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Des télévisions qui formatent l’opinion

dimanche 26 septembre 2021 par Francis Arzalier (ANC)

Il y a 50 ans, même si ses failles étaient perceptibles, l’URSS incarnait encore l’espoir d’émancipation de millions d’hommes et de femmes en tous les continents. Il était donc logique que les partisans de la " liberté d’entreprendre " et d’exploiter, lui vouent une haine tenace.

L’antisoviétisme était leur leitmotiv, l’anticommunisme leur carburant quotidien, depuis qu’en 1917 les Bolcheviks de Pétrograd avaient mis en chantier leur rêve millénaire, d’égalité entre les humains et les peuples, et de paix. Évidemment, et les plus anciens s’en souviennent, les "Médiatiques" les plus "anti-rouges" de 1947 à 1960 glissaient souvent de la diatribe antisoviétique au racisme anti-russe pur et simple.
Mais ce délire irrationnel avait au moins une explication, la peur de voir la puissante Armée Rouge pousser de Berlin à Paris, et imposer à la France le sort des pays vaincus de l’Europe de l’Est. Un phantasme certainement, mais l’URSS était bien la deuxième puissance mondiale, et ne cachait pas l’exemplarité de son modèle social.

Nous sommes en 2021, et l’Union Soviétique a disparu depuis 31 ans ! Â sa place, des pays qui ont rétabli le Capitalisme et la " liberté d’entreprendre" (et d’exploiter). C’est le cas notamment de l’immense Russie, livrée en fin de siècle aux oligarques, aux maffias et aux affairistes occidentaux par l’ivrogne Eltsine, mais qui a su retrouver un peu de fierté nationale, et redevenir une puissance à respecter grâce à Vladimir Poutine, ce dont la majorité du peuple russe lui sait gré.

Il y a quelques années, le parti " Russie Unie " et son chef Poutine lui-même obtenaient aux diverses élections des scores à faire saliver n’importe quel politicien français. Ce qui en faisait un régime représentatif, plus que celui de Macron en France, même si cela ne doit pas occulter que son économie est capitaliste, inégalitaire, et qu’elle joue volontiers des sentiments nationalistes et des nostalgies religieuses.
Rien donc de révolutionnaire dans cet État russe contemporain, mais l’instrument d’une puissance économique (le gaz naturel exporté jusqu’en France !), militaire et diplomatique redevenue de premier plan. Concurrente d’impérialismes agressifs, États-Unis et Union Européenne-Otan, elle s’oppose à leurs menées en Europe de l’est, Caucase, et Moyen-Orient.

 son profit, bien sûr, et non par idéal anti-impérialiste. La Russie d’aujourd’hui n’est pas l’URSS d’avant-hier, son aide militaire aux côtés de la Syrie contre les djihadistes commandités par l’Otan a d’abord pour but d’étendre ses zones d’influence économiques, politiques ou militaires. Il n’en reste pas moins que l’action russe a été bénéfique au Moyen-Orient, qu’elle a permis la survie de l’État national syrien, dont l’Impérialisme occidental avait programmé la destruction, comme ce fut le cas de ceux de la Lybie et de l’Irak.

On pouvait espérer qu’avec la fin de la " menace soviétique", les outrances anti-russes s’assagissent, que Poutine et la Russie soient décrits en France rationnellement, sans naïvetés superflues, mais comme un pays et un peuple normaux, avec leurs défauts, leurs qualités.

Après tout, la France de De Gaulle fut tout aussi nationaliste, tout autant personnalisée et plébiscitaire que la Russie de Poutine. C’était trop demander à la foule empressée des bavards de nos télévisions, dévoués à tous les pouvoirs, financiers et médiatiques, politiciens libéraux Macroniens et de l’Union Européenne, de l’OTAN et de la Maison Blanche.
Leur souci majeur n’est pas d’informer le public des faits, mais de l’imprégner de leur opinion sur les faits, celle du CAC40 et du MEDEF, celle des officines dépendant de l’Élysée et Matignon, de la Commission de Bruxelles, de Washington et des stratèges de l’OTAN.
Il n’est même plus besoin comme autrefois de les censurer ou de les abreuver de directives pour qu’ils s’alignent tous sur les dogmes libéraux. Ils ont été choisis pour tenir les écrans parce qu’ils les partagent, et souvent avec excès, notamment quand il s’agit de pays concurrents (Russie ou Chine) ou victimes (Syrie, Libye ou Iran) de l’Impérialisme occidental. Ils s’alignent d’emblée sur les leaders du Capitalisme mondial, qu’ils soient français, "Européens" ou nord-Américains.

On pourrait en multiplier les exemples, tenons-nous-en au plus récent, le traitement par nos médias des récentes élections législatives en Russie. Durant la période qui précédait le scrutin dans ce grand pays, toutes les chaînes françaises de télé, d’État ou privées, l’annonçaient sur le mode ironique, disant à l’avance que Poutine, dictateur avéré, allait s’arroger un nouveau triomphe, grâce à un simulacre de vote, aux résultats connus d’avance.
À partir de ce postulat, il devenait inutile de donner les résultats proclamés le 20 septembre au soir à Moscou. Seuls quelques-uns des journalistes-télé consentirent à en parler. Ce fut le cas du chroniqueur d’Arte Patrick Cohen, considéré comme l’un des plus capables du PAF (paysage audiovisuel français).

Sur le ton rigolard qui convient selon nos " élites " â ce qui concerne la Russie et les Russes, nous eûmes droit à une collection de bourrages d’urnes, vidéos filmées par des opposants ( ? ), " des procédés qu’on ne trouve plus guère dans le monde ". Comme si on ne l’avait jamais pratiqué en France. Il est vrai que dans notre " démocratie macronienne ", dans laquelle les résultats électoraux sont totalement pervertis par les découpages électoraux, le système présidentiel et "majoritaire", l’éradication des organisations politiques, et le matraquage médiatique, il n’est même plus nécessaire de " faire voter les morts" !

La France actuelle est tout de même un des États du Monde où 20 pour cent des votants se traduisent par 60 pour cent des députés du Président à l’Assemblée nationale ! Bien sûr, notre "expert" ne donne aucun chiffre du scrutin russe. Faisons le â sa place, avec l’aide de quelques quotidiens de presse écrite, encore un peu respectueux des faits, et un peu moins obnubilés par la haine anti-russe en usage à l’OTAN.

Premier constat : le parti gouvernemental Russie Unie frôle de peu les 50 pour cent des suffrages exprimés, ce qui est très au-dessus de son homologue français, et devrait, grâce au système majoritaire, lui permettre d’obtenir la majorité des sièges â l’Assemblée (la Douma).

Deuxième observation : la participation électorale a dégringolé à 48 pour cent des électeurs, un chiffre proche de celui de la France, ce qui implique un discrédit du régime qui rattrape celui de notre pays. D’autant que le nombre de votes Russie Unie est très inférieur aux scores triomphants d’il y a 10 ans, quand Poutine était fort du soutien populaire massif à la restauration de l’État national.

Depuis ces derniers mois, le mécontentement social s’est accru en Russie, contre des réformes « d’austérité », pénalisant les salariés, et d’inspiration libérale. Là encore, rien de vraiment différent de la situation française, même si c’est à un degré moindre.

Par contre, l’organisation qui devient l’opposant majeur à la Douma est un des Partis Communistes Russes, le KPRF, avec 19,61 pour cent des suffrages exprimés. Ce qui est, on en conviendra, très supérieur aux scores du PCF. Autre point majeur, les trois autres partis qui entreront à la Douma n’atteignent pas 8 pour cent, et celui d’extrême-droite plafonne à 7,48, soit la moitié moins que notre Rassemblement National.

Des chiffres qu’on peut discuter, l’État ne s’abstenant pas d’empêcher les candidatures de certains opposants. Mais il faut néanmoins la mauvaise foi d’un chroniqueur télé parisien pour leur refuser toute signification.

L’actualité récente a été marquée par un autre contentieux franco-russe. Alors que la France de Macron est en passe de retirer une bonne partie de ses troupes du Nord-Mali, sous la pression de l’opinion africaine, les nouveaux dirigeants militaires de ce malheureux pays s’apprêtent à faire appel pour les remplacer à des mercenaires russes (l’officine privée Wagner), ce qui constitue une cuisante humiliation pour l’armée française et son stratège Macron.

Curieusement, nos " experts " télévisés n’en disent rien. Il leur faudrait pour cela expliquer aux naïfs téléspectateurs que, contrairement aux assertions répétées du Président français et ses ministres, la présence des 5000 soldats sur-armés de la croisade anti djihadiste (Serval, puis Barkhane) au Mali durant plus de 7 ans s’est traduite par un échec total, une insécurité beaucoup plus grande pour les populations sahéliennes, des centaines de milliers de paysans déplacés au Burkina, Niger, Mali, etc.

Autre exemple révélateur de cette manipulation médiatique des faits, l’écho donné par les chroniqueurs (euses) à l’indignation affichée par le ministre français de La Défense, après la rupture du contrat d’achat de sous-marins français par les dirigeants " alliés" des USA et de l’Australie. Une forte mauvaise manière, évidemment, surtout néfaste pour l’emploi de quelques milliers de Français, et il fallait donc montrer par les médias qu’on n’y était pour rien â Matignon, et que nos dirigeants, pas contents du tout, allaient jusqu’à inaugurer une diplomatie nouvelle, en rappelant l’Ambassadeur de France à Washington.

Cela durant une journée, au terme de laquelle le monarque Macron téléphona, nous dit-on, à Biden, et l’ambassadeur retourne dans son bureau, et on nous assura que tout était revenu au beau fixe entre gentils alliés de l’OTAN...

Car Il est vrai que cette vision délibérément déformée de la Russie et des Russes dans le discours télévisuel n’est pas un cas unique. Tous les États considérés en ennemis par l’Impérialisme Occidental sont logés à la même enseigne, à commencer par la Chine et le peuple Chinois, dont la puissance croit, et qui est donc considéré comme une menace.

Mais le même sort est réservé aux pays-cibles de l’Occident, l’Iran des mollahs, la Syrie d’El Assad, le Venezuela de Maduro, etc…

Non que ces peuples et leurs leaders ne méritent aucune critique, mais seuls leurs défauts sont énumérés, et souvent transformés en crimes, en dépit de toute rationalité.

. 25/09/2021.

   

Messages

  • 1. Des télévisions qui formatent l’opinion
    27 septembre, 11:56 - par RICHARD PALAO


    D accord avec Francis, hélas il n y a pas que les médias aux ordres qui sont ànti russe ou anti chinois et contre tous les pays qui résistent à l impérialisme US : relire les communiqués de la CGT sur Hong Kong, la Syrie ou le Venezuela et les déclarations de ROUSSEL sur la Chine

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