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Hommage a Denis Goldbert militant du pcsa, de l’anc et de umkhonto we sizwe

samedi 2 mai 2020 par Diagne Fodé Roland

Denis Goldberg, décédé le 29 avril dernier, militant du Parti Communiste d’Afrique du Sud (PCSA), a été arrêté en 1963 avec Walter Sisulu, Govan Mbeki et Andrew Mlangeni. Au procès de Rivonia, le camarade Denis fut condamné à la prison à vie aux côtés de Nelson Mandela. Denis Goldberg, un communiste militant anti-apartheid, a passé 22 ans en prison pour avoir lutté dans le Parti Communiste et l’ANC pour l’abolition de l’apartheid, ce système politique colonial raciste imposé par la minorité blanche sud-africaine.

Denis Goldberg expliquait ainsi son engagement devant ses juges :
« Dans ma vie au quotidien, il me suffisait de regarder autour de moi pour constater un déni total de justice sociale en la défaveur des populations non blanches. Cette injustice repose uniquement sur des questions de couleur. Tous les groupes raciaux devraient avoir le droit de voter, et les gens devraient avoir le droit de s’organiser pour réclamer ce droit de vote et surtout l’obtenir ».

Denis constatait que “La ségrégation raciale a été imprimée dans l’esprit de chaque Sud-Africain” avant d’ajouter "J’avais compris que le racisme en Afrique du Sud était équivalent au racisme dans l’Allemagne nazie".

C’est en août 1962 que Nelson Mandela est appréhendé par la police d’apartheid avec l’aide de la CIA. Et en juillet 1963, Denis est arrêté au siège clandestin du parti communiste, Lilies Farm, dans le quartier de Rivonia à Johannesburg. Avec lui, Walter Sisulu, Govan Mbeki, Ahmed Kathrada, Raymon Mhlaba, Elias Motsoaledi et Andrew Mlangeni (qui est actuellement le dernier survivant du groupe).

Ils seront tous dans le box des accusés, aux côtés de Mandela lors de la parodie de « procès de Rivonia ». Ils seront tous condamnés à quatre fois la prison à vie. Appelé par Madiba Mandela « the Boy » parce que « le plus jeune des accusés », Denis Golberg est à ce procès le seul blanc. Ségrégation oblige, il est emprisonné à Pretoria alors que les autres le sont sur l’île de Robben Island. Il ne sera libéré que 22 ans plus tard, en 1985. De 1985 à 1994, il est à Londres où il travaille pour la représentation de l’ANC. Puis, en 2002, de retour en Afrique du Sud, il devient conseiller de Ronnie Kasrils, alors ministre des eaux et des forêts.

Ce fils de communiste et communiste lui même précise en 2013 dans une interview accordée à la Deutsche Welle : "J’étais toujours convaincu que ce que nous avons fait était ce qu’il fallait faire et que cela poursuivait un objectif digne : garantir les mêmes droits pour tous dans notre pays, pour d’autres pays, pour tous les hommes. C’est l’unique façon d’être un humain et de le rester".

Puis il ajoute dans une interview de la Deutsche Welle en février 2020 que son camarade communiste Nelson Mandela l’associe à la lutte armée de Umkhonto We Sizwe (fer de lance de la Nation), branche armée du Congrès National Africain (ANC) en lui lançant "Denis, tu as reçu une formation technique. Tu sais comment construire des ponts et comment les faire sauter. Voudrais-tu venir avec nous ?".

Le dernier acte militant du communiste et de l’ANC de Denis Goldberg a été de critiquer les piètres conditions sociales dans lesquelles la majorité noire a été maintenue malgré la fin de l’apartheid politique. Il s’est exprimé clairement contre la corruption du gouvernement Jacob Zuma et a ainsi contribué avec Winnie Mandela à la chute de ce dernier.
Conscient comme il le dit lui même qu’ “il reste encore beaucoup de chemin à faire” pour abolir l’apartheid économique et social, malgré la formidable victoire d’un humain = une voix, le communiste Denis Goldberg ne cessera jamais sa critique de la pauvreté dans laquelle sont maintenus la majorité des noirs en Afrique du Sud post-apartheid politique.
1er mai 2020


Communiqué du Parti Communiste Sud-Africain (PCSA/SACP)

Winnie et Chris Hani, secrétaire général du Parti Communiste Sud-Africain assassiné en 1993.
Hamba Kahle (adieu en zoulou) camarade Denis Goldberg.
Nous serons éternellement solidaires avec les travailleurs-travailleuses en souvenir de votre nom.

Le SACP abaisse sa bannière rouge et salue le camarade Denis Goldberg, piliers du Parti, de Umkhonto we Sizwe ("fer de lance de la nation" - branche militaire du Congrès National Africain d’Afrique du Sud et du Parti Communiste), membre du SACP et de l’ANC, dirigeant de l’ANC et communiste jusqu’au bout de sa vie. Le camarade Denis Goldberg est décédé juste avant minuit, le 29 avril 2020 à l’âge de 87 ans. Le SACP est profondément attristée et a exprimé ses sincères condoléances à sa famille, à la fondation, à la classe ouvrière, aux camarades et amis, pour cette grande perte.

Son message au SACP, aux communistes et aux amoureux de la liberté du monde entier lors de son interview en février de cette année, nous a appelé à intensifier la solidarité avec les travailleurs-travailleuses et, à travers cette solidarité, à défendre les droits de ces derniers.

Nous avons apprécié la pertinence de ses luttes pour vaincre la pandémie de Covid-19 et pour garantir que les plus vulnérables de notre société soient à l’abri du virus, pour être en mesure de mettre de la nourriture sur la table et d’avoir un abri et de l’eau pour la vie. Le camarade Denis Goldberg en tant qu’ingénieur de formation a servi ce pays comme conseiller au ministère en charge de l’eau après son retour d’exil, de 2002 jusqu’à 2004.

Il nous appartient de récupérer sa lance tombée et de nous assurer que le droit d’accès à l’eau propre et potable soit une réalité pour tous les Sud-Africain.e.s.

Le camarade Denis a été politisé enfant face à la montée du fascisme en Europe et suite aux événements de la guerre. Son engagement envers l’internationalisme n’a jamais faibli. Il a rejoint la Modern Youth Society alignée sur les socialistes en 1953 alors qu’il étudiait le génie civil à l’Université du Cap.

Le camarade Denis a été recruté au Parti communiste par le camarade Braam Fischer et a servi loyalement au sein du Parti tout au long de sa vie. Il était un membre actif du Parti clandestin dans les années 1950 et a joué un rôle actif dans la distribution du matériel du SACP au Cap, en utilisant son toit de voiture comme mécanisme de distribution pour les zones où les risques de distribution étaient connues. Telle est la créativité d’un ingénieur communiste !

En tant que membre du SACP, il a rejoint d’autres membres éminents pour former le Congrès des démocrates, la maison des militants du mouvement des congrès blancs dans les années 1950, et a fait partie de son exécutif. Pendant l’état d’urgence en 1960, Goldberg et sa mère ont été détenus pendant quatre mois. Il a donc été licencié, mais cela ne l’a pas dissuadé de sa contribution à notre révolution.

Le camarade Denis a rejoint Umkhonto we Sizwe en 1961 et a été officier technique. En juillet 1963, il a été arrêté au siège clandestin du SACP, Liliesleaf Farm. Décrit par le camarade Nelson Mandela dans son autobiographie, Long Walk to Freedom, comme « le plus jeune des accusés », il a été inculpé dans le procès de Rivonia et condamné en 1964 à quatre peines de prison à perpétuité. En raison de la ségrégation raciale, il ne fut pas enfermé avec ses camarades à Robben Island, mais à la prison centrale de Pretoria. Le camarade Denis était un fervent partisan de l’abolition de l’apartheid pendant que d’autres étaient opprimés et exploités.

Fidèle au principe selon lequel l’apprentissage est une activité permanente, il a étudié en prison et a obtenu des diplômes en administration publique, en histoire et géographie, et en bibliothéconomie. Goldberg avait presque terminé ses études de droit à sa sortie de prison, après avoir purgé 22 ans.

En 1985, il part en exil à Londres pour rejoindre sa famille. Il y a repris son travail à l’ANC dans son bureau de Londres de 1985 à 1994. Il a été porte-parole de l’ANC et l’a également représenté au Comité anti-apartheid des Nations Unies. Il a été reconnu internationalement pour son travail contre l’apartheid.

Le camarade Denis Goldberg est retourné en Afrique du Sud en 2002 et a été nommé conseiller spécial de Ronnie Kasrils, alors ministre des Affaires hydrauliques et forestières, jusqu’en 2004. Ces dernières années, le camarade Denis a lutté contre la maladie avec le même esprit indomptable qu’il a combattu contre l’apartheid et le capitalisme. Il est resté un activiste jusqu’à son dernier souffle, avec de merveilleux plans de développement communautaire dans sa région natale de Hout Bay, qui en son honneur doivent être maintenus et développés.

Un géant est tombé !
Un révolutionnaire a respiré son dernier souffle.
Alors que nous saluons notre camarade décédé et exprimons nos condoléances à sa famille et à ses camarades, veillons à ce que la société socialiste pour laquelle il a vécu et combattu devienne une réalité.


INTERVIEW DU COMMUNISTE ANTI APARTHEID DENIS GOLDBERG

Journal Humanité
Mercredi, 11 Décembre, 2013, Denis Goldberg : "Longue vie à l’esprit de Nelson Mandela", Pierre Barbancey

Entretien. Denis Goldberg est l’un des quatre survivants du procès de Rivonia qui eut lieu à partir d’octobre 1963. Aux côtés 
de Nelson Mandela, il a été l’un des premiers engagés dans la lutte armée. 
Il a été libéré en 1985 après vingt-deux ans dans les geôles de l’apartheid. Il revient sur ce long combat.

Johannesbourg (Afrique du Sud), envoyé spécial. Un mot d’abord sur Nelson Mandela.

Denis Goldberg. Nous avons commémoré l’arrestation à Rivonia sans Nelson Mandela en juillet dernier. Nous aurions tellement aimé le voir avec nous ! C’est un homme qui nous a inspirés, tout comme Oliver Tambo et d’autres. J’aurais tellement aimé le voir danser en remuant les pieds, grand et élégant comme il est. Mais c’est un homme âgé. Il faut respecter cela. J’aimerais dire : « Longue vie à l’esprit de Nelson Mandela. » L’esprit vit de manière très forte. Il y a besoin d’avoir une vision de la liberté, de cet esprit capable d’être prêt à tout sacrifier pour la liberté, d’être prêt à mobiliser les gens pour la liberté. Mais faire l’éloge de Nelson Mandela comme d’un messie qui nous aurait apporté la liberté ternit sa réputation d’homme capable de mobiliser le peuple. Transformer l’économie de l’apartheid, dont nous avons hérité, va nous demander beaucoup d’organisation. C’est pourquoi je voudrais que Madiba soit parmi nous pour nous enseigner cette leçon.

Comment êtes-vous passé d’une lutte non violente à la lutte armée ?

Denis Goldberg. Au début de l’année 1953, nous avons commencé à penser qu’inévitablement nous allions devoir prendre les armes. Il était clair à ce moment-là que l’État colonial d’apartheid n’abandonnerait pas le pouvoir. Mais il fallait que le peuple soit en mesure de comprendre la nécessité de la voie armée et l’accepte.

Il y avait tant d’actes de violence contre les manifestations de protestation. Par exemple, nous avons créé la charte de la liberté (Freedom Charter), en 1955, ce qui a été l’aboutissement d’une campagne massive pour que les gens s’impliquent politiquement. La charte appelait clairement à une démocratie non raciale. L’État d’apartheid a immédiatement déclaré qu’il s’agissait de haute trahison, a arrêté 156 personnes et les a traînées en justice. C’est ce qu’on a appelé le «  procès de haute trahison  », qui a duré longtemps et a absorbé toutes nos forces.
Mais il y a eu d’importantes manifestations sur le thème «  Nous sommes derrière nos leaders  », il y a eu des grandes collectes de fonds… Les gens se sont vraiment mobilisés pour défendre leurs leaders qui, à la fin, ont été déclarés non coupables. Cela a été l’opportunité pour mettre en avant, publiquement, la politique du mouvement de libération, la charte de la liberté. Jour après jour il y a eu des articles dans la presse. Des gens comme Nelson Mandela et d’autres sont devenus des leaders connus.

Dans le même temps, en 1960, il y a eu le massacre de Sharpeville et la déclaration de l’état d’urgence. Or ce qu’a fait l’apartheid avec le procès de haute trahison a été de permettre aux leaders du mouvement de se rencontrer tous les jours et de discuter politique. Ce qu’ils ne pouvaient pas faire normalement ! Petit à petit, après Sharpeville, le sentiment de la nécessité de prendre les armes s’est renforcé. En 1961, une grève générale a été organisée contre le système d’apartheid. Elle a été écrasée par le régime.

Finalement, le peuple a été convaincu de la nécessité de recourir aux armes. J’ai aidé à organiser les manifestations de 1961 contre le racisme de l’État. Mais les gens rappelaient qu’ils avaient été sévèrement réprimés l’année précédente et qu’il fallait donc que nous les protégions de la violence de l’État. C’est ainsi qu’est né Umkhonto weSizwe (la lance de la nation), plus connu sous le nom de MK. Comme un bouclier et une lance (logo des MK – NDLR) pour protéger le peuple. Bien sûr, avec des méthodes plus modernes qu’une lance et un bouclier, mais c’était symbolique. C’était également un rappel des centaines d’années nécessaires aux Anglais pour conquérir le peuple d’Afrique du Sud. Mais, à l’époque, ils avaient asservi les tribus les unes après les autres. En ce début des années soixante, au contraire, il y avait l’unité du Congrès National Africain (ANC), mouvement de libération, plus ses alliés du Parti Communiste, du Congrès du Peuple Métis, le Congrès Indien et le Congrès des Démocrates Blancs, progressistes, la plupart d’entre eux étant des Communistes. Il y avait également le SACTU (le Congrès sud-africain des syndicats). À cette époque, les syndicats ne pouvaient jouer pleinement leur rôle, mais l’idée de l’unité des travailleurs restait vivante.

Qui a joué un rôle majeur 
dans la formation des MK ?

Denis Goldberg. Nelson Mandela, de l’ANC, et Joe Slovo, secrétaire général du Parti Communiste Sud-Africain (SACP), individuellement et ensemble, nous ont appelé à faire partie de cette lutte armée qui s’engageait et était absolument nécessaire. Pour ma part, j’étais un ingénieur, j’avais une qualification technique importante, parce que je suis blanc. Et dans une armée, il y a besoin de qualifications techniques. On m’a posé la question : «  Denis, veux-tu en faire partie ?  » J’ai immédiatement répondu oui ! On m’a alors demandé de réfléchir. Mais j’y pensais depuis plus d’un an ! À cause de cette brutalité, parce que toutes les voies pour des protestations pacifiques étaient bloquées.

Plusieurs années après, en Angleterre, on a demandé à Oliver Tambo (président de l’ANC décédé en 1993 – NDLR) si ce n’avait pas été difficile pour lui, qui, à l’origine, voulait devenir prêtre, de prendre les armes. Et Tambo avait répondu : «  Non, pas du tout. La difficulté a été de retenir le peuple jusqu’à ce que nous soyons prêts à lancer la lutte armée. Nous devions prendre les armes.  » Je trouve son commentaire très intéressant. Chef Luthuli (président de l’ANC avant Tambo et prix Nobel de la paix 1961 – NDLR) a été consulté. Il a dit que, s’il fallait prendre les armes, il fallait le faire correctement. Certains disent maintenant qu’il n’était pas totalement d’accord mais j’ai des camarades très proches qui, à l’époque, avaient été le voir, comme l’avait fait Mandela. Et Chef Luthuli avait été clair. On ne pouvait pas laisser le peuple se faire massacrer. Il fallait prendre les armes.

La situation internationale 
de l’époque a-t-elle aidé cette stratégie ou, au contraire, l’a-t-elle freinée ?

Denis Goldberg. Il y avait un environnement international qui nous le permettait. Il y avait la guerre froide, il y avait la possibilité de s’appuyer sur les pays africains nouvellement indépendants. Il y avait le soutien du bloc Soviétique. Un soutien militaire direct, en formation et en matériel. Il y avait la solidarité internationale des peuples occidentaux qui faisaient pression sur leurs gouvernements qui freinaient l’imposition de sanctions à leur partenaire économique.

Mais les nouveaux États africains ont vraiment joué un grand rôle. Nelson Mandela est sorti d’Afrique du Sud en janvier 1962 pour sillonner le continent et apprécier le soutien que nous avions. Lui-même a bénéficié d’un entraînement militaire en Algérie et a reçu de bons conseils là-bas, notamment pour envoyer des gens en Chine afin d’acquérir la formation nécessaire. D’autres sont allés dans des camps en Tanzanie… Nous avions besoin de ces soutiens. Ces pays africains ont d’ailleurs payé un prix très terrible. Les camps d’entraînement basés en Angola et au Mozambique ont été détruits par l’armée de l’apartheid. Des gens ont été tués, assassinés.

Malgré cela, ces pays sont restés à nos côtés. Parce qu’il était impossible de se sentir libre si, dans cette partie de l’Afrique australe, régnait l’apartheid, qui les déstabilisait. Le rôle de Cuba a également été crucial, notamment en dans le sud de l’Angola, lors de la bataille de Cuito-Cuanavale, en janvier 1988. Celle-ci a opposé l’armée angolaise, soutenue par les troupes cubaines, à la rébellion de l’Unita, soutenue par l’Afrique du Sud de l’apartheid et les États-Unis. L’armée de l’apartheid a été battue. Cela a été un grand choc pour les Blancs d’Afrique du Sud de savoir que, pas seulement des soldats noirs, mais les peuples d’Afrique pouvaient vaincre l’armée la plus puissante d’Afrique.

Cette bataille a amené la libération de la Namibie, alors sous l’emprise de l’apartheid, puis le départ des troupes cubaines d’Angola. De là est parti ce besoin d’établir une négociation en Afrique du Sud. Nelson Mandela, depuis sa prison, a pu lancer son appel à la négociation. C’est ce que nous voulions trente ans auparavant lorsque nous avons fondé Umkhonto weSizwe. Depuis l’extérieur, Oliver Tambo demandait la même chose. De l’autre côté, le gouvernement d’apartheid voulait négocier. Il était sous la pression des Occidentaux qui ne voulaient pas perdre leurs investissements, notamment dans les mines. Les négociations se sont donc ouvertes.

La lutte armée, à elle seule, a-t-elle permis la victoire ?

Denis Goldberg. La lutte armée aurait sans doute pu être poursuivie plus fortement. Il y a eu des événements spectaculaires : les attaques contre les raffineries de pétrole, l’attaque contre le quartier général des forces armées au cœur de Pretoria… Un véritable choc psychologique. Un choc pour les jeunes Blancs. Ils devaient tous faire leur service militaire, aller dans des zones de combat, perdre une jambe parce qu’ils sautaient sur une mine antipersonnel. Ils revenaient alors à la maison et s’apercevaient que les emplois qui étaient réservés aux Blancs sous l’apartheid étaient maintenant occupés par des Africains.
Pourquoi se battaient-ils ? Ils étaient désillusionnés.

C’est pourquoi, au milieu des années quatre-vingt, de plus en plus de jeunes Blancs refusaient de faire leur service militaire. Le gouvernement ne pouvait rien faire. Les jeunes Blancs disaient qu’ils étaient prêts à défendre l’Afrique du Sud contre une invasion étrangère mais pas à occuper les townships. Ils refusaient pour des raisons religieuses, morales ou politiques. Ce qui amenait les familles à changer d’attitude parce qu’elles devaient leur trouver des endroits où se cacher. Il y avait également un mouvement initié par des Blanches, opposé à l’absurdité de l’apartheid, à sa brutalité et à son inhumanité. Beaucoup de religieux ont aussi, à ce moment-là, arrêté leur soutien au système d’apartheid. Il ne restait plus que la négociation.
C’était devenu un besoin pour y mettre fin.

Il y avait donc la lutte armée, mais également tout le travail politique, la connexion, dans les années quatre-vingt, avec le mouvement syndical qui considérait que son activité ne s’arrêtait pas à la porte de l’usine mais devait concerner la vie quotidienne des travailleurs. Et surtout la création en 1983 du Front démocratique uni (UDF) a permis de rassembler tous les types d’organisations, caritatives, sportives, syndicales… Elles ont adopté la charte de la liberté qui était la guilde politique de l’ANC.

Ce concept de «  l’Afrique du Sud appartient à tous ceux qui y vivent  » a été un point clé. Il ne s’agissait plus de Blancs et de Noirs mais de tous. Enfin, la solidarité internationale a été particulièrement importante. Après ma libération, j’étais basé au siège de l’ANC à Londres. J’ai été souvent envoyé à la Fête de l’Humanité. La solidarité était vraiment étonnante. En France, le Parti communiste français (PCF) a vraiment soutenu notre représentante, Dulcie September, lui a fourni un bureau, la CGT a aidé financièrement… Il y avait d’autres groupes anti-apartheid, comme les Rencontres contre l’apartheid. Mais c’était vraiment à gauche !
Pour ceux de ma génération, la lutte armée a été un moyen pour rendre victorieuse la lutte politique. La lutte armée n’a pas pris la place du combat politique. À la fin nous avions la lutte armée, la politique clandestine à l’intérieur de l’Afrique du Sud, la lutte légale à travers l’UDF et la solidarité internationale.
Voilà les quatre piliers de notre lutte. Aucun pouvoir ne peut tolérer cela, d’autant plus lorsqu’il est de plus en plus isolé. Il s’est alors militarisé de plus en plus. Et l’idée de démocratie a disparu, même pour les Blancs. Leurs conditions de vie se sont même dégradées tant le coût de la survie de l’apartheid était élevé. Pourquoi alors maintenir l’apartheid si ça ne vous profite même pas ?

   

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