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Vladimir Ilitch Lénine : Les leçons de la Commune de Paris

dimanche 4 avril 2021 par Vladimir Ilitch Lénine

Après le coup d État, qui a marqué la fin de la révolution de 1848, la France est tombée sous le joug du régime napoléonien pendant une période de 18 ans. Ce régime a apporté au pays non seulement la ruine économique mais aussi l’humiliation nationale. En se soulevant contre l’ancien régime, le prolétariat a assumé deux tâches - l’une nationale et l’autre de classe - la libération de la France de l’invasion allemande et l’émancipation socialiste des travailleurs du capitalisme. Cette union de deux tâches constitue une caractéristique unique de la Commune.

La bourgeoisie avait formé un "gouvernement de défense nationale" et le prolétariat devait lutter pour l’indépendance nationale sous sa direction. En fait, c’était un gouvernement de "trahison nationale" qui voyait sa mission dans la lutte contre le prolétariat parisien. Mais le prolétariat, aveuglé par les illusions patriotiques, ne l’a pas perçu.
L’idée patriotique avait son origine dans la grande Révolution du XVIIIe siècle ; elle balançait les esprits des socialistes de la Commune ; et Blanqui, par exemple, sans doute révolutionnaire et ardent partisan du socialisme, ne trouvait pas de meilleur titre pour son journal que le cri bourgeois : "La patrie est en danger !"

Combiner des tâches contradictoires - le patriotisme et le socialisme - fut l’erreur fatale des socialistes français. Dans le Manifeste de l’Internationale, publié en septembre 1870, Marx avait mis en garde le prolétariat français contre le risque de se laisser abuser par une fausse idée nationale ; la Grande Révolution, les antagonismes de classe s’étaient aiguisés, et alors qu’à l’époque la lutte contre l’ensemble de la réaction européenne unissait toute la nation révolutionnaire, maintenant le prolétariat ne pouvait plus combiner ses intérêts avec ceux des autres classes qui lui étaient hostiles ; laisser la bourgeoisie porter la responsabilité de l’humiliation nationale - la tâche du prolétariat était de lutter pour l’émancipation socialiste du travail du joug de la bourgeoisie.

Et en effet, la véritable nature du "patriotisme" bourgeois ne tarda pas à se révéler. Après avoir conclu une paix ignominieuse avec les Prussiens, le gouvernement de Versailles s’est attelé à sa tâche immédiate : il a lancé une attaque pour arracher des mains du prolétariat parisien les armes qui le terrifiaient. Les ouvriers répondirent en proclamant la Commune et la guerre civile.

Bien que le prolétariat socialiste ait été divisé en de nombreuses sectes, la Commune fut un exemple splendide de l’unanimité avec laquelle le prolétariat était capable d’accomplir les tâches démocratiques que la bourgeoisie ne pouvait que proclamer. Sans législation particulièrement complexe, de manière simple et directe, le prolétariat, qui s’était emparé du pouvoir, a procédé à la démocratisation du système social, a aboli la bureaucratie et a rendu électives toutes les fonctions officielles.

Mais deux erreurs ont détruit les fruits de cette splendide victoire. Le prolétariat s’arrêta à mi-chemin : au lieu de se mettre à "exproprier les expropriateurs", il se laissa entraîner par des rêves d’instaurer une justice supérieure dans le pays uni par une tâche nationale commune ; des institutions comme les banques, par exemple, ne furent pas reprises, et les théories proudhoniennes sur le "juste échange", etc. prévalaient encore chez les socialistes.

La deuxième erreur fut une magnanimité excessive de la part du prolétariat : au lieu de détruire ses ennemis, il chercha à exercer sur eux une influence morale ; il sous-estima l’importance des opérations militaires directes dans une guerre civile, et au lieu de lancer contre Versailles une offensive résolue qui aurait couronné sa victoire à Paris, il s’attarda et donna au gouvernement versaillais le temps de rassembler les forces obscures et de se préparer à la semaine sanglante de mai.

Mais malgré toutes ses erreurs, la Commune fut un superbe exemple du grand mouvement prolétarien du XIXe siècle. Marx attachait une grande importance à la signification historique de la Commune : si, lors de la tentative perfide de la bande de Versailles de s’emparer des armes du prolétariat parisien, les ouvriers s’étaient laissés désarmer sans combattre, l’effet désastreux de la démoralisation, que cette faiblesse aurait provoqué dans le mouvement prolétarien, aurait été beaucoup, beaucoup plus grand que les pertes subies par la classe ouvrière dans la bataille pour défendre ses armes.

Les sacrifices de la Commune, si lourds qu’ils aient été, sont compensés par son importance pour la lutte générale du prolétariat : elle a stimulé le mouvement socialiste dans toute l’Europe, elle a démontré la force de la guerre civile, elle a dissipé les illusions patriotiques et détruit la croyance naïve en tout effort de la bourgeoisie pour des objectifs nationaux communs. La Commune a appris au prolétariat européen à poser concrètement les tâches de la révolution socialiste.


La leçon apprise par le prolétariat ne sera pas oubliée. La classe ouvrière s’en servira, comme elle l’a déjà fait en Russie lors du soulèvement de décembre.

La période qui a précédé la révolution russe et l’a préparée présente une certaine ressemblance avec la période du joug napoléonien en France. En Russie aussi, la clique autocratique a entraîné le pays dans la ruine économique et l’humiliation nationale. Mais le déclenchement de la révolution a été longtemps retardé, car le développement social n’avait pas encore créé les conditions d’un mouvement de masse et, malgré tout le courage déployé, les actions isolées contre le gouvernement dans la période prérévolutionnaire ont rompu avec l’apathie des masses. Seuls les sociaux-démocrates [1], par un travail acharné et systématique, ont éduqué les masses au niveau des formes supérieures de lutte - actions de masse et guerre civile armée.

Les sociaux-démocrates ont pu briser les illusions "nationales communes" et "patriotiques" du jeune prolétariat et plus tard, lorsque le Manifeste du 17 octobre a été arraché au tsar grâce à leur intervention directe, le prolétariat a commencé à se préparer vigoureusement à la phase suivante, inévitable, de la révolution - le soulèvement armé.

S’étant débarrassé des illusions de la "nation commune", il a concentré ses forces de classe dans ses propres organisations de masse - les Soviets des Députés des Ouvriers et des Soldats, etc. Et malgré toutes les différences dans les objectifs et les tâches de la révolution russe, par rapport à la révolution française de 1871, le prolétariat russe a dû recourir à la même méthode de lutte que celle utilisée pour la première fois par la Commune de Paris - la guerre civile.

Conscient des leçons de la Commune, il savait que le prolétariat ne devait pas ignorer les méthodes de lutte pacifique - elles servent ses intérêts ordinaires, quotidiens, elles sont nécessaires dans les périodes de préparation à la révolution - mais il ne devait jamais oublier que dans certaines conditions, la lutte de classe prend la forme d’un conflit armé et d’une guerre civile ; il y a des moments où les intérêts du prolétariat exigent l’extermination impitoyable de ses ennemis dans des affrontements armés ouverts.
Cela a été démontré pour la première fois par le prolétariat français lors de la Commune et confirmé brillamment par le prolétariat russe lors du soulèvement de décembre.

Et bien que ces magnifiques soulèvements de la classe ouvrière aient été écrasés, il y aura un autre soulèvement, face auquel les forces des ennemis du prolétariat se révéleront inefficaces, et dont le prolétariat socialiste sortira complètement victorieux.

L’article "Les leçons de la Commune" publié dans Zagranichnaya Gazeta (Gazette étrangère), n° 2, 23 mars 1908.
Source : Lenin Collected Works, Progress Publishers, 1972, Moscou, Volume 13, pages 475-478 via marxists.org.

source : https://www.idcommunism.com/2021/04/vladimir-i-lenin-lessons-of-paris.html#more


Voir en ligne : http://mouvementcommuniste.over-blo...


[1Par "sociaux-démocrates", Lénine fait référence au mouvement ouvrier révolutionnaire de l’époque, qui n’a aucun rapport avec l’idéologie bourgeoise actuelle de la social-démocratie.

   

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