Association Nationale des Communistes

Forum Communiste pour favoriser le débat...

Accueil |  Qui sommes-nous ? |  Rubriques |  Thèmes |  Cercle Manouchian : Université populaire |  Agenda |  Adhésion

Accueil > Société, Culture, Environnement > Pouvoir chercher et communiquer sans être menacé

Pouvoir chercher et communiquer sans être menacé

Un pavé dans la mare ?

lundi 22 février 2021 par JP

Nous vous proposons un texte de chercheurs en sociologie qui défendent leur droit à présenter leurs hypothèses de recherche, de les promouvoir et d’essayer de les démontrer. En l’occurrance, il s’agit de l’ouvrage Race et sciences sociales de deux chercheurs, dont les travaux, sans nécessairement faire l’unanimité, sont respectés par tous, l’un historien (Gérard Noiriel), l’autre sociologue (Stéphane Beaud). Pour avoir dénoncé la primeur de la race comme prisme de lecture au détriment de la position sociale (sans parler de classes antagonistes), ces deux auteurs ont été pulvérisés par toute la bien pensance petite bourgeoise agrémentée des racialistes sur les réseaux sociaux.(BB)
Ces auteurs ont raison ou tort mais ils ont le droit de présenter leurs hypothèses, de les promouvoir et d’essayer de les démontrer. Il n’y a pas à stigmatiser là où il doit y avoir un débat rationnel . Il y va de l’autonomie du savoir, de la recherche et de la science qui avance par principe par débats contradictoires. Donc la bienpensance n’y a pas sa place.(BD)

Le 5 février dernier sortait l’ouvrage Race et sciences sociales de deux chercheurs, dont les travaux, sans nécessairement faire l’unanimité, sont respectés par tous, l’un historien (Gérard Noiriel), l’autre sociologue (Stéphane Beaud), Il s’agit, dans ce livre de mettre en évidence l’apport des sciences sociales sur les questions de la « race » et du racisme qui se trouvent aujourd’hui au cœur du débat public. Les auteurs se sont efforcés, en effet, de mettre à distance les querelles « identitaires », en mobilisant enquêtes historiques et sociologiques. On aurait pu croire que cette démarche, qui relève du réflexe professionnel, recueillerait un large soutien de la communauté des chercheurs. Or, force est de constater qu’à quelques exceptions près, le renfort se fait attendre, laissant Beaud et Noiriel seuls au front de la défense de l’autonomie et de la raison d’être des sciences sociales. Sans doute peut-on le comprendre dans une conjoncture où les adversaires théoriques de Beaud et Noiriel sont la cible de la ministre de l’Enseignement supérieur. C’est justement une bonne occasion d’appeler à un débat scientifique argumenté qui ne saurait se réduire aux invectives, aux insultes et, a fortiori, aux interdictions professionnelles. Or Beaud et Noiriel ont subi ce que l’on appelle dans le langage des réseaux (si peu) sociaux une « shit storm », un torrent de boue qu’ont renforcé quelques recensions médiatiques fielleuses. L’« affaire Beaud et Noiriel » est exemplaire de la dégradation de la qualité du débat public et c’est en cela qu’elle nous interpelle, quoi que l’on puisse penser par ailleurs de leur ouvrage.

Les libertés académiques sont menacées par la Ministre mais elles le sont aussi autrement. Beaucoup de chercheurs, a fortiori lorsqu’ils sont précaires, ont désormais peur de s’exprimer dans un débat où l’intensité de l’engagement se mesure à la véhémence de la critique et où l’attaque ad hominem tient lieu d’argument. Le manichéisme moral invite à ce genre de dérives : le « camp d’en face » et même celui d’à côté seraient, « par nature », mauvais. L’empire de l’émotion indignée rencontre les intérêts de nombreuses entreprises de presse qui font de l’audience avec ce type de polémiques. Un tribunal médiatique siège en permanence, où les procès à charge remplacent les débats d’idées. Dans cet état du débat scientifique, les chercheurs qui ont le courage d’aborder des questions polémiques afin d’instiller, en intellectuels, davantage de réflexivité dans le débat public, sont voués à rencontrer le silence ou les insultes. Une chape de plomb s’abat alors sur un « débat » de plus en plus hermétique aux apports des sciences sociales tandis que les réseaux sociaux y font régner les rapports de force.

Nous déplorons ces inquiétantes dérives qui voient la morale, l’émotion, l’attaque personnelle remplacer la réflexion, l’argumentation, l’intelligence collective. Il est urgent de garantir pour tous les chercheurs, quelles que soient leurs orientations, l’autonomie de la recherche et l’expression libre des idées sans risquer les invectives et les menaces gouvernementales et/ou le lynchage médiatique, en mettant en place les moyens politiques et juridiques de leur protection. Sinon, nombre d’entre eux privilégieront le repli dans leur « tour d’ivoire ». Les chercheurs ont aussi leur part à prendre dans l’assainissement du débat public en étant exigeant du point de vue de l’éthique de la discussion et en ne participant pas aux campagnes publiques contre tel ou tel de leurs collègues. Lorsque le débat s’envenime, leur devoir de savant et d’intellectuel est d’appeler au calme.

Premiers signataires

Ilsen About, sociologue, chargé de recherche au CNRS
Françoise Acker, sociologue, Pratiques. Les Cahiers de la médecine utopique
Anne-Marie Arborio, sociologue, maître conférence à l’université Aix-Marseille
Ludivine Balland, sociologue, maître de conférence, Université de Nantes
Isabelle Barbéris, Maître de conférences HDR en arts de la scène, Université Paris Diderot
Christian Baudelot, sociologue, professeur émérite, École normale supérieure
Stéphane Bonnéry, professeur en sciences de l’éducation, Université Paris 8
Pascale Bourret, sociologue
Sylvaine Bulle, professeure de sociologie, Paris-Diderot
Raphaël Briot, MCU-PH de Thérapeutique, Grenoble.
Marie Cartier, enseignante-chercheuse en sociologie
Patrick Chemla, psychiatre et psychanalyste, Centre Antonin Artaud, Reims
Alain Chenu, sociologue, Professeur émérite des universités
Jacques Commaille, sociologue, professeur émérite à l’ENS Paris-Saclay
Martine Court, sociologue, enseignante-chercheure, université Clermont Auvergne
Alain Croix, historien, professeur émérite des Universités
Eric Darras, professeur des universités en science politique, IEP Toulouse
Jean-Pascal Devailly, praticien hospitalier en médecine physique et de réadaptation
Pierre Dockès, historien, professeur honoraire, Université Lyon 2
Brigitte Dormont, professeure d’économie, Paris Dauphine.
Arnaud de Morgny, juriste en droit public, Coordinateur Gauche républicaine et socialiste (GRS) Idf
Olivier Dazel, acoustique, Le Mans Université
Marie-José Del Volgo, praticien hospitalier-maître de conférence (HDR) à Aix Marseille Université
Stéphane Dorin, sociologue, professeur à l’Université de Limoges
Vincent Dubois, professeur de sociologie et science politique à Sciences Po Strasbourg
Patrick Dubreil, médecin généraliste, chercheur en santé au travail
Jean-Numa Ducange, Professeur d’histoire contemporaine, Université de Rouen
Frédéric Faravel, conseiller municipal et communautaire Gauche Républicaine et Socialiste (GRS) de Bezons (95)
Sylvia Faure, enseignante-chercheuse en sociologie
Nathalie Ferrand-Lefranc, chirurgien-dentiste
Pierre Fournier, sociologue, professeur à l’université d’Aix-Marseille
Jean-Robert Franco, artiste peintre
Florence Gherchanoc, historienne, professeur des universités de Paris
Riva Gherchanoc, présidente de « Combat laïque-Combat social, fédérer le peuple »(Clcs-flp)
Yves Gingras, sociologue, université du Québec à Montréal
Delphine Glachant, psychiatre des hôpitaux
Claudine Granthomme, membre du CA de « Combat laïque-combat social, fédérer le peuple »(Clcs-flp)
Michel Koebel, professeur en sociologie à l’université de Strasbourg
Jean-Louis Fabiani, sociologue, directeur d’études à l’EHESS retraité
Isabelle Georges, sociologue, IRD
Dominique Glasman, Professeur émérite en sociologie, université de Savoie
Roland Gori, psychanalyste, professeur honoraire de psychopathologie à Aix-Marseille Université
Henri Eckert, professeur de sociologie, université de Poitiers
Laurent Heyer, médecin et praticien hospitalier
Sylvia Faure, enseignante-chercheuse en sociologie
Eric Jamet, éditeur
Smaïn Laacher, professeur de sociologie, université de Strasbourg
Michel Laval, militant écologiste à Joinville (94)
Catherine Leclerc, sociologue, Université de Poitiers
Patrice Leguerinais, militant associatif
Liêm-Khê Luguern, historienne, professeur d’Histoire-Géographie, EHESS et Institut Convergences Migrations
Gérard Mauger, sociologue, directeur de recherche émérite, CNRS
Jean-Philippe Melchior, sociologue, Le Mans Université
Pierre Merle, professeur de sociologie, Université de Bretagne Occidentale
Sylvie Monchatre, Sociologue, Responsable du parcours de master Inégalités Discriminations, Université Lumière
Francine Muel-Dreyfus, sociologue, directrice d’études retraitée à l’EHESS
Laurent Mucchielli, directeur de recherche au CNRS
Erik Neveu, professeur de science politique à Sciences Po Rennes
Frédéric Neyrat, professeur de sociologie à l’université de Rouen
Bruno Pequignot, sociologue, professeur émérite des Universités
Anne Perraut-Soliveres, praticienne-chercheure
Michel Pialoux, sociologue
Pratiques. Les Cahiers de la Médecine utopique
Frédéric Pierru, chercheur en sciences humaines, CNRS
Louis Pinto, sociologue, directeur de recherche CNRS
Jean-Noël Retière, Professeur émérite de sociologie, Université de Nantes
Jacques Rigaudiat, économiste
Jean-Yves Rochex, Professeur émérite, Université Paris 8
Stéphanie Roza, chercheuse en sciences humaines, CNRS
Jean Scheffer, cardiologue, militant associatif
Dominique Schnapper, directrice d’études à l’EHESS
Evelyne Sire-Marin, magistrat, militante associative
Pierre-Emmanuel Sorignet, enseignant-chercheur en sociologie
Danielle Soury, professeure agrégée de sciences économiques et sociales
Frédérick Stambach, Médecin généralise rural à Ambazac
Bernard Teper co-animateur du Réseau Éducation Populaire (Rep)
Laure Teulières, Maîtresse de conférences, Université de Toulouse
Irène Théry, sociologue, directrice d’Études à l’EHESS
André Tiran, historien, professeur émérite de sciences économiques Université Lyon 2, laboratoire Triangle CNRS
Bruno Tinel, économiste, MCF HDR, Université Paris 1
Annie Topalov, psychanalyste
Christian Topalov, sociologue, directeur de recherche émérite EHESS
Richard Torrielli, médecin, ancien PH des hôpitaux
Julien Vernaudon, médecin hospitalier, Lyon
Monique Vézinet, journal Respublica
Jean Vignes, militant associatif

Des mêmes auteurs lire aussi : Impasses des politiques identitaireshttps://www.monde-diplomatique.fr/2...

   

Un message, un commentaire ?

Forum sur abonnement

Pour participer à ce forum, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d’indiquer ci-dessous l’identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n’êtes pas enregistré, vous devez vous inscrire.

Connexions’inscriremot de passe oublié ?