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Palestine/Liban : Marxistes et islamistes anti-impérialistes : quelles relations ?

vendredi 3 novembre 2023 par Stephano Mauro

Les choses dans "l’Orient compliqué" ne sont pas aussi schématiques qu’à l’Occident du monde ... (BD/ANC)

Front Populaire de Libération de la Palestine : entre idéologie et pragmatisme un livre de Stefano Mauro préface de Leila Khaled.

"C’est une équation : où il y a occupation, il y a résistance. Ça ne peut être différent, quand vous êtes opprimés, vous résistez » Leila Khaled

"Il est nécessaire de comprendre, par exemple, comment le Parti communiste libanais noue des alliances avec le Hezbollah, ou comment le Front populaire de libération de la Palestine (FPLP) marxiste travaille souvent avec le Hamas ou le Jihad islamique, et de questionner politiquement et méthodologiquement ces nouvelles réalités."

Exemple :

Relation entre le FPLP et l’islamisme politique palestinien – P 112

(…) « Des typologies ont été créées qui, en vérité, correspondent à une réalité politique imaginaire : la politique telle qu’on voudrait qu’elle soit et non telle qu’elle est réellement, en particulier au Moyen-Orient. Le champ politique moyen-oriental apparaît fondamentalement faussé par des simplifications historiques qui traceraient une ligne d’espoir irrémédiable entre les islamismes identiques les uns aux autres, d’Al-Qaïda au Hezbollah libanais, ainsi qu’entre les laïcs naturellement attentifs aux droits des hommes et des femmes.

Ces catégorisations apparaîtraient en fait aujourd’hui partiellement fausses : en Palestine, c’est le Fatah « laïc » qui est l’auteur de l’une des lois les plus réactionnaires sur les droits des femmes, qui limite à six mois la peine de prison pour les coupables de crimes d’honneur.
Le fait est que nous confondons souvent laïque et progressiste.

De la même manière, on imagine les laïcs comme nécessairement persécutés par les fondamentalistes musulmans. Bien que vraie dans certains cas, cette affirmation s’avère fausse dans d’autres.

Il est nécessaire de comprendre, par exemple, comment le Parti communiste libanais noue des alliances avec le Hezbollah, ou comment le Front populaire de libération de la Palestine (FPLP) marxiste travaille souvent avec le Hamas ou le Jihad islamique, et de questionner politiquement et méthodologiquement ces nouvelles réalités.

Les premières élections municipales en Cisjordanie depuis 1976, qui se sont tenues le 23 décembre 2004, ont posé la question suivante : le Hamas va-t-il prendre le relais du Fatah ? Quel sera le rapport de force politique entre l’islamisme, le Mouvement Nationaliste et la gauche à l’issue du scrutin ?

La réponse n’a pas été simple : les élections municipales n’ont pas fait l’objet d’une structuration claire du champ politique.

Au contraire, certaines coordonnées ont été bouleversées, et il semble que certaines tendances se soient confirmées.

Plutôt qu’une opposition inépuisable entre des camps clairement définis – Fatah, Hamas, FPLP, FDLP, PPP – de nouvelles alliances, fluctuantes et cycliques, se sont formées localement.

À Bnei Zayyad, ainsi qu’à Bethléem, une alliance entre le FPLP et le Hamas a permis de défier le Fatah pour le partage politique au sein du conseil municipal.

À Ramallah, un an plus tard, c’est une femme membre du FPLP qui a été élue à la tête de la municipalité grâce aux trois sièges du Hamas et des six du FPLP et mettant les six conseillers des FATAH en minorité.

Ces nouvelles alliances ont également pris forme sur le terrain de l’action militaire : les franges armées du FPLP (les Brigades Abou Ali Moustafa) opèrent régulièrement dans la bande de Gaza depuis 2001 aux côtés des Brigades Ezzedine al-Qassam (front armé du Hamas) et des Brigades al-Qods (Jihad islamique).

Enfin, certains éléments dissidents du Fatah structurés autour de la nébuleuse des Comités de résistance populaire (CPR) se sont récemment rapprochés de la direction « gazaoui » du Hamas : cette dernière, après sa victoire aux élections législatives de janvier 2006, a nommé l’un des principaux militants du CPR, Jamal Samhadana, un ancien militant d’Al Fatah, chef des nouveaux services de sécurité palestiniens formés par le gouvernement du Hamas ; À l’époque, il s’agissait de faire contrepoids, notamment dans la bande de Gaza, des forces de sécurité dirigées par Mohamed Dahlan, le chef d’al-Fatah qui collaborait ouvertement avec Israël.

Samhadana symbolisait la frange du Fatah qui s’était progressivement éloignée de la direction du parti et qui a confirmé son développement progressif, accéléré par la mort de YASSER ARAFAT le 11 novembre 2004.

Les affrontements entre le Fatah et le Hamas de ces dernières années correspondent à une divergence politique stratégique, à une différence dans la position à adopter vis-à-vis d’Israël et de la communauté internationale, et non à la position idéologique des croyants laïcs.

Et à l’heure où les deux grands partis – Fatah – Hamas privilégient un processus de guerre civile larvée avec leur confrontation fratricide, c’est le FPLP et le Jihad islamique palestinien – plutôt qu’une organisation de gauche et une organisation islamique – qui jouent habituellement le rôle d’intermédiaires.

Si le FPLP reste sceptique à l’égard du Hamas, c’est parce qu’il lui reproche de s’enfermer dans un face-à-face armé avec le Fatah, qui freine l’unité nationale palestinienne et menace de plonger les territoires palestiniens dans le chaos de l’ordre public.

Et une fois de plus, cette position est partagée par le FPLP avec le Jihad islamique, avec lequel il a pu manifester dans les rues de Gaza lors des événements de juin 2007.

L’islam politique connaît une phase accélérée de nationalisation et de régionalisation, tandis que les secteurs nés de la gauche et du nationalisme arabe, baasiste ou nassérien, qui se retrouvent en perte d’un modèle politique et d’un partenaire stratégique et en proie à une crise structurelle et militante, tentent peu à peu de redéfinir leurs modèles idéologiques et pratiques et se voient contraints de diversifier leur éventail d’alliances, favorisant ainsi leurs partenaires islamiques.

La gauche d’inspiration marxiste, les nationalismes arabes de différentes obédiences et, enfin, les secteurs centraux de l’islam politique semblent maintenant travailler en étroite collaboration.

Bien sûr, cela n’a pas toujours été le cas : les différents types de nationalisme arabe se sont distingués depuis plusieurs décennies par des politiques répressives face à des courants issus des Confréries musulmanes, notamment dans les cas de l’Égypte et de la Tunisie.

En Palestine, les groupes qui ont évolué pour devenir la nébuleuse des Frères musulmans et qui ont donné naissance au Mouvement de résistance islamique (HAMAS) en 1986, se sont à leur tour retournés contre les militants du FPLP et du PPP.

Le Dr Rabah Mahna, négociateur pour le Bureau politique du FPLP dans les discussions intra-palestiniennes, a été victime d’une tentative d’assassinat par des militants du Hamas en 1986.

Mais sa vision du mouvement islamique est déterminée par la réalité politique actuelle, et non par celle du passé : parlant du Hamas, il met l’accent sur ses points de progrès et de stagnation, et sur la manière dont les deux se combinent plus ou moins différemment selon la conjoncture politique :

  • « Nous constatons une certaine évolution au sein du Hamas. Depuis 1988, il s’est en effet transformé d’une organisation de type Frères musulmans en un mouvement islamique de libération nationale. Nous avons ensuite poussé le Hamas à intégrer l’OLP, pour nous assurer qu’il s’agissait d’un mouvement de libération au sein de l’OLP [...]
  • Nous ne faisons donc pas pression sur la HAMAS et nous le reconnaissons comme un courant de résistance, et accessoirement comme un gouvernement élu.
  • Mais au-delà de cela, nous ne voulons pas que le Hamas reste englué dans une vision idéologique fermée, du même type que celle des Frères musulmans : c’est pour cette raison que le monde et les forces arabes qui soutiennent la cause palestinienne, mais qui ne sont pas d’accord avec tout ou partie du programme du HAMAS, doivent nous aider à le sortir d’une vision qui est FERMÉE sur elle-même et à poursuivre son évolution.
  • Sinon, en s’isolant, il y a un risque qu’il régresse, qu’il retombe vers un mouvement fondamentaliste, comme avant 1988 » (p. 115)

Si dans le passé il y a eu des affrontements, les différents modes d’opposition entre nationalismes, islamismes et gauche radicale peuvent être historiquement relativisés à travers une série de passages dynamiques, déjà le sociologue communiste Maxime RODINSON rappelait qu’entre le nationalisme arabe, l’islam et le marxisme il y avait une affinité qui favorisait la circulation des idées et des pratiques » [...]

Si, dans les années 1980, l’islamisme récoltait les fruits des erreurs politiques et sociales du monde arabe, depuis 1991, il y a eu une plus grande interaction et une plus grande transversalité des dynamiques politiques. Le gauchisme, le nationalisme et l’islamisme sont maintenant dans un complexe de réélaboration idéologique et programmatique des intersections des problèmes face à un sentiment de défaite et d’impasse dans le monde arabe.

On le voit en Palestine : après les accords d’Oslo, en octobre 1993, « une ALLIANCE DES FORCES PALESTINIENNES » s’est formée, composée d’éléments qui avaient rompu avec le FATAH, mais surtout d’éléments du FPLP marxiste et du Hamas.

Depuis 2000, le rythme de la réconciliation politique entre le nationalisme, la gauche radicale et le nationalisme islamique s’est accéléré : dans le sillage de la deuxième Intifada et de l’intervention américaine en Irak, les convergences tactiques entre eux se sont accentuées. Celles-ci tournent autour de la question de l’occupation de la Palestine à l’Irak en passant par le Liban, et autour de la dénonciation conjointe des politiques américaine et israélienne.

C’est d’abord sur le terrain que les alliances se réalisent, sur le terrain pratique, pas sur le terrain théorique : au moment de la guerre de 33 jours entre le Liban et Israël, en 2006, le Parti communiste libanais a réactivé certains groupes armés dans le SUD du Liban dans la plaine de Baalbek et a combattu militairement aux côtés du Hezbollah sous le nom de Résistance libanaise.

La question est donc de savoir si l’accord tactique peut être transformé en un accord plus ou moins stratégique et s’il inclut une vision à long terme de la société, de l’État et des politiques économiques.

C’est là que la transformation du camp politique arabe semble être la plus profonde : de 2000 à 2006, une série d’accords politiques entre la gauche, les nationalistes et les islamistes s’est progressivement élargie à un ensemble de questions, totalement nouvelles par rapport aux cadres d’alliance des années 1980 et 1990.

Lorsque, dans les années 1990, les alliances entre la gauche, les nationalistes et les islamistes reposaient simplement sur la reconnaissance d’un ennemi commun – dans le cas d’Israël –, la coopération à long terme entre ces courants a finalement abouti à un élargissement du champ d’action politique, qui est passé de la question nationale à la question démocratique. et de la question démographique à la question de l’État, des institutions et des formes sociales à adopter.

*Cette recomposition politique n’est pas étrangère aux nouvelles dynamiques politiques mondiales qui s’opèrent, avec un mouvement altermondialiste consolidé dans le paysage politique et, surtout, avec l’apparition d’un pôle nationaliste de gauche en Amérique latine avec Hugo Chávez et Morales.

Un mouvement islamiste national comme le Hezbollah se réfère toujours au président vénézuélien, alors que son organisation et le PCL ont invité à Beyrouth du 16 au 20 novembre 2006, près de 400 délégués de la gauche mondiale et du mouvement anti-impérialiste, dans le scénario d’une conférence de solidarité avec la résistance et dont le communiqué final a posé trois points stratégiques :

  • · La question nationale
  • · La lutte contre l’emploi
  • · La défense des droits démocratiques et la protection des droits sociaux

Pour Ishad Jad, militante féministe palestinienne et chercheuse sur le mouvement des femmes en Palestine, il ne s’agit pas « d’opposer les femmes laïques aux femmes islamiques, mais de développer un discours féministe laïc et radical » en discutant et en travaillant avec les cadres féminins du mouvement islamique :

  • « Les islamistes admettaient que les femmes étaient persécutées et victimes de l’oppression sociale en posant la question non pas au niveau de la religion mais des traditions qu’il faut faire évoluer."

Selon eux, l’islam appelle les femmes à s’organiser pour libérer le pays, à les éduquer, à les organiser et à les politiser, à les rendre actives pour le développement de la société. Le fait que les femmes musulmanes n’essaient pas de construire leur discours politique en s’appuyant sur des textes religieux donne aux femmes laïques la possibilité d’influencer les opinions et les discours des islamistes, et d’éviter les blocages.

Cette interaction pratique entre la gauche arabe, le nationalisme et l’islamisme, bien que nouvelle et maintenant réalisée à la fois dans le syndicat et dans les associations électorales et militaires, n’en est qu’à ses balbutiements[…]

En Palestine, par exemple, les alliances entre le FPLP et le Hamas sont loin d’être approfondies, les deux organisations entretenant une certaine méfiance mutuelle.

Dans ce cas, le partenariat FPLP/Jihad islamique est également pleinement établi en ce qui concerne l’idéologie et la lutte pour l’oppression et la défense des opprimés que le Jihad islamique lui-même poursuit, contrairement au HAMAS, qui est considéré comme un parti plus à « droite ».

(…) CEPENDANT, IL FAUT GARDER À L’ESPRIT QUE SELON PLUSIEURS MEMBRES DU FPLP, L’ALLIANCE AVEC LE HAMAS RESTE STRATÉGIQUE ET LIÉE À LA RÉSISTANCE PALESTINIENNE ET À L’OCCUPATION, ALORS QUE SUR CERTAINES QUESTIONS ET DIVERGENCES « IDÉOLOGIQUES ET POLITIQUES » IL Y AURA DU TEMPS À DISCUTER APRÈS LA LIBÉRATION DE LA PALESTINE.

La libération elle-même est considérée par le Hamas comme l’unification de TOUS LES TERRITOIRES OCCUPÉS avec une islamisation de la société, au contraire le FPLP s’est toujours déclaré en faveur de la création de l’État démocratique laïc, sans aucune différence de discrimination de croyance ou de race.

Transcrit et traduit par le Bureau d’information Alba Granada North Africa. La totalité du livre à la fin de ce lien

https://albagranadanorthafrica.wordpress.com/2023/11/02/relation-entre-le-front-populaire-de-liberation-de-la-palestine-et-lislamisme-politique-palestinien-stefano-mauro/


Voir en ligne : https://albagranadanorthafrica.word...

   

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