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Épineuse indépendance syndicale

jeudi 24 mai 2018 par Jean Pénichon

La charte d’Amiens empêche-t-elle la convergence des luttes ?
Le 26 mai prochain, l’appel de la CGT à la participation de la confédération est déjà un début de réponse.
Pour nous ANC, il y a un lien dialectique entre le syndical et le politique.
- Pour le syndical rompre ce lien serait se limiter à la défense quotidienne pied à pied, certes nécessaire, mais insuffisante pour à elle seule impulser le changement de société.
- Pour le politique cela serait se condamner à être hors sol, ne pas prendre en compte ce qui monte dans les luttes.

Sur fond de crise du politique, la diversification ou l’éclatement des mobilisations sociales interpelle les syndicats, sollicités pour investir des univers qui ne sont pas principalement définis par le travail. La question de l’articulation de leurs stratégies avec celles de divers mouvements sociaux et politiques n’a donc rien perdu de son actualité — au contraire.

Charles Hoareau : président de l’ANC

 [1]

C’est dans ce moment que vient sur le devant de la scène, un débat sur la CGT, le syndicalisme et le politique ainsi que leurs rôles respectifs. Et l’on reparle même de la charte d’Amiens ce texte de 1906 certains voulant le jeter à la poubelle, d’autres en faisant une lecture quasi religieuse et d’autres encore une interprétation actuelle qui les arrange et donc peu rigoureuse…
Il semble donc important d’y revenir au moment où la bataille engagée concerne un choix politique de société.
La Charte d’Amiens

Il faut d’abord savoir que ce texte adopté lors du congrès de la CGT en 1906 est un texte de compromis.

En effet la CGT s’est créée en France plus tard que dans d’autres pays industrialisés à cause de la loi Le Chapelier édictée plus de 100 ans avant, en pleine révolution française, par une bourgeoisie qui avait peur que le peuple s’organise pour prendre le pouvoir et lui interdisant toute organisation des travailleurs. Ce retard a paradoxalement permis à la CGT française de bénéficier de l’expérience du syndicalisme existant dans les autres pays du monde où il y avait et il y a encore, inscrit dans les statuts, un lien organique entre le syndicat et le parti social-démocrate.

Ainsi quand on adhère à l’AFL-CIO aux USA, au TUC britannique, au DGB allemand…une partie de la cotisation finance le parti.

Le congrès d’Amiens vit l’affrontement de deux courants. Celui emmené par les partisans de Jules Guesde [1] prônant la reprise du schéma en cours alors dans le monde et donc de fait l’alignement du syndicat sur le parti et l’autre courant prônant l’indépendance totale vis-à-vis de toute force extérieure.

La charte votée à Amiens est issue de ce compromis où les partisans de l’indépendance ont eu gain de cause alors que le premier courant a pu se féliciter du fait que le texte affirme le caractère révolutionnaire de la CGT en revendiquant « l’expropriation capitaliste ». Depuis 1906 la CGT s’est toujours référée à ce texte jusque dans ses statuts et à la notion de « double besogne » qu’il exprime : défense quotidienne des salarié-e-s et lutte pour la transformation sociale.

Faire dire à ce texte qu’il interdit toute relation de la CGT avec le politique ou qu’au contraire il l’enchaîne à lui est une bien curieuse lecture ! Dans son histoire la CGT, justement en fidélité à ce texte, a pu intervenir en toute indépendance sur le champ politique. Elle l’a fait entre autres dans la résistance et en participant à la construction du programme du CNR au point qu’Ambroise Croizat a déclaré que sans la CGT il n’aurait pas pu mettre en place la sécurité sociale, elle l’a fait au moment des guerres coloniales quand d’autres centrales au nom de l’apolitisme se taisaient dans un silence complice…etc.

Il est tout à son honneur qu’elle continue à le faire aujourd’hui quand les gouvernements publient leurs lois anti-migrants ou quand il s’agit de la paix et de la solidarité internationale deux questions où les organisations de la CGT se retrouvent souvent bien seules en tant qu’organisations syndicales.

Quand les choix du gouvernement Macron sont des choix de société qui veulent soumettre le monde du travail à la loi des multinationales, l’intérêt bien compris des salarié-e-s est bien celui d’impulser la « double besogne » de notre temps en s’alliant, chaque fois qu’elle le juge nécessaire, à toutes les forces syndicales, politiques, associatives qui ont en commun le rejet du capitalisme prédateur que l’on veut nous imposer.

Depuis des années le pouvoir non seulement a non seulement une grande responsabilité dans la décrédibilisation du politique, mais il s’est en plus attaché à dénier aux syndicalistes le droit de s’y intéresser alors que celui-ci conditionne l’aboutissement pérenne des revendications du monde du travail.

Des syndicalistes, y compris dans les rangs d’organisations de lutte, au nom d’une lecture tronquée de la charte d’Amiens, ont voulu que la CGT elle aussi s’en désintéresse. Cela s’est bien vu au moment du débat sur la constitution européenne et heureusement que majoritairement les organisations de la CGT ne se sont pas laissées entraînées sur ce terrain. Les syndicalistes, parce qu’ils sont au premier rang de l’animation des luttes, doivent s’intéresser au politique pour au moins deux raisons :

- En tant que moyen de répondre durablement aux aspirations du monde du travail

- En tant que moyen d’alimenter leur réflexion sur la nature des propositions à mettre en œuvre.

On a vu dans le monde des révolutions sociales être détournées par la classe dominante à son profit justement par manque de conscience politique des animateurs de la lutte. Si les syndicalistes ne veulent pas se faire déposséder de leur combat et de son contenu, ils doivent se mêler de tout ce qui les regarde, le politique en faisant grandement partie.

Dans ces conditions quel peut être le rôle du politique ? Soutenir ? Oui bien sûr. Mais pas seulement. Il doit, en s’appuyant sur les luttes et les revendications, proposer toutes initiatives de nature à renforcer le rapport de forces et la conscience de la possibilité de changement, qu’il s’agisse d’initiatives d’actions ou de propositions de solutions politiques.

Il n’y a pas deux forces, le syndical et le politique qui marcheraient côte-à-côte de temps en temps, voire qui s’opposeraient, mais un même mouvement social dont les différentes branches doivent se nourrir l’une l’autre.

Les plus grandes conquêtes de l’histoire sociale ont été celles où l’on a vu se conjuguer luttes sociales et pouvoir politique à l’écoute de ses luttes et se nourrissant d’elles. Quand telle organisation politique propose une action elle est dans son rôle. Au syndicat de voir en toute indépendance si cela apporte un plus au mouvement social, si cela ajoute à la dynamique de rassemblement.

Pour nous ANC, il y a un lien dialectique entre le syndical et le politique.

- Pour le syndical rompre ce lien serait se limiter à la défense quotidienne pied à pied, certes nécessaire, mais insuffisante pour à elle seule impulser le changement de société.

- Pour le politique cela serait se condamner à être hors sol, ne pas prendre en compte ce qui monte dans les luttes.

Et ce n’est pas un hasard si nous nous reconnaissons dans les propos du dirigeant du SACP, le parti communiste sud-africain : « ils n’arriverons pas comme en Europe à créer ici un gouffre entre le syndicat et le parti ».

C’est forte de ses convictions que, partie prenante du mouvement social et se nourrissant de lui, l’ANC continuera à proposer des issues politiques allant dans le sens de la paix, de la justice, du progrès social et du changement de société nécessaires pour répondre aux aspirations et revendications que les luttes font émerger.

Michel Pigenet : Le Monde Diplomatique

À l’automne dernier, les difficultés rencontrées par les mobilisations contre la réforme du code du travail ont relancé un vieux débat sur les relations entre syndicats et partis politiques. M. Jean-Luc Mélenchon, fondateur de La France insoumise, avait reproché aux syndicalistes leurs « sempiternels renvois à la charte d’Amiens » de 1906, obstacle selon lui à la « convergence des luttes ». Désireux de justifier les initiatives de La France insoumise, il soulignait : « Ni la refonte du code du travail ni la destruction de la Sécurité sociale ne sont des questions exclusivement syndicales. Ce sont des questions de société qui ont un contenu hautement politique. »

Du 8 au 16 octobre 1906, la Confédération générale du travail (CGT), alors l’unique confédération syndicale, tient congrès à Amiens. Les militants sortent d’une période d’intenses luttes ouvrières, dont le pic se situe aux alentours du 1er mai. Les sujets de discussion ne manquent pas. À la demande de la Fédération du textile, l’ordre du jour prévoit d’examiner les « rapports de la CGT et des partis politiques ». Adoptée à l’issue de vifs débats, la charte d’Amiens — nom qui s’impose à partir de 1912 — affirme l’indépendance de l’action syndicale à l’égard des partis, de l’État et du patronat.

La question n’est pas nouvelle, et ce qui se joue à son propos participe du long processus d’autonomisation sociale et politique de la classe ouvrière, nécessaire à l’expression de sa spécificité, de ses intérêts et de ses projets.

L’objectif ne va pas de soi et mobilise les militants depuis le premier tiers du XIXe siècle, dans un pays où l’hétérogénéité des métiers ouvriers dilue le groupe et où l’on ne trouve pas dans les villes de concentrations prolétariennes comparables à celles du Royaume-Uni, de la Belgique ou de l’Allemagne. Cette configuration préserve la classe ouvrière d’un dangereux isolement, mais nuit à la reconnaissance de ses intérêts, voire la relègue dans un rôle de force d’appoint.

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Sur fond d’échec des privatisations
Renaissance des travaillistes au Royaume-Uni

Un pays où les divisions caractériseraient avant tout le camp conservateur ? Où la gauche susciterait l’enthousiasme des foules ? Où l’espoir de nouvelles conquêtes électriserait les progressistes ? Ce pays existe : il s’agit du Royaume-Uni, depuis que l’élection de M. Jeremy Corbyn à la tête du Parti travailliste, en 2015, a permis une refondation de la gauche à l’intérieur même du parti social-démocrate traditionnel.

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Michel Pigenet
Professeur émérite d’histoire contemporaine à l’université Paris-I Panthéon-Sorbonne, coordinateur (avec Pierre Robin) de l’ouvrage Victor, Émile, Georges, Fernand et les autres… Regards sur le syndicalisme révolutionnaire. Actes du colloque de Nérac pour les cent ans de la charte d’Amiens, Éditions d’Albret, Bouloc, 2007.

   

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