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Les élections américaines et les médias français

vendredi 6 novembre 2020 par Francis Arzalier (ANC Polex)

Nos meédias sont peuplés d’une foule bavarde, béate d’admiration pour tout ce qui nous vient du centre de l’Empire, leur Empire impérialiste, la langue dont ils parsèment leurs discours, les modes qui viennent de là-bas, où l’on a, c’est certain selon eux, inventé récemment le féminisme et l’antiracisme. Cette imitation pourrait n’être qu’inepte, elle devient dangereuse quand elle les conduit à "informer" les Citoyens Français comme s’ils étaient les Ploucs d’une province reculée de la Grande Amérique.

des contre- vérités sur les États Unis

Depuis plusieurs semaines, ils prétendent tout nous apprendre sur les élections présidentielles aux USA, "un vote qui changera le monde" selon eux ! Une lutte acharnée entre deux politiciens pour le bureau de la Maison Blanche devient pour eux "un exemple de démocratie opposant deux visions des États Unis et de leur rôle dans les autres pays" !

En fait, un tissu de contre-vérités :

D’abord parce que l’élection d’un Président aux USA à été inventée en 1776 par les colons insurgés contre la Couronne britannique, qui voulaient l’Indépendance, mais demeuraient royalistes plus qu’attachés au pouvoir des citoyens : le Président élu a les pouvoirs d’un Monarque, comme dans les autres pays qui ont cru bon de l’imiter, dont la France depuis 1958. Ensuite parce que le système électoral des USA, inventé au Dix-huitième siècle, n’est pas du tout représentatif de la majorité des citoyens.

Chaque État désigne a la majorité la totalité de ses grands électeurs, et dans le cadre des deux grands partis, machines exclusivement électorales faites pour assurer des carrières politiciennes plus que pour élaborer un programme. Ce système complexe a pour seul objectif d’éliminer toute candidature révolutionnaire, ou de Gauche.

L’élection de 2020 en est un exemple parfait : Bernie Sanders, qui se disait Socialiste, et avait suscité des milliers de jeunes bénévoles volontaires en soutien de sa candidature au sein du Parti Démocrate, a dû (volontairement ou pas) se rallier à celle du politicien "très modéré" Bidden, que les cadres du PD ont désigné comme le seul capable de battre Trump, " parce qu’il n’est pas extrémiste " !

Une caricature de Démocratie, qui ne peut que faire baver d’admiration ses émules libéraux de France, en marche vers la disparition des partis structurés au profit du Pouvoir d’essence monarchique. Ils se félicitent d’ailleurs sans le dire que la majorité des citoyens français, comme le font les citoyens US depuis deux siècles, s’abstiennent de voter, pour signifier leur méfiance envers le système politique.

L’autre réalité du mode de scrutin US est que, plus encore qu’en Europe, personne ne peut accéder à la candidature s’il ne dispose des millions de dollars nécessaires à la moindre campagne, des sommes énormes fournies par les maîtres fortunés de l’économie du pays. Les milliardaires du pétrole préférant financer Trump qui s’oppose à la limitation des forages, alors que ceux de la Silicon Valley (Amazon, Google et autres prédateurs mondialisés) préfèrent financer le Parti Démocrate.
Dans les deux cas, la vulgate des DEUX candidats sera le Capitalisme tenu pour synonyme de Démocratie et Droits de l’Homme ( ! ), et la "Défense des intérêts US dans le monde", c’est à dire l’impérialisme US. Seules nuances entre les deux programmes, les méthodes pour y parvenir, et les promesses de campagne, qui n’engagent que ceux qui les écoutent.

Bidden ne parle que très peu des problèmes du monde , et dès interventions militaires à prévoir. Rien d’étonnant, quand on sait que nombre de responsables démocrates sont PLUS interventionnistes que leurs homologues républicains. D’ailleurs l’obstination des dirigeants démocrates à faire passer Trump pour une créature de l’ennemi russe n’est pas un symptôme d’anti-Impérialisme !

Cette campagne que nos journalistes présentent volontiers comme un conflit féroce entre deux conceptions des USA et du monde, se réduit en fait à la compétition hargneuse entre deux hommes, politiciens chevronnés, qui sont certes différents, mais qui évitent soigneusement de poser les enjeux de classe qui existent aux États Unis comme ailleurs, même s’ils sont encore PLUS obscurcis qu’en France dans l’opinion.

Nos journalistes ont ainsi l’occasion de nous abreuver des disputes entre les deux candidats à propos de la pandémie, les bravades de Tump qui promet de vaincre le virus sans masque, et Bidden lui reprochant son irresponsabilité.

Mais il ne dit surtout pas que la majorité des 300 000 victimes sont des pauvres, qui n’ont pu accéder aux soins, faute de Sécurité sociale. A l’inverse, c’est Trump qui se proclame volontiers le défenseur des ouvriers menaces dans leurs emplois par la protection de l’environnement et par l’immigration,
contre Bidden, représentatif des bourgeois policés et cultivés de New York et Washigton.

des contre-vérités sur trump

Nos communicants qui déversent la vulgate libérale à la sauve Macron, ont depuis longtemps choisi dans ce pugilat nord-américain leur favori, Bidden, finalement trés semblable à ces Énarques distingués qui peuplent le Pouvoir d’État français. Et ils ne cessent depuis des années de citer les tweets outranciers de Trump, de le présenter comme un individu primaire, un abruti "populiste", selon la terminologie réductrice de notre Président-monarque et de sa Cour. Une façon de jalouser implicitement ses mérites, puisque Trump a l’issue de 3 ans de présidence des USA a conservé une grande popularité, quand Macron n’a jamais réussi depuis son élection à conquérir l’assentiment de la majorité des citoyens français.

Car, ne leur en déplaise, ce milliardaire ultra-conservateur, qui ignore et méprise les finesses littéraires, s’est révélé néanmoins d’une grande intelligence dans UN domaine, la conquête quotidienne de vastes secteurs cibles de l’opinion, les moyens de prendre le pouvoir et de le conserver. Ce démagogue capable de dire tout et son contraire sans en croire un mot pourvu que cela lui assure des fidèles, a assimilé de façon parfaite les techniques de manipulation des esprits du marketing publicitaire, qu’il a notamment mises au point dans ses expériences de présentateur de télévision et de télé-réalité.

Il les applique avec habileté en maniant adroitement à son profit les failles du système politique étatsunien. Ses déclarations à l’emporte-pièce, ses insultes même, toujours exprimées dans un langage clair et simple contrairement aux termes compliqués utilisés par d’autres, rassemblent des publics enthousiastes, parfois jusqu’à l’hystérie. Et cela parce qu’il apporte à chacun des groupes d’électeurs visés les aphorismes qu’ils attendent.

Aux racistes et xénophobes, nombreux dans une nation qui fut coloniale dès sa naissance, se constitua par l’extermination des peuples "Indiens", se perpétua par deux siècles d’esclavage des déportés africains, se poursuivit par la ségrégationniste jusqu’au cœur du XXeme siècle.

Aux millions de chrétiens Évangélistes, descendants directs des colons protestants rigoristes chassés d’Europe par les persécutions religieuses, qui voient le Diable en tout avortement, et croient que les homosexuels sont tous marxistes.

Aux " petits blancs" malmenés par leurs employeurs, qui pensent tout de même que leurs "libertés américaines", comme au Far-West en 1850, sont garanties tant qu’on peut porter une arme à feu...

À tous ces groupes issus de l’histoire spécifique des USA, Trump fournit un résumé de ce qu’ils pensent, et se permet même de nouer avec eux par ses tweets un dialogue qu’ils croient personnel. Il faut voir dans ses meetings, et sur les réseaux sociaux, la ferveur de ses partisans,
qui pourrait rappeler celle au XXeme siècle suscitée par les chefs fascistes ou Nazis. Les foules enfiévrées qui applaudissaient Mussolini ou Hitler étaient aussi peu rationnelles, mais elles étaient impressionnantes, celles animées par Trump aussi.

Certains observateurs, plus pertinents que nos communicants télévisés habituels, ont noté ces similitudes avec un passé ou des leaders savaient électriser des foules. L’un d’eux, ancien ambassadeur de France à Washington, fit remarquer sur Public-Senat il y a quelques mois que " Trump avait réussi le rêve impossible de l’extrême-droite française, qui tenta sans y parvenir en 2019 de récupérer à la fois les trublions droitiers de la Manif Pour Tous, et l’insurrection populaire sans perspectives politiques cohérentes des Gilets Jaunes."

les résultats du 3 novembre en forme de preuve

Cette récupération démagogique, que nos politiciens français n’ont jamais réussi à faire, Trump a eu le talent de l’accomplir des 2017, et les résultat des votes du 3 novembre beaucoup plus serré que les sondages l’affirmaient depuis des mois, le démontre sans fioritures.
On ne sait encore à ce jour qui sera le Président des USA, même si Bidden a indéniablement recueilli plus de suffrages- et davantage de grands électeurs-, malgré la mauvaise foi de Trump. Mais ce dernier a fait indéniablement un très bon score : le corpus idéologique rassemblé par lui à encore de beaux jours devant lui, et pèsera sur la suite des événements dans ce pays.

Ce grand pays qui a perdu de sa prééminence, mais reste encore la patrie de l’Impérialisme majeur, qui dispose du pouvoir de nuisance maximum, nourri de 40/100 du budget militaire mondial.
Quel que soit le locataire de la Maison Blanche, nous devrons le combattre pour sauver la paix.

   

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