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Yamal LNG : comment les intérêts de l’industrie pétrolière continuent à primer sur la sauvegarde du climat... et même sur les sanctions commerciales

mardi 3 avril 2018 par Olivier Petitjean pour l’Observatoire des Multinationales

Le complexe Yamal LNG, dédié à l’exploitation des vastes gisements de gaz du grand nord russe, a réussi à voir le jour malgré les difficultés techniques et surtout malgré les sanctions commerciales imposées suite à la crise ukrainienne. Ceci grâce à un soutien massif des autorités russes, aidées par la Chine mais aussi... par l’État français, via Bpifrance. Ou comment le grand jeu pétrolier et les intérêts des multinationales continuent à guider la diplomatie. Troisième et dernier volet de notre série d’article autour du projet gazier emblématique de Total.

Inauguré en décembre 2017 dans le Grand nord russe, le gigantesque complexe gazier Yamal LNG est volontiers présenté par ses promoteurs sur le mode de l’exploit technique. Une entreprise « prométhéenne », selon les termes de Jean-Pierre Chevènement. Bombardé « représentant spécial de la France en Russie » par François Hollande et maintenu à ce poste par Emmanuel Macron, celui-ci était présent à l’inauguration officielle du site industriel par Vladimir Poutine, aux côtés de l’ambassadrice de France Sylvie Bermann et des PDG de Total et de Vinci Construction.

Yamal LNG, c’est surtout en effet un investissement stratégique majeur pour de de grandes multinationales hexagonales alliées à Novatek, l’entreprise russe en charge du projet. C’est aussi un symbole des liens à la fois économiques et politiques noués par une partie des cercles d’affaires et de la droite française avec l’oligarchie russe (lire les deux premiers volets de cette enquête ici et là). Et c’est enfin un choix politique : celui d’ouvrir, malgré l’Accord de Paris, une nouvelle frontière d’exploitation des hydrocarbures dans l’Arctique. Le tout – comme nous le verrons - avec le soutien discret, mais décisif, de l’État français.
« Nouveau Qatar » au-delà du cercle arctique

Extraire du gaz dans la péninsule de Yamal, une région isolée où les conditions sont extrêmes avec des températures descendant à -50°C, puis le transporter vers les marchés européens et asiatiques, a effectivement tout de la gageure. Les cuves destinées à stocker le gaz ont été construites par Vinci sur des pilotis dotés d’un système de régulation des températures, pour gérer les variations d’épaisseur du pergélisol (permafrost en anglais).

Alors que la construction d’un nouveau gazoduc géant avait un temps été envisagée, le gaz sera finalement commercialisé sous forme liquéfiée, transporté par une quinzaine de bateaux méthaniers brise-glaces, une première mondiale. Trois brise-glaces nucléaires ont en outre été construits par la Russie pour assurer en permanence l’accessibilité des ports méthaniers et la navigabilité des eaux arctiques pour les livraisons d’hydrocarbures.

Du point de vue du Kremlin, le jeu en vaut la chandelle, puisqu’il permet à la fois d’affirmer la puissance russe dans l’Arctique, et d’ouvrir la péninsule de Yamal et ses vastes réserves de gaz à l’exploitation industrielle, avec pour objectif affiché d’en faire un « nouveau Qatar ». Le gisement lié au projet Yamal LNG – qui vient s’ajouter à un autre gisement encore plus important appartenant à Gazprom – recèlerait près de 500 milliards de mètres cubes de gaz, et produirait chaque année l’équivalent des deux tiers de la consommation française, soit environ 26 milliards de mètres cubes.

Et ce n’est que le début. Novatek est déjà en train de lancer un second projet similaire à Yamal LNG, baptisé « Arctic 2 ». À terme, une grande partie de la péninsule pourrait se couvrir de plateformes de forage, de gazoducs et de terminaux méthaniers. Un développement industriel rendu plus facile par le réchauffement des températures globales, et qui contribuera en retour à accélérer ce réchauffement [1].

Une région sacrifiée au changement climatique

À un moment où le débat faisait rage sur les projets de Shell dans l’océan Arctique (aujourd’hui abandonnés), le PDG de Total Christophe de Margerie s’était démarqué en prenant position publiquement contre l’exploitation du pétrole dans la région polaire... mais principalement pour des raisons de réputation. « Du pétrole sur le Groenland, ce serait un désastre. Une fuite causerait trop de dommages à l’image de la compagnie », avait-il déclaré en 2012 au Financial Times. Ce qui n’a pas empêché Total d’acheter massivement pour ses raffineries françaises du pétrole extrait en Arctique par Gazprom.

Si leurs risques pour l’environnement sont clairement moins spectaculaires que ne le serait une marée noire, les développements gaziers dans la péninsule de Yamal sont-il exempts de dangers ? Cette partie du Grand nord russe est essentiellement peuplée d’autochtones Nenets, éleveurs nomades de rennes. C’est aussi une région fragile qui subit déjà de plein fouet les conséquences du réchauffement des températures.

De gigantesques cratères ont commencé à se former dans la toundra ces dernières années, que nombre d’experts expliquent par des explosions de méthane ou d’autres gaz liées à la fonte du pergélisol. La multiplication de ces phénomènes crée d’ailleurs un risque pour les installations gazières, et les entreprises concernées ont dépêché des équipes de scientifiques. (Certains des habitants traditionnels de la région semblent d’ailleurs établir un lien direct entre ces explosions et les développements gaziers, du fait de la proximité géographique entre les cratères et les sites d’extraction.)

En plus de dégager du méthane et du dioxyde de carbone qui accroissent encore l’effet de serre, la fonte du pergélisol a aussi provoqué une recrudescence de la bactérie anthrax, qui avait disparu de la région depuis les années 1940. Libérée par le dégel, la bactérie a contaminé des milliers de rennes en 2016. Plusieurs dizaines de personnes ont été hospitalisées et un enfant de 12 ans est mort. Le gouverneur a décrété l’abattage d’au moins 100 000 rennes pour contenir la propagation de la maladie – ce que certains éleveurs Nenets ont dénoncé comme une mesure surtout motivée par les intérêts de l’industrie gazière [2].

On constate en effet déjà dans la péninsule une concurrence accrue pour l’accès à la terre. Les forages fragilisent le sol et les zones de pâturage, tandis que les gazoducs qui sillonnent la région gênent les migrations saisonnières des rennes et des éleveurs qui les suivent avec leurs tentes [3].

Selon un rapport réalisé pour le compte d’une ONG allemande, l’arrivée de l’industrie gazière menace la mobilité et donc la capacité d’adaptation des Nenets, conditions mêmes de leur survie dans cet environnement extrême en pleine mutation. Elle a aussi intensifié la compétition entre éleveurs pour accéder à des zones de pâturage de plus en plus réduites. D’un autre côté, les opérations de dragage qui ont accompagné la construction des ports méthaniers ont entraîné une chute des populations de poissons, réduisant d’autant la source d’alimentation alternative traditionnelle des Nenets.

Lire la suite de l’article Ici.


Voir en ligne : http://multinationales.org/Yamal-LN...


[1Le réchauffement des températures est plus marqué dans les zones polaires que dans les latitudes basses. Sur ce point et sur l’ouverture de l’Arctique aux appétits industriels et géopolitiques, lire nos enquêtes Entre réchauffement et projets industriels, l’Arctique en mutation forcée et Ruée sur les ressources du Grand Nord.

   

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