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Capitole de Washington : Remarques sur les médias du 12 janvier

jeudi 14 janvier 2021 par Philippe Arnaud

Les remarques ci-après se rattachent à l’invasion du Capitole de Washington, le 6 janvier, par les partisans de Donald Trump. Cet épisode m’amène à dresser un parallèle sur les répercussions, à deux époques différentes, aux deux extrémités de l’échiquier politique français, d’événements de politique internationale.
Mais d’abord, un retour en arrière.

A l’époque du bloc soviétique, entre 1947 et 1991, la société française était fortement clivée entre communistes (et pro-soviétiques) et anti-communistes (et donc anti-soviétiques).

Comme le P.C., depuis sa création en 1920, était structurellement lié à l’URSS, tout ce qui touchait à ce pays (et aux régimes de même nature) avait un impact sur lui : autant les succès de l’URSS (victoire sur l’Allemagne nazie, mise en orbite de Spoutnik 1, vol de Gagarine, médailles aux Jeux olympiques...) contribuaient à son audience et à son influence, autant les interventions extérieures soviétiques (répression de la révolte hongroise en 1956, répression du Printemps de Prague en 1968, invasion de l’Afghanistan en 1979, état de siège en Pologne en 1981, chute du Mur de Berlin en 1989...), contribuaient à son discrédit, à son isolement et à son amenuisement.

Aussi, à chacune de ces interventions, les médias guettaient-ils, avec une délectation perverse, la réaction du P.C. En effet, ils subodoraient que cette réaction serait au minimum en décalage avec celle de l’opinion majoritaire, au maximum qu’elle la prendrait à rebrousse-poil : soit le P.C. approuverait l’événement que les autres partis condamnaient avec véhémence, soit il le condamnerait, mais avec tant de circonlocutions, tant de réticence, tant de cautèle que cela vaudrait approbation.

En tout état de cause, cela ne ferait qu’élargir le fossé entre l’opinion des communistes et l’opinion du reste du pays. Et, bien entendu, les médias - et le personnel politique - escomptaient que cela discréditerait le P.C. et contribuerait à son érosion...

En 2021, le P.C. a disparu en tant que parti de masse, et ce que l’on a vu apparaître, de façon symétrique, de l’autre côté de l’échiquier politique, c’est le F. N. (ou R. N.). Je dis symétrique, aussi bien pour le poids électoral et l’influence (au moins jusqu’à la fin des années 1970 pour le P.C.) que pour l’écart, dans les idées et les conceptions du monde - surtout du point de vue sociétal - avec le reste de l’opinion publique, y compris à l’intérieur des grandes tendances politiques auxquelles se rattachent ces partis : la gauche pour le P.C. et la droite pour le R.N.
Aujourd’hui, une large partie de l’opinion est anti-R.N. comme, naguère, une autre partie était anticommuniste.

1. Quel peut être l’équivalent idéologique et symbolique, pour le R.N., de ce que fut l’URSS pour le P.C. ?
Avant guerre, les Ligues de droite (Camelots du Roi, Action française, Croix de feu, Jeunesses patriotes...) admiraient l’Italie de Mussolini, l’Autriche de Dollfuss, la Hongrie de Horthy, l’Espagne de Franco, et, peut-être moins fréquemment qu’on ne le croit, l’Allemagne de Hitler (sans doute en raison des deux guerres franco-allemandes de 1870-1871 et de 1914-1918).

Mais après 1945 ? D’abord les partis d’extrême-droite disparurent du paysage français, au moins jusqu’aux années 1970, et leurs "modèles" extérieurs ne furent ni très "sexy", ni très prestigieux : l’Espagne de Franco, l’Argentine de Peron, le Portugal de Salazar, la Grèce des colonels, le Chili de Pinochet, l’Argentine de Videla...

2. Le seul pays, le seul "modèle", le seul homme qui fasse le poids et, par son influence, par son "aura", représente pour l’extrême-droite le pendant de ce que fut l’URSS pour les communistes, ce sont les États-Unis de Donald Trump, mais seulement depuis 2016. Trump, en effet, incarne (défend, promeut, exalte) tous les idéaux de l’extrême-droite : nationalisme, hostilité aux organisations internationales, fermeture des frontières, xénophobie, racisme, islamophobie.

Mais il incarne aussi le rejet viscéral des évolutions sociétales des années 1960 : sur les femmes, la contraception, l’IVG, l’homosexualité, la peine de mort, l’acceptation des cultures étrangères, la déchristianisation, la contestation de l’autorité, l’écologie...

3. La première symétrie que l’on peut constater, entre le P.C. et le R.N., c’est l’éloignement, voire la divergence ou l’hostilité avec les partis proches de leur camp : la SFIO (puis le P.S.) pour le P.C., la droite classique (RPR, UMP, LR) pour le R.N. et les médias correspondants.

Par exemple, à gauche, Le Monde et Le Nouvel Observateur (aujourd’hui L’Obs) étaient assez hostiles au P.C. (et aujourd’hui à La France Insoumise).
De même, à droite, des journaux comme Le Figaro et Le Point (dont le lectorat recouvre pour partie L.R. et l’U.D.I., peut-être aussi le R.N.) ont traité avec sévérité, depuis le 7 novembre, du refus de Donald Trump de reconnaître sa défaite, et de ses interminables - et vaines - procédures devant les tribunaux pour faire annuler l’élection.

4. On peut peut-être expliquer cela par le fait que Le Figaro et Le Point représentent les intérêts des classes supérieures, des grandes entreprises, des établissements financiers et qu’ils ont la conviction (au demeurant justifiée) que Joseph Biden ne s’en prendra ni aux milliardaires, ni au "Big Business", ni aux GAFAM (qui l’ont bien aidé, notamment par leur engagement contre Trump).

Les grandes entreprises et les riches n’ont pas besoin d’un Trump (même s’il a pris des mesures en leur faveur) : au contraire, l’antipathie qu’il suscite est susceptible de générer le rejet de mesures ultralibérales.
C’est peut-être la même chose qui s’est passé avec François Fillon : sa proximité trop grande avec les catholiques traditionalistes de Sens commun risquait de fédérer et de grossir des mécontentements qui s’en seraient vite pris à des mesures économiques et sociales favorables aux riches et aux entreprises et néfastes aux classes moyennes et populaires.

5. Le Figaro a même titré sévèrement l’invasion du Capitole par les partisans de Trump : "Le Capitole fait l’inventaire des dégâts après l’invasion des partisans de Trump", "Arnold Scharzenegger compare l’invasion du Capitole à la Nuit de cristal des nazis".

En revanche, les lecteurs du Figaro sont plus partagés : sur les quelque 500 réactions, certains lecteurs semblent être aussi trumpistes que les électeurs de Trump. D’autres traitent durement le président et, par raccroc, s’en prennent aussi à Eric Zemmour.
De même Le Point a-t-il rendu compte sans ménagement de l’invasion du Capitole, mais, là aussi, ses lecteurs sont partagés. Et ce qui est surprenant, ce n’est pas que, comme pour Le Figaro, les lecteurs soient pour Trump, c’est qu’une partie d’entre eux, à l’inverse de ce qu’on imaginerait, soient contre lui.

6. De même France Inter, France Info, L’Opinion, avaient signalé que, seul de tous les grands partis français, le R.N. avait envoyé une délégation suivre les derniers jours de la campagne au Q.G. électoral de Trump ainsi que l’élection du 3 novembre.
Et Challenges, le 14 novembre, avait noté que le R.N. suivait Trump dans le déni de sa défaite, en reprenant ses allégations complotistes de fraude organisée par les Démocrates.

Et, après l’invasion du Capitole, le 6 janvier, L’Express a signalé que si Marine Le Pen avait condamné l’invasion du Capitole par les trumpistes (en y mettant certes des bémols), des élus et des cadres de son parti, en revanche, avaient trouvé toutes les excuses aux émeutiers (quitte à imaginer que l’intrusion avait été le fait d’un fantasmatique complot des Démocrates, des Antifas et des Black Lives Matter).

7. Ces mises en exergue sont au demeurant rares et peu systématiques. Il me souvient, en revanche, qu’en août 1968, le P.C.F. avait exprimé sa "réprobation", puis sa "désapprobation" de l’intervention soviétique. Ces termes étaient si prudents, si mesurés qu’ils avaient suscité un dessin de Jacques Faizant dans Le Figaro. On y voyait une Marianne (censée représenter la France) s’adressant à Waldeck Rochet, alors secrétaire général du P.C. en lui disant : "Réprobation", "Désapprobation" : voulez-vous des termes plus énergiques ?" et elle lui tendait un dossier où on lisait : "Articles de L’Humanité sur l’intervention américaine au Vietnam". [Ma citation est approximative, car elle remonte à un unique souvenir de cette époque, dans le journal auquel était abonné mon grand-oncle].

8. De même, me semble-t-il, la télévision avait donné plus de retentissement, le 11 janvier 1980, à l’intervention de Georges Marchais justifiant (depuis Moscou !) l’intervention soviétique en Afghanistan, qui s’était produite quelques jours auparavant, à la fin décembre 1979. Peut-être Georges Marchais ne s’était-il pas rendu compte de l’effet produit par ses propos. Toujours est-il que j’avais eu l’impression, à cette époque, que les journalistes, presque à dessein, l’avaient laissé s’enferrer.

9. Une parenté entre les deux partis que sont le P.C. et le R.N. si dissemblables, si opposés (opposés l’un à l’autre et opposés au reste de la société) est que, plus on les attaque, plus leurs opinions se renforcent : plus on attaquait l’URSS, plus les communistes renchérissaient dans les dithyrambes sur le pays et son régime. Plus on attaque Trump, plus ses sympathisants renchérissent dans son adulation. Il n’est que de voir les sites d’extrême-droite comme Riposte Laïque, Dreuz, Média-Presse-Info, Présent, Rivarol : depuis le 7 novembre, l’actuel président y est présenté comme une victime innocente, un martyr, presque un Christ expirant...

Plus s’effondraient, l’un après l’autre, les espoirs qu’ils nourrissaient dans les recours judiciaires, plus enflaient leurs délires : comme un automobiliste qui s’engage à contresens sur l’autoroute et se figure que les autres conducteurs se sont trompés, les sympathisants d’extrême-droite se sont "trumpés", jusqu’à imaginer que le Capitole avait été envahi par des Antifas et des Black Lives Matter infiltrés parmi les partisans de Trump ou que, in extremis, Donald Trump allait proclamer la loi martiale et envoyer à la chaise électrique les cadres et élus du Parti démocrate, ainsi qu’un certain nombre de "traîtres" du Parti républicain.

10. Dernier point, mais non le moindre. Ceci est une mise en parallèle (et ce n’est pas une comparaison) : je ne renvoie surtout pas dos à dos le P.C. et le R.N. Je ne les renvoie ni pour leurs idées, ni pour leur philosophie, ni pour leurs programmes, ni pour leur action au sein de la société française.

   

Messages

  • 1. Capitole de Washington : Remarques sur les médias du 12 janvier
    14 janvier, 16:50 - par RICHARD PALAO


    L erreur essentielle commise par le PCF c’est le renoncement au marxisme car si à chaque position prise par l URSS il en avait fait une analyse marxiste celà lui aurait éviter de soutenir l’insoutenable ou de s’ en éloigner à tort avec par exemple son adhésion à l’eurocomunisme aux cotés de partis qui avaient abandonné le communisme et s’ étaient convertis en socio-démocrates adeptes de l antisoviétime

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