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Comment un migrant tunisien désaxé est devenu l’auteur des attentats de Nice

samedi 7 novembre 2020 par Arianna Poletti, Ons Abid

Qu’est-ce qui a pu pousser Brahim A., jeune migrant travaillant dans la récolte d’olives en Italie, à attaquer la basilique niçoise Notre-Dame-de-l’Assomption ?
Adrianna Poletti et Ons Abid sont allé à la rencontre de sa famille, à Sfax

Une semaine après l’attaque au couteau qui a fait trois morts à la basilique Notre-Dame-de-l’Assomption de Nice, le profil de l’assaillant se dessine. Comme l’a révélé un document de la Croix-Rouge italienne retrouvé dans la poche du terroriste, il s’agit de Brahim A., ressortissant tunisien né en 1999 et originaire de Bou Hajla, près de Kairouan.

Il fait partie des centaines de jeunes tunisiens qui ont rejoint l’île de Lampedusa l’été dernier. Grièvement blessé pendant l’intervention de la police et positif au Covid-19, il est actuellement soigné au CHU Pasteur et n’a pas encore été interrogé par les enquêteurs.

Depuis le 29 octobre, sa famille – installée à Sfax, dans le quartier populaire d’Ennasr – est constamment sollicitée par des journalistes. « Je viens d’arriver à Nice, je ne connais personne, j’ai trouvé un bâtiment où je vais passer la nuit sur un bout de carton en attendant demain, lorsque je trouverai quelqu’un pour m’aider », avait écrit Brahim à son frère, la veille de l’attentat.

C’est là qu’il sera réveillé par les pompiers au petit matin. « C’est le même endroit qu’on a vu dans les médias, les mêmes escaliers et le même mur en bois qu’on a vus en parlant avec lui sur Messenger », explique son frère Yassine.

Les proches de l’assaillant croient fermement en son innocence

Comme ses proches, il se dit surpris par le geste de Brahim, que la famille n’arrive pas à accepter. Les proches de l’assaillant croient fermement en son innocence. Yassine raconte que Brahim « est serviable, apprécié de tout le quartier » et qu’«  il passe la journée à bosser dans le petit kiosque à essence, avant de rentrer à la maison. Mais il n’a pas beaucoup d’amis ».

« Mon fils ne parle même pas français »

« Nous habitons ici depuis vingt-deux ans, personne dans le quartier ne dit du mal de nous », poursuit Yassine. Chargée de l’enquête ouverte par le procureur général au tribunal de Tunis, la police judiciaire d’El Gorjani a confisqué les portables de chaque membre de la famille.

Le lendemain de l’attaque, les voisins s’étaient rassemblés dans la rue avec leurs enfants, incrédules et choqués. Selon les témoignages recueillis par Jeune Afrique, Brahim A. est issu d’une famille modeste mais pas misérable comparé au reste du quartier. Son père tire ses revenus de l’élevage de moutons et de brebis. Brahim a quitté l’école en première année du secondaire et, avant de quitter le pays, vendait de l’essence dans la rue.

À Sfax, le jeune était connu de la justice pour des antécédents de droit commun (violence lors d’une bagarre), mais n’était pas fiché comme « terroriste », comme l’ont confirmé les autorités tunisiennes. Il était également inconnu des services de renseignements français. Selon la presse italienne, il avait déjà fait l’objet d’une enquête diligentée par le procureur d’Agrigento (Sicile) pour « aide à l’immigration illégale ».

Pour le substitut du procureur de la République tunisienne, Mohsen Daly, Brahim A. semble avoir quitté la Tunisie le 14 septembre pour se rendre illégalement en Italie par la mer. Côté européen, les autorités italiennes indiquent comme date d’arrivée le 20 septembre. Ce jour-là, Brahim aurait débarqué à Lampedusa avec vingt et un migrants clandestins tunisiens.

Il priait "comme tout le monde", sans aucun signe de radicalisation

« Depuis une année, il voulait partir, mais ma mère s’y opposait. Il disait qu’ici il n’avait pas d’avenir. Il voulait trouver un meilleur boulot, la stabilité financière et avoir une vie de famille », confirme Yassine.

Selon plusieurs témoignages de la famille et des voisins, Brahim aurait commencé à faire la prière il y a deux ans, mais ne fréquentait pas une mosquée en particulier et continuait de consommer de l’alcool et de fumer. Yassine explique que « c’était sa propre décision, personne ne l’y a incité ». Depuis, il priait « comme tout le monde », « sans aucun signe de radicalisation ». Sa mère Gamra, encore sous le choc, n’arrive pas à croire que son fils, « qui ne parle même pas français », a pu commettre un tel crime, qui plus est « en un laps de temps très court ».

Avis d’expulsion

L’itinéraire suivi par Brahim est progressivement reconstitué, même si des zones d’ombre demeurent. Une fois arrivé à Lampedusa fin septembre, il est hébergé dans le hot-spot de Lampedusa avec les autres migrants, où il restera jusqu’au 9 octobre, date à laquelle il a été placé en quarantaine, Covid-19 oblige, avec quelque 800 migrants à bord du Rhapsody, un cruise-ferry de la compagnie italienne Grandi Navi Veloci, qui les conduira à Bari, dans la région des Pouilles. Une vidéo tournée par un migrant montre Brahim assis dans le bus qui, une fois la quarantaine terminée, le conduira jusqu’à la gare de Bari.

Pourtant, aux termes de l’accord bilatéral en matière de migration signé en 2011 par l’Italie et la Tunisie, et récemment reconduit, tout ressortissant tunisien arrivé par la mer à Lampedusa doit être rapatrié dans un délai de quelques semaines, une fois la période de quarantaine achevée et son identité vérifiée.

C’est le sort que connaissent la plupart des harraga tunisiens qui débarquent sur les côtes siciliennes, mais cette procédure n’est pas toujours respectée. Un petit nombre de Tunisiens parviennent à échapper à l’expulsion forcée lorsque les Centres pour les rapatriements (CPR) ne peuvent plus les accueillir faute de place.

Musulman pratiquant sans être radicalisé, solitaire, taiseux... rien ne prédestinait Brahim à devenir terroriste

Dans ce cas, les autorités italiennes leur délivrent un avis d’expulsion courant sur une période de sept jours pour qu’ils quittent l’espace Schengen de façon autonome. La plupart d’entre eux restent finalement en Europe, sans documents et sans déposer aucune demande d’asile ou de régularisation de crainte d’être expulsés vers la Tunisie.

C’est cet avis d’expulsion qui a permis à Brahim A. de rester en Italie, puis de se rendre à Nice. Avant de quitter la Péninsule le 26 octobre, l’assaillant travaillait dans un champ d’oliviers près de la ville d’Alcamo, dans l’ouest de la Sicile, où il s’était rendu depuis Bari, comme l’a confirmé sa sœur Chahira à Jeune Afrique.

« Un garçon tranquille »

« Il avait commencé à travailler dans les champs d’oliviers, puis il nous a dit qu’il ne voulait plus rester et qu’il allait partir pour la France », affirme-t-elle. Dans la ville sicilienne d’Alcamo, où il a séjourné, une cellule des autorités antiterroristes italiennes mène l’enquête et interroge ses contacts, en essayant de déterminer s’il a franchi de façon autonome la frontière française ou si des passeurs sont intervenus.

Les enquêteurs cherchent à déterminer si ce tunisien de 21 ans a agi seulnou s’il a été recruté et guidé par une organisation structurée

À Alcamo, Brahim A. a été hébergé douze jours par un ami « âgé de 30 ans » longuement interrogé par la police italienne, mais qui nie toute implication : « Brahim m’a expliqué qu’il cherchait un travail. Pendant quelques jours, il a cueilli des olives, a-t-il déclaré à la police, rapporte le quotidien italien La Repubblica, mais c’était un garçon tranquille. » La police n’a pas fourni de plus amples détails sur cette connaissance de Brahim.

Du jour au lendemain, le jeune Tunisien aurait décidé de quitter la Sicile pour la France. Selon la presse italienne, il aurait transité par la ville frontalière de Vintimille, où plusieurs migrants tentent chaque jour de pénétrer en territoire français.

Dans les trois pays, les enquêteurs cherchent à déterminer si ce Tunisien de 21 ans a agi seul ou, au contraire, a été recruté et guidé par une organisation structurée. Un groupuscule tunisien inconnu, Al-Mahdi dans le sud tunisien, a revendiqué l’attaque, mais selon plusieurs experts, cette revendication n’est pas crédible, comme le confirme, entre autres, le journaliste spécialiste des mouvements jihadistes Wassim Nasr.

L’État islamique, qui a revendiqué l’attentat de Vienne quelques jours plus tard, n’a pas évoqué l’attaque au couteau de Brahim A.
En France, plusieurs personnes en contact avec l’assaillant ont été interpellées à Villepinte (Seine-Saint-Denis), à Sarcelles (Val-d’Oise) et à Grasse (Alpes-Maritimes).
Le dernier suspect en date, un homme de 29 ans arrêté à Grasse, aurait effectué la traversée vers Lampedusa avec Brahim A.


Voir en ligne : https://paroles-citoyennes.net/spip...

   

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