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Brésil : Les Chefs autochtones Raoni et Almir portent plainte contre Bolsonaro pour crimes contre l’humanité

lundi 25 janvier 2021 par la relève de la peste

« L’écocide à ce niveau d’intensité doit être considéré comme un crime contre l’humanité. » a déclaré l’avocat William Bourdon au HuffPost.
Trop, c’est trop. Face aux meurtres, expropriations et menaces que subissent les populations autochtones depuis l’arrivée de Jair Bolsonaro au pouvoir, le chef Raoni Metuktire, le chef du peuple Kayapo, et le chef Almir Narayamoga Surui, chef de la tribu Paiter Surui, ont déposé une plainte devant la Cour pénale internationale de La Haye, aux Pays-Bas, ce vendredi. Ils accusent le président d’extrême-droite brésilien de crimes contre l’humanité. Si la plainte est acceptée, elle pourrait constituer un précédent juridique pour la reconnaissance de l’écocide comme cinquième crime contre l’humanité.

Une situation qui s’empire de jour en jour

Après lui avoir proposé un échange en face-à-face et alerté l’ensemble de la communauté mondiale sur la situation critique des peuples autochtones au Brésil, le Chef Raoni Metuktire a décidé de s’allier à son homologue, Almir Surui, chef des Paiter-Surui, pour déposer plainte à la Cour pénale internationale (CPI) à La Haye avec leur avocat, le Français William Bourdon.

Ils accusent Jair Bolsonaro et plusieurs de ses ministres de crimes contre l’humanité pour meurtres, extermination, transferts forcés de population, asservissement et persécutions commises contre les peuples autochtones de l’Amazonie.

Dans le document de 65 pages, auxquelles sont annexées 21 pièces à conviction, la procureure de la CPI Fatou Bensouda va découvrir les éléments dénonçant la politique de Bolsonaro qui consiste à « piller les richesses de l’Amazonie » en imposant « des conditions de vie insupportables aux autochtones de certaines régions, afin de les forcer à se déplacer de territoires convoités par les agriculteurs », écrit Me Bourdon.

Et pour cause, de nombreux actes de violence ont été perpétrés contre les peuples autochtones pour s’approprier leurs terres au profit de l’agrobusiness. Au moins sept chefs autochtones ont été assassinés depuis le début du mandat de Bolsonaro, comme les leaders Firmino Prexede Guajajara et Raimundo Benício Guajajara qui ont été tués lors d’une fusillade en voiture le 7 décembre 2019.

Le document déposé par les Chefs Raoni et Almir décrit longuement la montée en puissance des actes de violence envers leurs communautés et s’appuie sur un rapport d’Amazon Watch, affirmant qu’« une faction dominante et conservatrice du puissant secteur agro-industriel du pays, connue sous le nom de “ruralistas”, aide à piloter le programme de Bolsonaro pour l’Amazonie ».

Le Président brésilien n’a d’ailleurs jamais caché ses intentions. Dès sa campagne présidentielle, il proposait déjà de supprimer les protections des terres autochtones, garanties dans la constitution du pays, afin d’ouvrir les réserves amazoniennes et tribales à l’agro-industrie, aux mines et à d’autres activités industrielles.

« Quand Bolsonaro est arrivé au pouvoir, il disait que les cavaleries brésiliennes auraient dû faire comme aux États-Unis pour en finir avec les indigènes, rappelle le chef Raoni au journal LeMonde. Ce sont les références qui ont donné un chèque en blanc aux coupeurs de bois et aux orpailleurs et qui ont fait que plusieurs indigènes sont morts, assure-t-il. Parler de “tuer les indigènes”, c’est un discours qui n’est pas digne d’un président. »

Depuis le début de son investiture, Jair Bolsonaro a ainsi ôté la surveillance des terres autochtones de la FUNAI, l’agence brésilienne des affaires autochtones, pour la placer sous la tutelle du ministère de l’Agriculture.

« La situation est dramatique », a déclaré Marcio Astrini, directeur exécutif d’Observatório do Clima Astrini, « parce que le gouvernement fédéral, qui est la seule entité qui pourrait trouver des solutions pour ce scénario, est maintenant le principal générateur de problèmes. »

Pour les Chefs Raoni et Almir, les conséquences de cette décision ont été dramatiques : augmentation de 135% attaques de raids en terres tribales selon le Conseil missionnaire autochtone du Brésil, gestion calamiteuse du covid 19, autorisation de pesticides toxiques, explosion des taux de déforestation et d’incendies qui avaient déjà atteint des records en 2019.

En 2020, la destruction de la plus grande forêt tropicale du monde a ainsi augmenté de 9,5% par rapport à l’année précédente pour atteindre 11088 kilomètres carrés (2,7 millions d’acres), selon les données de l’agence nationale brésilienne de recherche spatiale Inpe, soit sept fois la taille de la Ville de Londres.

Un potentiel précédent pour la reconnaissance de l’écocide

Bien connu des médias internationaux, le chef Raoni est devenu l’un des chefs de file de la résistance autochtone à Bolsonaro, et a gagné une aura certaine en guérissant du COVID-19 à l’âge de 90 ans.

La plainte des deux chefs est la deuxième à être déposée contre Jair Bolsonoro pour crimes contre l’humanité. La première avait été portée par une soixantaine d’organisations l’accusant de génocide pour sa gestion meurtrière de la pandémie de Covid-19.

Après avoir étudié le dossier et les allégations portées par les chefs autochtones, la procureure de la CPI Fatou Bensouda se prononcera sur le lancement d’une enquête au cours des prochaines semaines.

Si la CPI donne suite, cette plainte pourrait avoir un impact bien au-delà du Brésil : les avocats du dossier ont expliqué qu’elle pourrait pousser l’écocide sur la liste des crimes que la CPI reconnaît comme passibles de poursuites en vertu du droit international.

« L’écocide à ce niveau d’intensité doit être considéré comme un crime contre l’humanité. » a déclaré l’avocat William Bourdon au HuffPost.

Cette nouvelle affaire vient s’ajouter aux longues listes d’actions et plaidoyers politiques pour obtenir la reconnaissance de l’écocide comme cinquième crime contre l’humanité par la CPI. Le soutien de la population internationale va donc compter dans le dénouement de cette affaire comme l’explique Gert-Peter Bruch, fondateur de Planète Amazone, pour La Relève et La Peste :

  • « Il va falloir mobiliser les citoyens à l’échelle internationale pour qu’ils fassent pression sur leur propre pays afin que les investissements faits dans le passé n’aient pas été vains. Il faut se rappeler que la protection de l’Amazonie découle de la responsabilité du monde entier grâce à un programme acté et engagé il y a une trentaine d’année : le PPG7. On a utilisé l’argent de nos impôts pour que les territoires forestiers soient protégés, qu’il y ait des frontières, des lieux surveillés et des polices de protection de l’environnement. Les pays qui ont investi de l’argent et ont pris des engagements internationaux ne disent pratiquement rien sur les dangers de la politique de Bolsonaro, et ça c’est inacceptable. »

Le PPG7 est le Programme-pilote pour la préservation des forêts tropicales du Brésil qui a été initialement conçu en 1990-1991 dans une optique de conservation des forêts. Ce programme ambitieux regroupe les pays du G7 et l’Union européenne (qui ont versé 250 millions de dollars pour le financer), la Banque Mondiale (qui gère le programme) et le gouvernement brésilien (qui le conçoit et l’exécute).

Au lieu de cela, les membres de l’UE sont déjà responsables de 10 % de la déforestation dans le monde à travers les importations de bœuf, soja et huile de palme.
Pris dans une logique court-termiste, ils tardent également à rejeter définitivement le Mercosur qui viendrait aggraver la situation.

Récemment, des entreprises européennes, comme le groupe français Casino, ont ainsi été épinglées par plusieurs ONG pour continuer à s’approvisionner auprès de compagnies brésiliennes pourtant condamnées pour déforestation illégale, selon un rapport de l’ONG Amazon Watch.

Avec ce dépôt de plainte, les Chefs Raoni et Almir rappellent à tous les pays et organismes internationaux cette vérité :

l’Amazonie concerne le monde entier.

crédit photo couv  : Rio de Janeiro – O cacique Raoni Metuktire, líder indígena brasileiro da etnia caiapó, participa do 1º Congresso Mundial de Direito Ambiental, no Tribunal de Justiça do Estado do Rio de Janeiro (TJRJ) (Fernando Frazão/Agência Brasil)


Voir en ligne : https://lareleveetlapeste.fr/bresil...

   

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