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Décolonisons l’espace public !

mardi 30 juin 2020 par ANC

En publiant ce texte de pétition juste, pertinent et totalement dans notre ligne politique, nous tenons a préciser que pour nous la question du racisme est d’abord la question d’un système qui repose sur l’exploitation, la domination et donc les discriminations. Et qu’il est dangereux de vouloir remplacer la "lutte de classe" par la "lutte des races". Essentiellement parce que la première existe et que la seconde [1] n’est souvent qu’un rideau de fumée pour cacher la première. On lira à ce sujet avec profit « Femmes, race et classe » d’Angela DAVIS et « Peau noire et masques blancs » de Frantz Fanon dont nous vous proposons par ailleurs un extrait (Ici : http://ancommunistes.org/spip.php?article2309).

Décolonisons l’espace public !

Un mouvement d’ampleur mondiale exige une décolonisation de l’espace public. De l’Afrique du Sud à Paris, de la Colombie à Lille, des USA à Nantes, de la Martinique à Bordeaux, etc., la planète entière voit se développer des mobilisations pour que cessent les valorisations et mises à l’honneur d’esclavagistes, de massacreurs coloniaux et d’idéologues et théoriciens racistes.

Honorés par des statues ou des noms de voies publiques et d’écoles, ces symboles de plus de quatre siècles d’esclavage et d’un siècle et demi de colonisation, constituent une véritable insulte au peuple français en général et aux citoyennes et citoyens issus de ces peuples meurtris par l’esclavage et la colonisation.

Ce mouvement est une bonne nouvelle pour tous les partisans de l’égalité. Il doit être soutenu et amplifié pour rendre incontournable la décolonisation, non seulement des espaces publics mais aussi des imaginaires collectifs et de l’histoire officielle.

Loin d’être une question secondaire ou une lubie de militants emplis de ressentiments, cette action sur le symbolique est éminemment politique. On ne tourne en effet jamais une page d’histoire sans l’avoir lue jusqu’à la dernière ligne. On ne bâtit pas plus d’avenir commun sur la base d’une occultation de crimes et de massacres consubstantiellement liés à l’idée d’asservissement portée par l’esclavage et la colonisation.

Ces crimes et massacres ne sont pas des excès ou des « bavures » mais la mise en œuvre logique et prévisible du projet d’asservissement. Le reconnaître est le premier pas vers le dépassement de cette page de l’histoire de France. Décoloniser l’espace public est une condition certes insuffisante, mais absolument nécessaire pour un avenir égalitaire.

En outre, la question posée par ces mobilisations ne se limite pas à une simple exigence de reconnaissance historique portant sur le passé. Les représentations sociales du Noir, de l’asiatique, de l’Arabe, etc. qui ont préparé, accompagné et justifié ces deux crimes contre l’humanité que sont l’esclavage et la colonisation, continuent d’informer à bien des égards nos sociétés contemporaines.

La non décolonisation des esprits et des imaginaires collectifs permet leur survie et leur reproduction contemporaines. Elles servent désormais d’accompagnement idéologique aux discriminations systémiques dont sont victimes les descendants d’esclaves et de colonisés.

Les discours accusant ces mobilisations de vouloir effacer l’histoire sont à la fois ridicules et significatifs. Ridicules parce que notre exigence n’est pas un effacement de l’histoire mais, au contraire, la revendication d’une histoire qui ne soit plus partielle et partiale, qui rend visible ce qui est occulté aujourd’hui et enseigne ce qui, depuis des siècles, est silencié.

Significatifs aussi parce que le président Macron lui-même a tenu à clore le débat avant même de l’entamer. Alors que dans d’autres pays le débat est ouvert, en France, il serait immédiatement clos.

L’argument de la nécessaire contextualisation de ces massacreurs et de leurs actes est tout aussi inadmissible et insultant. Insultant parce qu’il considère les militant.e.s mobilisés comme ignorants de l’histoire et des causalités ayant produit l’esclavage et la colonisation. L’argument est aussi inadmissible parce qu’il ignore ceux et celles, qui dans le même contexte historique, se sont élevés contre l’esclavage et la colonisation.

Ce sont ces personnes qui devraient être honorées par des noms de rues et des statues et non les massacreurs coloniaux et les esclavagistes. Il est ainsi scandaleux que l’on compte en France autant de statues ou d’espaces publics portant les noms de Gallieni, Faidherbe ou Bugeaud, et si peu les noms de Louise Michel ou de Paul Vigné d’Octon qui se sont opposés courageusement aux crimes des premiers.

Pour toutes ces raisons les signataires appellent :

  • à l’exigence d’une décolonisation de l’espace public,
  • à multiplier les initiatives et mobilisations communes pour faire cesser l’occultation des crimes esclavagistes et coloniaux.

Pour signer :

https://www.change.org/p/chacun-e-décolonisons-l-espace-public ?


[1Ce qui est caractéristique dans la notion de race, si on creuse un petit peu, c’est que c’est une notion essentiellement culturelle, mais qui prétend toujours être fondée sur la biologie."

   

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