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Alain Krivine : adieu au révolutionnaire permanent

dimanche 13 mars 2022 par Ella Micheletti

Co-fondateur de la LCR, perdant assumé par deux fois à l’élection présidentielle, membre du FNL, Français issu d’une famille juive d’Ukraine, défenseur inlassable de la IVème Internationale, Alain Krivine s’est éteint discrètement ce 12 mars. S’il était retiré de la vie publique depuis longtemps, je sais qu’il sera regretté par ses camarades trotskistes. Également par des citoyens qui ont puisé en lui l’énergie, la rage de défendre les plus humbles. J’en fais partie.(Un témoignage très proche de celui que j’aurai pu écrire ! JP-ANC)

Suis-je trotskiste ? Non. Plus proche par la pensée du marxisme-léninisme, le trotskisme représente une époque révolue pour moi. Ajoutons qu’il est ardu, quand on est âgé de moins de 65 ans, de vibrer puissamment à l’évocation de la IVème Internationale.
Et pourtant… Alain Krivine est mort ce 12 mars. Et j’ai le cœur peiné. Pas dévasté. Mais le pincement se fait sentir, sensiblement. En lisant sur les sites Internet : « Mort d’Alain Krivine », j’ai compris que le co-fondateur de la LCR équivalait chez la jeune citoyenne que je suis à une madeleine de Proust politique.

Je n’ai quasiment jamais parlé de lui avec aucun membre de mon entourage, à part ma mère. Je ne l’évoque que quand on m’interroge sur mes sources politiques. J’observe souvent avec admiration ou avec un doute amusé certains camarades me vanter leur lecture entière de Marx à tout juste 17 ans. Pour l’adolescente que j’ai été, et ne suis plus depuis longtemps, deux noms m’ont servi de véritables détonateurs politiques : Bensaïd et Krivine.

L’un ne va pas sans l’autre. Français issu d’une famille juive d’Algérie pour le premier, d’une famille ukrainienne pour le second. Le philosophe permet à qui s’intéresse au communisme d’engranger un bagage académique sur Marx, Walter Benjamin, la temporalité et les perspectives révolutionnaires. L’homme politique de terrain, s’il ne conceptualise pas chacune de ses actions, insuffle le souffle vital nécessaire aux compagnons de lutte.

Quand son autobiographie, Ça te passera avec l’âge, paraît en 2006, j’ai 16 ans, une colonne vertébrale politique à demi déterminée, bien que penchant clairement à l’extrême gauche.
Milieu et histoire familiaux en sont les terreaux, sans grande surprise. Mes lectures aussi. Cet ouvrage de Krivine n’est absolument pas philosophique contrairement à ceux de Bensaïd mais l’apologie de la philosophie de la praxis apparaît évidente et surtout vulgarisée. Elle me marque, me galvanise. C’est précisément ce que j’attends à l’aube de mes 17 ans.

  • « Un gouvernement au service du monde du travail ne pourra donc exister que sur la base de grandes mobilisations », écrit Krivine. Et de renchérir :
  • « Ce qui importe est donc de réunir les conditions de l’application d’un programme de changements radicaux. Cela nécessite des ruptures décisives avec les institutions de l’État et la structure de l’économie capitaliste. Donner le pouvoir à la population et aux travailleurs rend inéluctable l’affrontement avec la minorité des privilégiés. »

Aujourd’hui encore, je pense qu’il a joué ce rôle ô combien précieux de canal de transmission, pour des jeunes et moins jeunes générations de citoyens animés par la révolte pour de justes causes.

La ténacité et le courage de Krivine étaient inversement proportionnels à ses échecs politiques. On ne saurait le nier. Je ne parle pas ici de son exclusion du PCF en janvier 1966, juste après son adhésion à la IVème Internationale. D’ailleurs, ce combattant inlassable de la cause ouvrière a vite rebondi en créant Les Jeunesses communistes révolutionnaires en avril de la même année.

La déconvenue arrive trois ans plus tard, en 1969, quand il se présente à l’investiture suprême. Alors que le communiste Jacques Duclos récolte plus de 21 % des voix, Krivine plafonne avec seulement 1,1 % des voix.
En 1974, il chute encore plus (0,4 %), alors que son adversaire Arlette Laguiller obtient 2,3 % des voix.
Au troisième scrutin, en 1981, les 500 parrainages lui échappent. Loin d’être obtus, il appelle son petit électorat à voter au choix pour Laguiller, Marchais, Mitterrand ou Bouchardeau (PSU). Beau joueur et droit dans ses bottes. Il n’y aura pas d’autre élection présidentielle pour lui.
Mais il deviendra député européen, sur une liste LO-LCR.

Faisant figure de sage et de véritable leader d’extrême gauche depuis la création de la LCR en 1974, Krivine savait également me toucher par son franc-parler, l’authentique simplicité qui l’animait et le rendait attachant. Volontiers espiègle, ses formules mordantes avaient l’art de faire sourire :
« Nicolas Sarkozy est une copie publicitaire de Jacques Chirac ! ».

Sa carrière politique « active » a donc été assez courte en réalité. Il participera tout de même à la création du NPA en 2009 et au lancement de son poulain, Olivier Besancenot.
Lui aussi a su me plaire en son temps, me pousser dans la rue pour crier : « Nos vies valent plus que leurs profits ! ».
C’est là l’essentiel, je crois.

Que je ne me sois jamais sentie au NPA comme à la maison n’a pas la moindre importance. Aurais-je en d’autres temps adhéré à la LCR, si j’avais été plus âgée ? Sûrement. (Moi oui ! JP-ANC)

Et j’en serai peut-être partie. Reste que le noyau irréductible de mes colères, mes pensées, mes espoirs, mes certitudes et mes doutes, je le dois bien à Daniel Bensaïd et Alain Krivine.

Comme l’affirmait Jaurès, « il ne peut y avoir de révolution que là où il y a conscience ». Et c’est cette conscience que le duo d’inséparables m’ont léguée.

L’un a reçu de nombreux hommages lorsqu’il est mort il y a 12 ans ; l’autre en manquera, je le crains. Rétablissons donc « la grande balance du destin ».


Voir en ligne : https://voixdelhexagone.com/2022/03...

   

Messages

  • 1. Alain Krivine : adieu au révolutionnaire permanent
    13 mars, 14:42 - par RICHARD PALAO


    Hommage partagé par un non- trotskyste

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