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Aujourd’hui le feu, Minneapolis !

dimanche 31 mai 2020 par ingirumimus

L’affaire de Minneapolis est en train d’enflammer les États-Unis et la planète entière. On a tous vu l’arrestation de George Floyd qui s’est traduite par la mort par strangulation de ce dernier. Aux États-Unis l’émotion est intense. Regardez la photo ci-dessous. La première montre que c’est bien Derek Chauvin qui est à l’origine de cet assassinat. Il a été arrêté et écroué, tandis que la ville partait en fumée. Tout cela serait dans la tradition des États-Unis : un policier blanc tue un noir et les émeutes explosent. Sauf que si je regarde la photo dessous, Derek Chauvin n’est pas tout seul à maitriser George Floyd, ils sont quatre, et donc Derek Chauvin ne peut pas être seul responsable de ce qu’il faut bien appeler un meurtre. Ses collègues ont été comme lui rayé des cadres de la police. Mais ce n’est pas la seule bizarrerie de cette histoire qui a réenclenché le processus de guerre civile latent.


En effet on apprenait que George Floyd et Derek Chauvin se connaissaient et travaillaient tous les deux pour la sécurité d’une boîte de nuit [1] ! Manifestement Derek Chauvin réglait son compte à George Floyd, et ses collègues laissaient faire. Du coup on se retrouve dans la vieille situation des villes avec des ghettos qui sont toujours au bord de l’explosion et qui d’un coup prennent feu.

Cette affaire intervient en pleine campagne électorale, et on a accusé Derek Chauvin d’être un soutien de Trump. Ce dernier était venu en effet à Minneapolis au mois d’octobre dernier pour défendre les policiers et les encourager à être durs. Parmi les différents flics venus applaudir Trump – quelle idée – il y aurait eu Derek Chauvin [2]. La réfutation du chef de la police ne semble pas convaincante. De toute façon par ce biais, la question raciale va devenir un enjeu de la campagne électorale pour novembre.

Étrangement, il y a quelques jours les journalistes, des deux côtés de l’Atlantique, étaient tombés à bras raccourcis sur Joe Biden qui avait dit qu’un noir ne pouvait pas voter autre chose que « démocrate » [3]. Mais les faits semblent lui donner raison si on considère que les flics quand ils votent, votent massivement républicain, et si on considère que Trump a encouragé par ses déclarations intempestives à cogner sans retenue.

Cette affaire n’est pas près de se tarir car on s’est rendu compte que Derek Chauvin était un flic très violent qui avait déjà tué plusieurs fois, ces meurtres s’apparentant à des crimes racistes [4]. Et donc la question va être maintenant de savoir pourquoi un tel bonhomme n’avait pas été rayé des effectifs de la police de Minneapolis. S’il est facile de dénoncer ce qui se passe outre-Atlantique, il faut tout de même faire le rapprochement avec ce qui se passe chez nous où la justice blanchit systématiquement des policiers violents, parfois meurtriers [5].

Un commissariat brûle dans les quartiers Nord de la ville

L’enchainement des faits est bien connu : un meurtre par la police d’un noir mobilise une jeunesse qui vit dans une frustration permanente, quelques quartiers brûlent, et on appelle la Garde nationale pour rétablir l’ordre. Ces émeutes de Minneapolis ressemblent à ce qu’on avait vu par le passé à Los Angeles en 1965 ou en 1992. Ce sont de véritables scènes de guerre civile et de pillages auxquelles on a assisté. Les policiers avaient évoqué pour leur défense dans le cas de George Floyd le fait qu’il aurait écoulé des faux billets de 20 $. Mais que cela soit vrai ou faux, rien n’autorise dans un État de droit un policier à assassiner quelqu’un qui trafique les faux billets !

Ce n’est pas prévu par la loi et ne peut en aucun cas être tenu pour une circonstance atténuante, d’autant que ce Derek Chauvin était appuyé dans son intervention par quatre de ses collègues et donc ne pourra en aucun cas quand son procès viendra invoquer la légitime défense. Un commissariat de police a été entièrement incendié par une foule en colère.

Contrairement à ce qui se passait dans le passé, ce ne sont pas seulement des noirs qui se sont mobilisé pour foutre le feu à la ville, mais aussi des blancs et des latinos. Ça en dit long sur l’exaspération des Américains en ce qui concerne leur propre société. Le joueur de football américain Colin Kaepernick a proposé un fonds destiné à payer les frais juridiques des émeutiers. En même temps que le maire de Minneapolis, Jacob Freis réputé très à gauche, se disputait avec Trump-la-grande-gueule, les manifestants tiraient à balles réelles sur la Garde nationale.

On a vu également les propriétaires des magasins se battre avec les pillards pour tenter de préserver leurs biens [6]. D’autres s’empressaient de peindre sur leurs murs Black owned business pour tenter d’éviter la destruction de leur bar ou de leur commerce [7]. On a vu des Rednecks armés de fusil protéger des magasins du pillage dans une visions de cauchemar, parmi les flammes de l’enfer [8].

Il est temps de ressortir la vieille brochure de Guy Debord, Le déclin et la chute de l’économie spectaculaire-marchande [9], écrite il y a cinquante-cinq, on dirait qu’elle a été écrite hier matin pour la ville de Minneapolis !

Un magasin brûlé par la foule

Cela fait plusieurs jours maintenant que la ville s’enflamme. Les manifestations qui commencent par des marches pacifiques dégénèrent ensuite dans un affrontement voulu avec la police qui est plus que détestée. Et puis la nuit venue c’est le feu qui illumine la ville. Brûler la ville est une forme de rage impuissante face à une situation qui parait cadenassée, immuable depuis la nuit des temps. Les émeutiers sont relativement peu nombreux par rapport à ceux qui manifestent.

On a vu le maire, puis la compagne de George Floyd intervenir pour demander à ce que le calme revienne rapidement. Mais c’est toujours pareil, si la situation dégénère dans la violence, c’est que les différentes instances de conciliation ne fonctionnent pas ou n’existent pas. Aux États-Unis les pauvres sont tellement dans une situation de vaincus, qu’ils n’ont pas le choix des armes pour s’exprimer.
Ce n’est pas une justification, c’est un constat.
Il y a tellement d’années – depuis la fin des années soixante – qu’on a mis le couvercle sur la cocotte-minute des luttes, qu’il est obligatoire que celui-ci finisse par sauter.

Mais évidemment il y a autre chose, mettre le feu à la ville c’est bien brûler tout ce qu’on déteste, et une manière d’indiquer qu’on voudrait que ça change enfin. Sans doute qu’on trouve que les incendies embellissent la ville. Si l’affaire a des relents de guerre civile, c’est parce que la droite américaine, Trump pour ne pas le nommer, encourage depuis des mois l’armée et la police à sévir, et donc à utiliser la violence.

C’est de là qu’est venu le conflit avec Tweeter qui prétend dénoncer les encouragements à la violence, Trump a pris alors un décret pour éviter que les fake-news balancées sur les réseaux sociaux ne soient ni poursuivies, ni effacées. Il ne s’agit plus de lutter contre la censure de Tweeter comme le croient certains en France, mais bien au contraire de mettre en place une censure des commentaires qui pourraient déplaire au président peroxydé.

Les tensions politiques qui s’affichent, montrent une Amérique divisée et à la dérive, sans perspective pour au moins une grande partie de la population. Quand on parle de perspective, nous ne parlons pas seulement de la perspective de trouver un emploi, ou d’échapper à une police vindicative, mais nous parlons de l’horizon de la marchandise qui est un horizon mortifère et sans avenir.

Minneapolis est une ville dévastée

On voit que cette affaire aura des retombées bien au-delà de la mort de George Floyd, tant elle met en doute les capacités des États-Unis à arriver un jour à ce fameux vivre ensemble. Mais au-delà ces émeutes parlent essentiellement des pauvres qui aux États-Unis sont les minorités ethniques. C’est la violence native de cette société qui est en cause et qui n’arrive même plus à ce qu’on se pose la question de la recherche d’une paix relative entre les différentes formes de culture.

La situation n’est plus maitrisée à Minneapolis, on a vu la police arrêter une équipe de journalistes qui couvrait les émeutes. L’État de droit en prend un vieux coup là aussi [10]. Cette situation de guerre civile violente s’ajoute à l’effondrement de l’économie américaine dont le nombre de chômeurs inscrits a dépassé les 40 millions ! C’est un cocktail détonnant. Et s’il est certain que Trump va tout faire pour jeter encore de l’huile sur le feu, il n’est pas sûr que Biden soit à la hauteur pour apaiser les rancœurs.

Mais les Américains ont-ils le choix ?

Nous avons perçu que les États-Unis se trouvent aujourd’hui dans une impasse de tous les points de vue que l’on se place. Les divisions ethniques ressortent violemment chaque fois que le modèle économique et social dérape. Et il ne peut que déraper, ici comme ailleurs, dès lors que le mot d’ordre est la croissance à tout prix et le profit comme horizon. Pour que le nombre de milliardaires explose, il faut aussi que celui des plus pauvres augmente dans des proportions inédites, mais aussi que la croissance ne ralentisse jamais.

La réussite est à ce prix.

Les États-Unis se retrouvant comme bien d’autres pays dits riches dans la difficulté, cela va se traduire par une flambée de violences urbaines.
Mais pourquoi piller les magasins ?
C’est en réalité une manière de faire la guerre à la marchandise.
Les magasins ne sont pas seulement des lieux où l’on célèbre sa domination, mais c’est également ce qui la sanctifie avec arrogance en créant un environnement hideux et inhumain. Minneapolis n’est pas une ville pauvre, ni une de ces métropoles dont l’industrie aurait disparu, ni même une ville à majorité ethnique noire ou non blanche. C’est une ville prospère, où les blancs représentent les deux tiers de la population, bien que le confinement réclamé par le COVID-19 l’ait obligée à une fermeture hâtive et inédite.

Les questions de stratégie sont discutées. Beaucoup pensent que les pillages nuisent à la mobilisation et affaiblissent les protestations contre l’attitude de la police, d’autres pensent que c’est là la seule manière de faire bouger les choses.

Mais qu’on soit pour ou contre les pillages, les faits sont là, la ville brûle et se consume, réclamant autre chose que des propos lénifiants pour calmer les foules en colère.

À Los Angeles on manifeste sa solidarité avec George Floyd


Voir en ligne : http://in-girum-imus.blogg.org/aujo...

   

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