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Élections importantes au Sri Lanka

lundi 18 novembre 2019 par Jean-Pierre Page

1-Les deux dernières années ont été très agité au Sri Lanka, crise politique et attentat frappait le pays, quelles étaient les enjeux des élections de ce dimanche 17 novembre ?

En fait, depuis l’élection d’un gouvernement ultra libéral à la botte des USA en 2015, la crise politique n’a cessé de se développer marquée entre autre par une corruption sans précédent comme celui de la Banque centrale, des abandons de souveraineté de plus en plus importants, une domestication géo politique à Washington, des mesures anti sociales, des privatisations importantes, des décisions ultra libérales du type de celles pratiquées au Chili d’ailleurs et curieusement par les mêmes protagonistes.

Tout cela a provoqué très vite, un effondrement économique et monétaire du pays et une plus grande dépendance vis-à-vis des puissances occidentales et des institutions financières comme le FMI.Cette crise a atteint son point culminant avec les attentats et le massacre de centaines de personnes en avril 2019. La manipulation et l’origine de cette tragédie n’était pas indifférente aux arrières pensées et ambitions stratégiques des États Unis face à la montée irrésistible de l’influence de la Chine dans la région.

Dans ces conditions le rejet de ce gouvernement conservateur et la colère populaire n’ont cessé de grandir comme j’ai pu le constater à travers de nombreuses luttes sociales et politiques, cela s’est poursuivi avec l’effondrement électoral de la droite et du parti présidentiel aux élections régionales de février 2019 et la grande bataille ces derniers mois contre le projet d’accord ACSA-SOFA-MCC imposé par les États Unis qui aboutirait à une partition du Sri Lanka, une présence militaire permanente transformant le pays en un porte avion, une vaste base pour de futures agressions contre la Chine, l’Iran et le Pakistan.

Il faut trouver là les raisons de cette défaite de la droite et l’enjeu de cette élection présidentielle qui sera dans quelques mois prolongée par des élections générales. L’ancien Président Mahinda Rajapaksa dont le charisme et la popularité demeuraient très élevés ne pouvait plus se représenter du fait d’un changement constitutionnel imposé par le gouvernement . C’est donc le frère de Mahinda, Gotabaya Rajapaksa qui s’est porté candidat.

Gotabaya connu pour sa rigueur, est lui aussi très populaire car comme secrétaire à la Défense dans le gouvernement de son frère au moment de la guerre contre les séparatistes du LTTE, il a joué un rôle décisif et est associé à la victoire contre le terrorisme. La défaite politique et militaire du LTTE soutenu par les pays occidentaux et en particulier Washington explique pour une part les campagnes médiatiques mensongères comme l’illustre l’AFP, les ONG, Human rights watch, amnesty, le Crisis group, les fondations comme celle de Georges Soros qui sont financées par les banques, les multinationales et les gouvernements occidentaux.

Gotabaya et Mahinda en sont les cibles d’autant que les convictions anti-impérialiste de l’ancien président sont connus, ainsi son amitié avec Yasser Arafat, Lula, Chavez ou Raoul Castro. L’enjeu de tout cela est bien sûr géo stratégique. Il ne faut pas oublier que le Sri Lanka dispose du plus grand port en eau profonde de l’Asie du Sud ce qui bien sûr a toujours suscité les convoitises de l’impérialisme.

2-D’après les résultats publiés, Gotabaya Rajapasksa a remporté les élections. Qu’est ce que cela signifie de la situation Sri Lankaise ?

Gotabaya à effectivement gagné les élections sans contestation possible avec plus de 7 millions de voix, chiffre sans précédent dans une élection présidentielle et près d’1,5 million de voix d’avance sur le candidat de droite. Le troisième avec un résultat dérisoire est le dirigeant du JVP un parti pseudo marxiste léniniste dont l’alliance avec la droite et le soutien financier des américains est bien connu, ce parti escroc est dorénavant totalement disqualifié.
Les partis traditionnels de la gauche notamment le PC et le LSSP trotskiste, tout comme les deux partis de la gauche souverainiste soutenaient Gotabaya. Sans aucun doute ces forces politiques de gauche reviendront tous au pouvoir comme cela était le cas dans les gouvernements précédents de Mahinda.

Toute la question maintenant est de savoir si Gotabaya tiendra ses promesses sociales, économiques, de lutte contre la criminalité financière et la corruption et surtout si il adoptera une attitude ferme et claire sur tout ce qui touche à la souveraineté du pays. Les pressions n’ont d’ailleurs pas tardé de la part des occidentaux, il en ira de même du très réactionnaire Modi premier ministre de l’Inde.
Il y a des attentes fortes de la part de la population, celle-ci devra se battre. Ce n’est pas la fin de l’histoire, même si les USA et l’UE enregistrent un échec politique avec le résultat de ces élections. Ils ne vont pas renoncer à leurs objectifs dans une région considérée comme une priorité par Washington. Tout dépendra en dernière analyse des luttes populaires, des solidarités internationalistes. Le Sri Lanka ne manque pas de moyens pour faire face.

3- Immédiatement, les capitales occidentales se sont inquiétées de cette victoire. Le Sri Lanka occupe t-il une position géopolitique particulière qui expliquerai ces réactions ?

Oui c’est indiscutable. Il suffit de regarder une carte de géographie pour comprendre que le Sri Lanka cette île dont Octave Mirbeau disait « si il existe un paradis sur terre, c’est Ceylon »( le nom ancien du Sri Lanka), a toujours à travers les siècles suscité l’intérêt des grands voyageurs comme Ibn Battûta mais aussi des colonisateurs portugais, puis hollandais, français et britannique.

Pendant près de 450 ans Ceylan a connu la colonisation . La culture du pays est très ancienne, près de 5000 ans. La proximité géographique, historique, culturelle , religieuse et linguistique avec l’Inde détermine également les relations économiques et politiques essentielles du Sri Lanka. C’est une dimension que l’on ne peut ignorer.

Napoléon non sans raison affirmait « qui contrôlera Ceylon contrôlera l’Océan Indien ». En effet, le pays outre sa position stratégique, possède d’importantes richesses caoutchouc, pétrole, gaz, pierres précieuses,....et depuis un certain temps elles donnent lieu à d’importantes recherches pour l’ exploitation de « terres rares » comme le lithium, enjeu dont le contrôle je le rappelle, n’est pas étranger au coup d’état en Bolivie.

Par conséquent, oui les pays occidentaux s’inquiètent d’autant que la Chine est très présente au Sri Lanka, qu’elle finance et participe à de grands projets de développement dont « les routes de la soie » constituent un enjeu considérable. Le Sri Lanka en est partie prenante.

Par conséquent Gotabaya est confronté des aujourd’hui à des enjeux considérables. Il faudra pour cela qu’il s’appuie sur ses alliés naturels tout particulièrement les pays émergents et en voie de développement, n’oublions pas que le Sri Lanka fut un des 5 pays fondateurs du Mouvement des non alignés .


Vous avez dit fakes news ???

Voilà le type d’article orienté que diffuse l’AFP et ses relais en France.

Après cinq ans dans l’opposition, le puissant et redouté clan des Rajapaksa est revenu dimanche à la tête du Sri Lanka, avec l’élection de Gotabaya Rajapaksa, surnommé "Terminator", à la présidence de l’île d’Asie du Sud.

Sept mois après les attentats jihadistes de Pâques qui ont meurtri le pays, le Sri Lanka renoue donc avec cette famille qui l’a gouverné d’une main de fer de 2005 à 2015 sous la présidence de Mahinda Rajapaksa, grand frère charismatique et controversé de Gotabaya, et avait réussi à mettre fin à la guerre civile au prix d’un gigantesque bain de sang.

Ce fait d’armes vaut à la fratrie, qui cultive une image d’hommes forts, une grande popularité au sein de la majorité ethnique cinghalaise du pays, mais une détestation mêlée de crainte de la part des minorités tamoule et musulmane.

Gotabaya Rajapaksa, 70 ans, a mené une campagne nationaliste et axée sur la sécurité à la suite des attentats jihadistes qui ont fait 269 morts le 21 avril. Des kamikazes d’un groupe extrémiste local s’étaient fait exploser dans des hôtels de luxe et des églises chrétiennes en pleine messe.

Selon les résultats officiels donnés dimanche par la commission électorale, l’ancien lieutenant-colonel aux cheveux gris a obtenu 52,25% des suffrages, devançant largement son rival Sajith Premadasa (41,99%). Gotabaya Rajapaksa prêtera serment lundi.

"Je n’ai pas dormi de la nuit", a déclaré à l’AFP Devni, une étudiante de 22 ans qui faisait partie de la trentaine de partisans rassemblés dimanche matin devant la résidence de Rajapaksa. "Je suis si excitée, il est le président dont nous avons besoin."

L’élection présidentielle de samedi a été l’un des votes les plus pacifiques au Sri Lanka, historiquement habitué aux scrutins meurtriers.

Toutefois, des hommes armés ont ouvert le feu sur un convoi de bus d’élections musulmans, une attaque qui n’a pas fait de victimes, a indiqué la police.

- Camionnettes blanches -

Le nouveau président Gotabaya Rajapaksa était l’une des clés de voûte du régime de son frère Mahinda, battu en 2015 par une coalition d’opposants et empêché par la Constitution actuelle de se représenter.

En tant que plus haut responsable du ministère de la Défense à l’époque, il commandait de fait les armées sri-lankaises au moment de l’écrasement de la rébellion séparatiste tamoule en 2009. 40.000 civils tamouls ont péri au cours de cette ultime offensive, selon les défenseurs des droits humains qui accusent les Rajapaksa de crimes de guerre.

Gotabaya Rajapaksa est aussi accusé - ce qu’il nie - d’avoir dirigé sous la présidence de son frère des "escadrons de la mort" qui ont enlevé à bord de camionnettes blanches des dizaines de Tamouls, d’opposants politiques ou de journalistes. Certains de leurs corps ont été ensuite jetés sur la route, d’autres n’ont jamais été retrouvés.

Un célèbre journaliste a été assassiné en 2009 après la publication d’un article accusant Gotabaya de corruption dans le cadre d’un contrat d’armement avec l’Ukraine.

Le retour au pouvoir des Rajapaksa préoccupe l’Inde voisine et les Occidentaux en raison de la proximité du clan avec la Chine.

Pékin a prêté des milliards de dollars au Sri Lanka pendant les deux mandats de Mahinda Rajapaksa pour de grands projets d’infrastructures, une dette colossale qui place ce pays stratégique de l’océan Indien dans une situation de dépendance vis-à-vis de la Chine.

Le Premier ministre indien Narendra Modi a félicité sur Twitter le nouveau président pour son élection et a appelé à "approfondir les liens proches et fraternels" entre leurs deux nations.

   

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