent imprégnées de racisme. Et ce discours univoque recèle un pouvoir de formatage des esprits tel que l’histoire passée de la France n’en a jamais connu.

Cette imprégnation d’un véritable totalitarisme technologique au sein même de l’Etat libéral se renforce d’une valorisation constante des organes " régaliens" ( répressifs " ) de l’Etat, constamment présentés en victimes, des manifestants, des jeunes et pauvres des quartiers populaires, des supposés terroristes basanés. Au point que des policiers et officiers peuvent accuser élus et magistrats de laxisme et menacer d’utiliser leurs armes pour "rétablir l’ordre ", sans susciter autre chose que l’approbation d’un ministre !

Cette tendance autoritaire par le biais de la technologie informatique, s’est fort aggravée en profitant des deux ans de Covid : télé-travail détruisant les solidarités d’entreprises, interdictions diverses de " distanciation sociale ", de rassemblements festifs, familiaux et politico-syndicaux, etc.
Une avalanche de mesures liberticides souvent incohérentes, dont la justification par la cohorte "d’experts" adoubés par le Pouvoir n’interdit pas de juger qu’elles sont plus prétextes que raisons.

Comme le disait benoîtement le pape de l’ultra-libéralisme Frédéric Hayek, qui fut un ferme laudateur du dictateur chilien Pinochet en1973, " je préfère un dictateur libéral à un gouvernement démocratique sans libéralisme." Contrairement à l’Evangile électoral de Monsieur Macron, l’extrême-droite autoritaire n’est pas l’antithèse de SON libéralisme, elle peut en être l’aboutissement.

L’été 2021 semble bien devoir couronner cette mutation progressive du régime politique de la France de quelques éléments supplémentaires :
D’abord par la droitisation idéologique des médias, notamment par la prise en main d’autres médias par Bolloré, milliardaire et idéologues ultra-réactionnaire, déjà patron de la chaîne d’infos CNews, tribune quotidienne du polémiste xénophobe Éric Zemmour. Cela s’est traduit à la rédaction d’Europe 1 par l’éviction de nombreux chroniqueurs, professionnels chevronnés qui n’étaient guère des trublions gauchistes...au profit d’une " ligne Zemmour ", et certainement des obsessions sécuritaires et anti-migratoires de ce dernier !

Ce qui se dessine en juillet 2021 avec les dernières décisions " sanitaires " de l’équipe Macron est encore plus préoccupant, à tel point qu’elles ont provoqué des manifestations d’une ampleur inédite en plein été en France. Nourries d’une inquiétude réelle sur les conséquences à long terme des vaccins, ces mobilisations hétérogènes reflètent surtout le discrédit total de la parole de l’Etat, portée depuis deux ans par politiciens, médias et "Experts" coalisés, discréditée par ses palinodies erratiques, ses mensonges et ses contradictions. Et son autoritarisme récurrent,
car l’obligation du pass sanitaire, visant au départ à forcer les rétifs à la vaccination, met en place un ensemble de vexations inacceptables, qui va peser sur la vie quotidienne de tous les citoyens, y compris ceux vaccinés et immunisés depuis des mois !

Et la campagne médiatique mensongère dénonçant les manifestants comme Anti Vax d’extrême droite, voire antisémites, ne parvient pas à le cacher.
En fait, on peut se demander si cette opération, qui ne peut aboutir qu’à créer une véritable guerre entre pro et anti-vaccins, piège dans lequel l’ANC appelle à ne pas tomber, n’est pas le moyen politicien de faire oublier que les projets de destruction des conquêtes sociales ( assurance chômage, retraites, etc ) sont toujours programmées par le Monarque sortant en piste pour sa réélection malgré son impopularité, avec le soutien du MEDEF.

Car si l’on ne sait pas encore comment se passera l’année électorale 2022, on peut d’ores et déjà être certains que les grandes manœuvres ont commencé : les officines du grand Capital, comme en 2017, sauront choisir et promouvoir le candidat le plus fidèle à leurs objectifs de régression sociale, LEUR candidat, choisi PAR EUX en fonction du contexte politique et social du moment.
Et, parallèlement, la dérive sécuritaire, xénophobe, autoritaire, manipulatrice, de l’Etat francais continuera sur sa lancée, pour pérenniser les objectifs de la Bourgeoisie qu’il incarne.

FRANCIS ARZALIER, ANC, 23 juillet

   

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