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Entretien avec Georges Gastaud : « N’attendons pas, résistons à la guerre impérialiste, la casse nationale, la fascisation, au saccage social et salarial : organisons-nous !

lundi 2 mai 2022

L’ANC n’a pas la prétention d’être l’unique organisation représentative des communistes en France. Depuis la désintégration du PCF de nombreux communistes orphelins se sont cherché des structures susceptibles de correspondre à leur souhait : l’abolition de la propriété privée et du capitalisme pour le bonheur de ceux qui ne vivent que de leurs salaires.

Après l’élection de Macron, les progrès fulgurants des idées fascisantes, l’épée de Damoclès de la guerre souhaitée par un impérialisme américain en difficulté et ses valets, la patrie démocratique et républicaine française est en danger. L’heure est à l’union de tous ceux qui estiment qu’il est temps de changer l’ordre des choses. Il en va de la paix et du retrait de l’OTAN, de la fin de la France Afrique, du rôle que la France peut et doit jouer au Moyen Orient et en particulier en soutien au peuple palestinien, il en va, au plan national, du développement des services publics, de la nationalisation des grands moyens de production et d’échange, de la souveraineté populaire face à la dictature de l’UE, des salaires, de la sécurité sociale, de l’emploi et du travail.

C’est dans cet esprit que nous vous proposons l’interview du camarade Georges Gastaud du PRCF, avec lequel nous avons de nombreux points commun à fédérer. Car comme le disait V.Hugo : "Par l’union, vous vaincrez. Étouffez toutes les haines, éloignez tous les ressentiments, soyez unis, vous serez invincibles."(JP-ANC)

Initiative Communiste – Que penser de la manière dont nous sommes « informés » sur l’Ukraine ?
Georges Gastaud – Même si quelques commentateurs sauvent marginalement l’honneur, cette « information » est mensongère et irresponsable au regard des énormes dangers de guerre mondiale nucléarisée dont l’affrontement Russie-OTAN par Ukraine interposée est objectivement porteur.
Tout d’abord concernant l’explication – le « narratif » du conflit, pour employer le jargon journalistique contemporain, que tout est simple ! Et d’autant plus simple que les médias « pluralistes » de notre pays ne font entendre qu’un son de cloche, qu’ils ne relaient que les « infos » bidon de l’armée ukrainienne, qu’ils n’informent pas sur le déroulement concret des opérations militaires (l’évolution réelle des fronts) et qu’ils discréditent a priori, sans leur ouvrir l’antenne, les personnes, y compris d’anciens experts de l’OTAN, qui ne marchent pas dans le récit manichéen de ce que les Russes ont de plus en plus raison, hélas, d’appeler l’ »Occident global ».

D’un côté, Il y a le gentil Zelensky soutenu par l’Empire du Bien européen avec à leur tête la mignonne UE aimablement couplée à la très pacifique OTAN ; en face il y a un dictateur fou, un « nouvel Hitler », un « nouveau Saddam », « le Maître du Kremlin », etc...

En Ukraine, qu’on se le dise, « il n’y a pas de nazis », ni ceux du bataillon Azov, avec ses runes SS plein les manches, ni ceux de Pravy Sektor (« Secteur droit »), ni ceux de « Svoboda ». Et aucun Français ne sait, s’il se contente de regarder notre télé d’État « pluraliste » (le soi-disant « service public de l’audiovisuel »), que le Parlement ukrainien a été récemment présidé par le fondateur officiel du… « Parti national-socialiste ukrainien », reçu de surcroît avec les honneurs par François de Rugy (alors président de l’Assemblée nationale) en juin 2018 !

Le Parlement ukrainien avait préalablement été amputé, il est vrai, de ses députés communistes tant la « démocratie européenne » préfère l’entre-soi… Mais que voulez-vous : dans la belle UE, la démocratie, c’est quand les nazis ont pignon sur rue et que les communistes sont massacrés, comme 40 d’entre eux qui furent grillés vifs le 2 mai 2014 dans l’incendie volontaire de la Bourse du travail d’Odessa.

Quant à l’admiration de l’admirable Zelensky pour le « héros national » Stépan Bandera, le massacreur antisémite et génocidaire ukrainien qui combattit glorieusement l’Armée rouge aux côtés d’Hitler, elle est passée sous silence ou tenue pour du folklore par nos médias.

De même, l’Ukraine est par essence et quoi qu’elle fasse « une démocratie » : que sous le précédent président pro-américain Porochenko, la langue russe ait été officiellement déclassée, ainsi que le hongrois de la minorité magyare, et que l’ukrainien soit devenu la seule langue officielle de cet État multinational (où vivent des Russes, des Magyars, des Tatars…), c’est purement anecdotique : après tout, les russophones des pays baltes sont massivement discriminés en Estonie, Lituanie et Lettonie sans que cela ait jamais posé le moindre souci à l’UE.

Il n’est donc pas bien grave, juste un petit dérapage, que Porochenko ait promis à la télévision d’État ukrainienne que les enfants russophones du Donbass « vivraient désormais dans des caves » : tout le monde peut encore voir cette vidéo sur internet en cherchant dix secondes. De même, que le Donbass ouvrier, russophone et minier ait été impitoyablement bombardé de 2014 à 2022 par Azov, fer de lance nazi, je le répète, de l’Armée ukrainienne, en totale violation des accords de Minsk reconnus par l’Ukraine et garantis par Berlin et Paris (des « garants » semblables à Ponce Pilate !), ce n’était pas la une guerre, voyez-vous, puisqu’il n’y a eu que 14 000 tués selon les autorités du Donbass ; et, après tout, ce n’étaient que des prolos et de détestables nostalgiques de l’URSS, avec bien sûr quelques enfants, vieillards et autres civils dans le tas.

L’Ukraine étant, par essence et quoi qu’elle fasse, « une démocratie libérale » et les Russes étant, par nature, quasi-génétiquement, des « totalitaires crypto-communistes » et des « nostalgiques de l’Empire soviétique » à genoux devant « le Maître du Kremlin », l’interdiction par Kiev de tous les partis d’opposition à la guerre, à commencer par celui des communistes, l’enlèvement par on ne sait qui, des jeunes frères Kononovich, dirigeants de la JC ukrainienne, l’égorgement des prisonniers russes devant des caméras à la manière de Daech, tout cela n’est que point de détail de la « guerre de libération » en cours.

Pour les mêmes raisons, les référendums qui ont mis en place les Républiques populaires du Donbass ne sont qu’une « auto-proclamation » alors que l’arrachement manu militari par les Occidentaux du Kosovo à la République serbe, ou que la partition sans référendum aucun de la Tchécoslovaquie en deux micro États satellites de Berlin, ou que le dépeçage de l’ex-Yougoslavie par la force armée de l’OTAN (à l’époque, la guerre de l’OTAN, appuyée par Jospin, a commencé par 79 jours de bombardements sur toutes les infrastructures de Belgrade !), étaient toutes autant de merveilles pacifiques, voire écologiques – de la Grande Démocratie libérale, européenne et atlantique de l’avenir.

De même, le référendum de Crimée, par lequel, à l’issue d’une participation massive, la population russophone de cette presqu’île s’est massivement prononcée par vote secret pour son rattachement à la Fédération russe, n’est qu’une « manipulation de Poutine ». Bref, comme disait Victor Hugo se moquant des bellicistes de son temps,

« C’est un Russe ! Égorge, assomme ! / C’est normal, pourquoi cet homme / Portait-il un habit blanc ? »…

Pour les mêmes prétendus « journalistes », la guerre actuelle a commencé avec "l’invasion de l’Ukraine » par Poutine le 24 février dernier. Auparavant, il n’y avait pas eu le putsch pro-atlantique de Maïdan chassant le président « pro-russe » Ianoukovitch qui venait d’être élu, et dont le tort était de ne pas vouloir rallier la zone économique européenne.

A la suite de ce putsch, il n’y avait pas eu la volonté affichée par la nouvelle Ukraine euro-radicalisée d’adhérer à l’UE et à l’OTAN, c’est-à-dire l’acharnement de l’Occident, insupportable pour n’importe quel gouvernement russe, à boucler totalement la frontière occidentale de la Russie.
Avec, en prime, la tentative occidentale de fomenter une révolution orange (en réalité, une contre-révolution) contre le « dictateur » biélorusse Loukachenko, l’ancien directeur de kolkhoze qui a eu le tort de ne pas liquider les acquis sociaux de l’URSS et de ne pas privatiser ou liquider, comme ce fut le cas dans toute l’Europe de l’Est postcommuniste, la puissante industrie socialiste de son pays, de manière à réduire la population ouvrière biélorusse en colonie de main-d’œuvre l’industrie occidentale, notamment allemande, comme c’est déjà le cas, bien avant la guerre, de la population ouvrière de l’Ukraine.

Quant à la promesse faite par les Occidentaux à Gorbatchev (qui, il est vrai, n’a même pas demandé un écrit dûment signé par Bush lors de l’unification allemande : l’admirable homme d’État responsable que voilà !) de ne pas étendre l’OTAN au-delà des frontières Est de l’ex-RDA, elle n’a évidemment jamais existé et il est évident que les Russes devaient sauter de joie à l’idée de voir l’alliance militaire historiquement rivale, qui a précédé le Traité de Varsovie et que Washington a maintenue lors de sa dissolution, se rapprocher de plusieurs milliers de km de leurs frontières, missiles américains pointés sur Moscou en prime.

Bref, nous assistons actuellement, comme si de rien n’était, à une intense propagande de guerre qui n’a rien à envier à celle dont les Français furent abreuvés en 1914, à une époque où l’on n’interdisait pas Tchaïkovski et Borodine mais Beethoven et Wagner dans les salles de concert de notre pays, de même que Debussy et Rameau était « tricards » en Allemagne.

Qu’il est piteux et lamentable de voir tous ces gens de média prétendument critiques ricaner sur la propagande de guerre russe (bien réelle, évidemment !) ou sur la propagande de guerre franchouillarde d’hier, alors qu’ils la pratiquent au carré et au cube sans le moindre second degré dans leur pratique massivement désinformatrice d’aujourd’hui.
A ces individus sans conscience, je ne puis rien faire d’autre, inlassablement, que répéter deux phrases qui les cingle au visage l’une et l’autre et que je propose aux lecteurs de cet entretien d’apprendre par cœur :

« Le courage, ce n’est pas de suivre le mensonge qui passe ; le courage, c’est de chercher la vérité et de la dire » (Jean Jaurès).
Et aussi : « l’esprit critique, l’indépendance intellectuelle, ce n’est pas de céder à la réaction mais de ne pas lui céder » (Georges Politzer, agrégé de philosophie, émissaire du PCF interdit auprès du gouvernement français de Paul Reynaud pour proposer un plan de défense de Paris lors de l’invasion de 1940, enlevé, torturé et fusillé par l’Occupant nazi).

Bref, amis et camarades, cherchez par vous-mêmes sur internet et surtout, lisez chaque jour pendant que c’est encore possible, le site internet du PRCF www.initiative-communiste.fr. Chaque mois, lisez et faites lire le seul mensuel marxiste-léniniste de France, Initiative communiste. Car plus que jamais, le mensonge d’État conduit à l’holocauste de l’humanité alors que la recherche du vrai, si tâtonnante soit-elle, est le seul rempart de la paix mondiale, donc à notre époque, de la VIE SUR TERRE.

Initiative Communiste – Concernant la situation politique et militaire en Ukraine, comment l’apprécies-tu ?

Georges Gastaud – Je ne suis nullement spécialiste de ces choses mais il n’est pas malaisé, en confrontant divers sites militaires et géopolitiques existants, y compris celui de l’armée française (les militaires de terrain sont plus lucides et souvent moins va-t-en-guerre que les journalistes avides d’émotionnel) de comprendre que, en gros, les Russes poursuivent pas à pas leur plan initial en l’ajustant.
Ils n’ont jamais dit qu’ils voulaient conquérir Kiev et l’ensemble de l’Ukraine et leurs objectifs de guerre ne sont illisibles que pour ceux qui veulent se boucher les yeux et les oreilles. Ils veulent tout bonnement neutraliser et dénazifier l’Ukraine, c’est-à-dire l’empêcher de rallier l’OTAN et la débarrasser des milices nazies qui bombardaient depuis 8 ans le Donbass, en un mot, sécuriser leur frontière sud-ouest et garantir au Donbass russophone le droit de vivre en paix.

Pour cela, ils sont à la fois intervenus sur l’Est du pays, notamment contre le bastion nazi d’Azov qui était à Marioupol et qui est en voie de liquidation. Que la presse occidentale présente les sinistres bourreaux SS d’Azov comme des « résistants » donne la mesure de ce que sont aujourd’hui les « valeurs européennes » en proie à la novlangue la plus débridée, et c’est ici le fils de Résistant antinazi qui parle.

Par ailleurs, l’armée russe s’était avancée jusqu’à Kiev, non pour conquérir cette ville immense, mais pour fixer et briser l’armée ukrainienne de l’Ouest et l’empêcher d’accourir en renfort dans l’Est russophone du pays. Maintenant que c’est, en gros, fait, l’armée russe se recentre sur le Donbass et sur l’Est du Dniepr et semble en passe d’encercler l’armée ukrainienne, il est vrai fortement préparée à cet assaut et surarmée par l’Ouest.

Personne ne prétend qu’il n’y ait pas de crimes de guerre, mais s’il y en a, ce n’est pas seulement d’un côté car toutes les personnes qui ont échappé aux méthodes d’Azov disent clairement que ces gens se servent des civils comme de boucliers humains : qu’attendre d’autre, d’ailleurs, d’un bataillon nazi ?

Et comme il est probable que pour finir, l’armée ukrainienne sera tôt ou tard mise dans l’impossibilité de poursuivre le combat, le bloc UE-OTAN conduit par son aile marchante la plus va-t-en-guerre, le bloc anglo-saxon des Biden et autre Boris Johnson, « met le paquet » pour tenter d’empêcher l’inéluctable et pour torpiller toute négociation chaque fois que Zelensky, instruit par le principe de réalité, fait un pas en direction des Russes en proposant ce qui dénouerait tout : la neutralité militaire de l’Ukraine, son refus d’entrer dans quelque alliance militaire que ce soit.

Ce qui serait une chance pour ce pays qui deviendrait un pont entre l’Est et l’Ouest au lieu d’être ce qu’il est devenu par la faute des factieux de l’Euro-Maïdan et de leurs protecteurs euro-atlantistes : le champ de bataille et la poudrière de la troisième guerre paneuropéenne, transcontinentale, nucléaire et mondiale.

C’est en effet sur ce point que je veux insister tant le danger est pressant : depuis le début des années 1980, j’insiste sans être entendu (tant la censure frappe ceux qui s’efforcent de essaient de relever le « nouveau défi léniniste » de notre temps), sur le caractère exterministe du capitalisme-impérialisme contemporain et de sa fraction dirigeante, l’Empire anglo-saxon.

Un Empire auquel est arrimée l’UE désormais indissociable de l’OTAN. Parce que leur système capitaliste faussement « moderne » est à bout de souffle, parce que les « BRICS », Chine en tête, sapent leur hégémonie et peuvent leur damer le pion planétairement, parce que d’immenses luttes de classes conduite par des communistes comme en Inde se mènent à nouveau, parce que leur Union européenne socialement régressive est sourdement rejetée par les classes populaires du continent, parce que des États majeurs du système, non seulement les tout-puissants USA, mais la France, deviennent peu à peu ingouvernables, parce que le système médiatico-militaro-industrialo-financier ne peut pas fonctionner sans destructions majeures périodiques, parce qu’il est incapable de gérer sur le fond la baisse tendancielle du taux de profit moyen et qu’il est impuissant devant les crises sanitaires et écologiques énormes qu’il génère à jet continu, le capitalisme-impérialisme-hégémonisme contemporain porte en lui la guerre d’extermination comme la nuée porte l’orage.

Cela s’était déjà vu dans les années 1980 quand, suite à la défaite historique encaissée au Vietnam et aux nombreuses révolutions anti-impérialistes de l’époque (Afrique, Amérique centrale, Asie), Reagan, suivi par ses vassaux Thatcher, Kohl et Mitterrand, avait provoqué la crise des euromissiles qui culmina en 1984 avec l’implantation en Europe des Pershing qui menaçaient Moscou d’un tir nucléaire « désarçonnant ».

Déjà André Glucksmann, le porte-parole « philosophique » de la hideuse fausse « gauche » euro-atlantiste, justifiait la possibilité d’un conflit mondial pan-exterminateur (il appelait cela la « seconde mort de l’humanité ») en déclarant glacialement dans La force du vertige : « j’aime mieux succomber avec mon enfant que j’aime à l’issue d’un échange de Pershing et de SS 20 que l’imaginer entraîné vers quelque Sibérie planétaire« .

Déjà à l’époque, nombre d’endormeurs de la conscience publique nous expliquaient que la guerre nucléaire n’adviendrait pas car nous étions structurellement protégés par la dissuasion nucléaire (ce qui n’est vrai que jusqu’à un certain point et en situation « calme » ; mais passé un certain seuil, l’existence de milliers d’armes nucléaires des deux côtés comporte un danger d’anéantissement général mille fois pire que tout accident nucléaire civil !) et surtout parce que, nous expliquaient doctement les Pierre Juquin (PCF) et autre Gorbatchev, « la guerre nucléaire ne fonctionne pas à notre époque » vu que « ne faisant ni vainqueurs ni vaincus, elle n’a plus de signification politique«  .

Elle était si dénuée de signification politique que, comme on l’a vu, la croissante menace nucléaire exterministe que l’impérialisme occidental a fait peser sur l’URSS dans les années 1979-1985, a permis en dernière analyse la contre-révolution en URSS en aidant les forces antisocialistes russes à propulser à la tête du PCUS le courant capitulard et liquidateur personnifié par Gorbatchev, Yakovlev et Chevardadzé. Gorbatchev a principalement réussi à évincer son rival, Michel Romanov, en promettant aux Soviétiques la paix à tout prix. Pour ce faire, Gorbatchev, l’homme désormais le plus justement méprisé des masses populaires russes, a mis en avant sa « nouvelle pensée politique » qui prétendait « préférer les valeurs universelles de l’humanité aux intérêts de classe du prolétariat ». Le « plutôt morts que rouges » des boutefeux américains, allemands et Cie s’est ainsi mué en « plutôt plus rouges que morts et irradiés ! » néo-munichois : loin de se confronter à la logique exterministe de Reagan, on se contentait ainsi de l’inverser.

Le résultat, c’est que l’URSS et le camp socialiste mondial ont disparu dans le déshonneur, que le rempart mondial de la paix et du progrès social mondial qu’était le socialisme soviétique a disparu et que… nous n’avons jamais été aussi proches d’une troisième guerre nucléaire.
Un holocauste nucléaire qu’a, non pas éloigné mais rapproché, le « reculer pour mieux sauter (encore plus haut ?) » de la perestroïka capitularde, ce tremplin de la contre-révolution qui a mis en orbite l’UE de Maastricht, la revanche historique de l’impérialisme allemand et la poussée vers l’Est de l’UE-OTAN en alliance avec les fascistes russophobes d’Europe de l’Est qui aspirent à une grande revanche sur Stalingrad !

Bref, aujourd’hui, la question cruciale, immédiate, fondamentale de l’heure est, pour tout militant ouvrier conscient, et plus largement pour tout humain doté de raison et d’amour de la vie, de militer avec ardeur pour la paix mondiale, Y COMPRIS QUAND IL S’AGIT DES PROBLÈMES POLITIQUES FRANCO-FRANCAIS.

Car si importantes que soient pour les masses la question du pouvoir d’achat, de l’emploi et des acquis sociaux, elles seraient vite relativisées, comme tous les Ukrainiens vivant la situation actuelle pourraient le confirmer, si l’on allait vers une conflagration paneuropéenne à dimension de plus en plus nucléaire, donc exterminatrice.
Dire cela n’est pas minimiser les « problèmes de fins du mois » au profit des « problèmes de fin du monde » du moins si l’on a compris que, comme l’a rappelé Sergueï Lavrov, un homme qui sait peser chaque mot, le danger de guerre mondiale se pose de moins en moins en termes de moyen ou de court terme.

Peut-être dira-ton que c’est là « jouer les Cassandre ».
Mais Cassandre ne jouait pas et du reste, elle avait raison et les Troyens furent mal inspirés de ne pas l’écouter. En outre, comme disait Romain Rolland, « pessimisme de l’intelligence, optimisme de la volonté » et ce qui est extrêmement triste en France et en Europe, c’est de voir que des forces qui, il y a peu, défendaient encore peu ou prou la paix sur des bases insuffisantes et social-pacifistes (et non sur des bases révolutionnaires et anti-impérialistes), soit ont baissé la garde, soit « accompagnent » le social-exterminisme, soit se comportent en fer de lance de l’exterminisme occidental, si ce n’est en véritables pyromanes de la guerre nucléaire mondiale.

Certes, Fabien Roussel n’en est pas là.
Mais qu’il est triste de le voir, dans son dernier tract électoral traitant de la paix, contourner totalement le mot « OTAN » et déclarer que l’objectif principal doit être d’ »isoler Poutine » ! En pleine union sacrée impérialiste, atlantiste et russophobe, est-ce ce que devrait dire un « communiste » ?

Quant à déclarer, comme il l’a fait, que la question du moment n’est pas la sortie de l’OTAN (bref, d’abord faire des voix sans heurter le consensus atlantiste !) et qu’en gros, pour dénoncer l’OTAN, on verra plus tard (quand la France, tenue par ses engagements atlantiques, aura été aspirée dans un conflit mondial ?), cela revient à renier le Congrès de Tours, c’est-à-dire l’acte fondateur du PCF où défense de la paix et combat contre « son » propre impérialisme, ne faisaient qu’un.

Bien entendu, Mélenchon, plus décent de ce point de vue, continue de prôner mollement la « sortie de l’OTAN » ; ce n’est pas méprisable, certes, mais qu’est-ce que cela vaut si par ailleurs on jure que l’on n’est et que l’on ne sera jamais « Frexiter » (alors qu’on l’était encore quelque peu en 2017 !), donc qu’on ne sortira jamais de l’UE, alors que l’UE et l’OTAN sont des sœurs siamoises également bellicistes, toutes deux également russophobes et semeuses d’escalade avec les visites à répétition à Kiev des notables européens.
A supposer qu’il devienne, comme il le souhaite, Premier Ministre de cohabitation en binôme avec Macron, Jean-Luc Mélenchon est-il prêt à déclarer, comme Thorez et Duclos eurent le courage de le faire durant la première guerre froide, que « le peuple de France ne fera jamais la guerre à la Russie » (soviétique ou post-soviétique, peu importe du point de vue des résultats que donnerait une guerre nucléaire « moderne » !) ?

Initiative Communiste – Quelles sont les conséquences de l’escalade en Ukraine sur la recomposition politique en France ?

Georges Gastaud – Le PRCF souhaite évidemment qu’il y ait le plus de députés progressistes possible dans la prochaine Assemblée, et pour commencer, que les députés PCF et LFI actuels soient reconduits, même si nous n’avons pas de grands éloges à leur adresser pour leur action dans les cinq années écoulées : par exemple, pas une seule intervention en défense de la langue française menacée par le tout-anglais en cinq ans de mandat (« PCF is back ! », comme dirait Roussel).
Encore faut-il qu’il s’agisse de vrais députés progressistes, sinon ça ne servira qu’à aggraver la confusion politique déjà à son comble.

Nos positions franchement communistes sur les « quatre sorties » sont claires et demeurent plus que jamais : pour que la France s’en sorte, pour que la paix et le monde du travail se portent mieux, il faut au plus vite sortir de l’euro, cette austérité continentale faite monnaie, de l’UE, cette prison des peuples de plus en plus belliciste, de l’OTAN, cette machine à générer des guerres mondiales, et bien entendu, du capitalisme, ce système obsolète, exterministe et de plus en plus fascisant. Sans aller forcément jusque là, puisque nous vivons des temps de grande disette idéologique, le minimum qu’on puisse demander à de futurs députés progressistes, outre l’opposition franche à l’extrême droite et le refus carré des contre-réformes annoncées (notamment sur les retraites, la fonction publique, le RSA…), c’est, sans cautionner des « consultations » macronistes bidon :

  • -L’engagement à combattre mordicus l’escalade militaire à l’Est : pas une arme française de plus en Ukraine, appui réel à toute démarche conduisant à la désescalade et à la négociation ;
  • -Campagne militante, et pourquoi pas ce 9 mai qui est à la fois la « journée de l’Europe » (sic) et le jour anniversaire de l’immortelle victoire soviétique sur le Reich, pour que la France sorte de l’OTAN ;
  • -Refus total de la marche à l’ »État fédéral européen » voulu par le chancelier Scholz, ce qui signifierait la fin de la République française souveraine et la mise en tutelle définitive de la France par l’Axe Washington-Berlin ;
  • -Refus total du découpage régionaliste final de la France et notamment, du dépeçage de la République une et indivisible par l’alliance de Macron avec les euro-régionalistes corses, bretons, alsaciens, catalans, etc. ; retour aux structures démocratiques de proximité que doivent redevenir les départements et les communes dotées des moyens nationalement « péréqués » de leur fonctionnement efficace ;
  • -Augmentation des petits et moyens salaires et pensions, taxation sérieuse des grandes fortunes et des profits capitalistes, nationalisation des banques (et ajoutons-nous pour notre part, de l’ensemble des secteurs-clés de notre économie) pour reconstruire de manière planifiée et écologiquement soutenable le produire en France industriel, agricole et halieutique ; retour à l’échelle mobile des prix, des pensions et des salaires supprimée par Mitterrand et l’eurocrate Delors en 83 au nom du « franc fort » et de la marche à l’euro ;
  • -Suspension sine die de toutes les contre-réformes, délocalisations et privatisations en cours ou en projet*,* abrogation de toutes les contre-réformes mises en place depuis le Traité de Maastricht, par ex. sur la loi El Khomri ;
  • -Crédits massifs pour l’Éducation nationale, l’Université, la Recherche, l’hôpital public, les EHPAD publics, en prenant sur les crédits du surarmement atlantique ! Nationalisation des fabriques d’armement, les marchands de canon propriétaires des médias doivent cesser d’intoxiquer l’opinion en France en travaillant pour la guerre !
  • -Démocratisation radicale de la vie publique : fin de la monarchie présidentielle dite « Vème République », Constituante, proportionnelle intégrale maintenant, droits démocratiques garantis à l’entreprise, levée de toutes les lois liberticides prises depuis Sarkozy-Valls-Castaner, démocratisation radicale de l’accès des citoyens aux médias, lutte contre la fascisation de l’appareil d’État et soutien résolu aux policiers républicains ;
  • -Levée des mesures anti-immigrés : assez de ce racisme bourgeois franco-européen qui fait que les Ukrainiens aux yeux bleus arrivant chez nous (bienvenue à eux !) sont accueillis en grande pompe comme « réfugiés » alors que les « migrants » aux yeux noirs forcés à l’exil par les guerres impérialistes déclenchés par l’Occident (Syrie, Irak, Afghanistan, Libye, Afrique subsaharienne) sont traités en parias !

Initiative Communiste – Faut-il croire au « troisième tour » annoncé par Mélenchon ?

Georges Gastaud – Je redis qu’il faut un maximum de députés progressistes, pourvu qu’ils méritent ce nom. Cela exclut radicalement que des communistes puissent soutenir des Euro-Ecolos à la Jadot ou des socialo-atlantistes à la Hidalgo car les fauteurs de guerre sont encore plus dangereux quand ils sont badigeonnés de vert ou de rose. Rappelons le mot du député socialiste allemand Karl Liebknecht, ami de Rosa Luxemburg, prononcé en août 14 : « l’ennemi principal est dans ton propre pays » (aujourd’hui, compte tenu de la mondialisation et de l’existence de l’UE, il faut plutôt dire : « dans ton propre camp euro-atlantiste »).

Il est lâche et méprisable quand on vit à Francfort, à Paris ou à Grenoble, de taper, ou de taper seulement (car peu importe à ce stade les divergences sur les causes de la guerre à l’Est) sur « l’impérialisme russe », car cela revient à abonder au nom de « la gauche » la croisade russophobe qui risque à tout moment de déraper vers la guerre continentale.

Que chacun balaie devant sa porte et s’occupe en priorité de son propre impérialisme en n’oubliant pas que, depuis 1945, le principal fauteur de guerre, dizaines de millions de morts à la clé, est l’impérialisme américain : Corée, Vietnam, Guatemala, Nicaragua, Salvador, Iran, strangulation continue de Cuba et du peuple palestinien, soutien à l’apartheid, Chili de Pinochet, soutien aux égorgeurs antisoviétiques de Ben Laden en Afghanistan, soutien au massacreur de communistes indonésiens Suharto…
Le néocolonialisme français n’est pas mal placé non plus dans l’échelle des horreurs, de Madagascar à l’Algérie, du Rwanda à l’Indochine, du Cameroun à la Libye.

Mais surtout, plutôt que de compter éternellement sur des hommes politiques qui , depuis 1981, n’ont fait que se faire élire à gauche pour faire ensuite la politique unique commanditée par l’UE (Mitterrand, puis Jospin et Hollande en sont la preuve), il faut se remémorer la devise de la Première Internationale fondée par Marx et Engels : « l’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes« .

On n’est jamais mieux servi que par soi-même. Ouvriers, employés, techniciens, agents de la fonction publique, jeunes des banlieues, gilets jaunes des « périphéries », artisans et petits paysans, quand vous étiez dotés d’un grand parti communiste – ce parti qu’ont dénaturé la « mutation » du PCF et sa subordination de longue durée au PS – le capital était forcé de consentir des avancées sociales sous peine de perdre le pouvoir : avec le PRCF, reconstituons ce grand parti indispensable au lieu de nous disperser derrière des politiciens antirépublicains comme le RN, ou pro-européens et atlantistes comme ceux de la fausse « gauche ».

Quand les travailleurs avaient à leur disposition la grande CGT de classe de Frachon et Krasucki, les grands patrons craignaient la classe ouvrière, le produire en France et les services publics étaient défendus, les capitalistes devaient lâcher des pépettes comme en mai 68, les travailleurs français et immigrés défendaient ensemble la paix et l’indépendance de la France ! Alors, avec le PRCF, soutenons le syndicalisme de classe indispensable pour remettre le monde du travail à l’offensive.

Quand le PCF défendait à la fois le drapeau rouge des travailleurs, un drapeau foncièrement antiraciste, internationaliste, anticolonialiste, anti-impérialiste, et le drapeau tricolore du peuple souverain, le monde du travail prenait la tête de la nation comme on l’a vu sous le Front populaire, durant la Résistance, à la Libération et lors des grandes luttes pour la paix des années 1950 à 1980. Avec le PRCF, construisons une Alternative rouge et tricolore ne reculant pas devant la perspective révolutionnaire du Frexit progressiste !

Dans l’immédiat, construisons les conditions du véritable troisième tour social qui mettra dans les cordes Macron et Le Pen, et qui forcera la « gauche » établie à se positionner clairement ou à se démasquer. La France qui sort des élections présidentielles est grosse d’une énorme crise de légitimité que le PRCF a annoncé depuis des mois en parlant de la « grande explication » qui vient entre l’oligarchie, toute tendances confondues, et les travailleurs.

Avec un pays coupé en quatre blocs autour de Marine Le Pen, de Macron, de Mélenchon et des abstentionnistes-boycotteurs de second tour, le pays risque de devenir ingouvernable, comme l’avait pronostiqué le secrétaire national du PRCF Fadi Kassem il y a plusieurs mois.

Or, alliée à la jeunesse populaire, la classe ouvrière et le monde du travail refuseront massivement, malgré la diversité de leurs votes, la retraite à 65 ans, la mise à mort de l’Éducation nationale, la privatisation d’EDF ; les travailleurs achèveront alors de délégitimer ce système politique et économique à bout de souffle et ils rouvriront la voie salvatrice d’une seconde Révolution française indispensable et vitale pour l’avenir de notre pays, pour la paix en Europe, pour un socialisme-communisme de nouvelle génération !

Mais pour cela, amis et camarades, n’attendons pas passivement, résistons pied à pied à la guerre impérialiste, à la casse nationale, à la fascisation politique, au saccage social et salarial et dès aujourd’hui, organisons-nous !

   

Messages

  • 1. Entretien avec Georges Gastaud : « N’attendons pas, résistons à la guerre impérialiste, la casse nationale, la fascisation, au saccage social et salarial : organisons-nous !
    2 mai, 08:31 - par RICHARD PALAO


    Je suis d accord pour aller vers un rassemblement de toutes les organisations communistes il faut donc pour suivre les discussions avec le PRCF et d autres et proposer des actions communes

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