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Le "plafond de verre" n’existe pas. Pas plus en France qu’au brésil. L’élection présidentielle et l’esprit de la commune

jeudi 18 mars 2021 par Francis Arzalier (ANC)

"Divine surprise", c’est en ces termes que les Fascistes de France se sont réjouis en 1940 de l’accession au pouvoir du Maréchal Pétain et ses amis d’extrême-droite, grâce à l’invasion allemande et au désarroi d’un peuple abasourdi. L’extrême-droite vaincue par le mouvement Ouvrier en 1936 n’en revenait pas de voir l’Assemblée Nationale élue 4 ans auparavant sur la base du Front Populaire confier le 10 juillet 40 les pleins pouvoirs au vieux Maréchal Maurrassien, avec l’assentiment majoritaire d’une Nation affolée.

La surprise fut aussi grande au Brésil en 2018, quand l’obscur parlementaire d’extrême-droite Bolsonaro fut élu largement président au suffrage universel, alors qu’il n’était connu jusque-là que pour ses nostalgies de la dictature, ses déclarations misogynes, homophobes et racistes. Elle fut d’autant plus grande dans le monde entier que le Brésil avait incarné depuis quelques années, sous la direction du Parti des Travailleurs de Lula, la Gauche latino-américaine, jalousée par les militants européens, en pleine débandade devant le raz de marée ultra-libéral. Le PT pouvait effectivement afficher un bilan très positif.

Entre 2004 et 2010, trente millions de Brésiliens étaient sortis de la pauvreté, et une partie d’entre eux avaient rejoint les "classes moyennes" et leur confort quotidien. Le taux de chômage avait décru jusqu’à 5 %. Cela grâce à la redistribution prioritaire aux plus démunis des fruits d’une croissance annuelle dépassant 7,5 % en 2011, grâce essentiellement aux prix mondiaux élevés des matières premières exportées. Une réussite économique et sociale tellement évidente qu’elle entraîna parfois une euphorie naïve chez certains militants d’Europe, prêts à clamer les vertus du " nouveau socialisme latino " et de ses leaders " révolutionnaires ", dont Lula.

Ce qui était aller un peu vite en occultant les " côtés sombres " de la " vague de gauche " d’Amérique latine, et ses fragilités, qui ont explosées en échecs et dérives les années suivantes.
Notamment au Brésil ou le Pouvoir de Lula et du PT s’était d’emblée caractérisé par un opportunisme sans principe, nouant une coalition électorale hétéroclite avec y compris des partis de Droite ou ceux, nombreux, de "gauche" libérale.

D’autant que Lula, syndicaliste devenu Chef de l’État par la grâce des élections présidentielles, avait un prestige très personnel : il suffira à des magistrats soumis à la Droite de lui interdire d’être à nouveau candidat en 2018 pour que Haddad, le candidat désigné par le Parti des Travailleurs soit largement battu.

Rien d’étonnant à ce discrédit des partis, y compris du PT : en quelques années, la corruption des responsables nationaux, locaux, s’était d’autant plus répandue à tous les niveaux que l’euphorie économique la favorisait. Beaucoup de politiciens du PT n’étaient pas plus corrompus que les politiciens de la Droite qui les accusaient de tous les maux, mais ils l’étaient suffisamment pour se discréditer auprès des moins favorisés qui avaient mis leurs espoirs en eux.

La chute du prix des matières premières, organisée des 2013 par les "marchés mondiaux" soumis à l’impérialisme, a asséché les revenus de l’État brésilien, fait dégringoler la croissance a moins 1 % en 2015, et grimper le chômage a plus de 11 %. Des millions de citoyens Brésiliens, qui avaient cru accéder aux "classes moyennes", ont eu le sentiment de rechuter dans la pauvreté. Ils étaient souvent des soutiens de Lula, et se sont retrouvés en colère, en quête de coupables, ou de boucs émissaires.
Parallèlement, la criminalité explosait à Rio, atteignant des sommets mondiaux.

Face à cette crise à la fois économique, sociale et politique, et plus encore morale (exaspération justifiée contre la corruption, la criminalité), Bolsonaro, longtemps jugé outrancier et ridicule, ne semblait en rien capable d’apporter des réponses. C’est pourtant lui qui a été élu Président en 2018, face au discrédit des politiciens et une abstention populaire massive. Cela par une opinion révulsée par l’attitude des politiciens, dans un rejet moral récupéré par les mouvements Évangélistes, et les militaires et policiers d’extrême-droite.

Et depuis, ce grand pays qu’est le Brésil subit un retour des mesures sociales les plus régressives et une brutalité autoritaire rappelant les temps anciens de dictature militaire. Car si les militants continuent de s’y battre, ils sont encore (pour combien d’années ?) sous le coup de cette défaite historique, aggravée par les ravages de l’épidémie de Covid. Même si Lula pourra peut-être se présenter aux prochaines élections, le chemin du retour à la démocratie sera long.

La "bête immonde" dont parlait Brecht n’est pas morte

Qu’en conclure, sinon qu’une variété de fascisme, "post-moderne", est tout à fait possible en tout pays si les circonstances s’y prêtent. Aucun peuple, quels que soient ses acquis historiques, n’est à l’abri de ces "divines surprises" de l’histoire.
La plupart des Français d’aujourd’hui savent par l’école et les médias le désastre sanglant qu’à été l’accession au pouvoir à Berlin des Nazis en 1933. Mais ils ne savent pas, ou ont oublié, que quelques mois avant qu’Hitler n’entre en maitre à la Chancellerie du Reich, a l’issue d’élections générales, et grâce au soutien de la droite allemande, les plus connus des intellectuels français affirmaient que jamais un peuple aussi "civilisé" que celui d’Allemagne, le peuple de Mozart et de Kant, de Marx et Engels, ne confierait son sort aux brutes nazies.
La suite a montré ce qu’il en a été....

Bolsonaro n’était pas jugé moins ridicule qu’Hitler avant son élection (ou Trump ...). Mais les peuples déçus, imprégnés par le mépris des politiciens corrompus et trahissant tous leurs engagements, sont toujours susceptibles de se calfeutrer dans l’abstention "apolitique", ou pire, d’écouter les pires démagogues, déviant leur colère vers la haine nationaliste, la xénophobie raciste, en 1933 à Berlin et 1941 à Paris contre les Juifs, et de nos jours contre les Musulmans de France et les organisations mettant en cause le Capitalisme et l’Impérialisme.

En fait, aucun peuple n’est à l’abri d’une dérive fascisante, si les conditions historiques s’y prêtent, et elles peuvent être de nature diverse.
Cela peut être une crise économique et sociale, comme celle qui infecta les économies capitalistes d’Amérique et d’Europe vers 1930. Mais, celle consécutive à la pandémie de 2020, pourrait avoir les mêmes conséquences délétères.

Les traumatismes idéologiques et moraux de l’opinion, nés de la corruption des politiciens, le discrédit des organisations politiques et syndicales, qui fait de l’abstention le premier parti de nombreux pays, l’impuissance de l’État face à la pauvreté croissante et à l’insécurité, tout cela peut concourir à créer une "atmosphère pré-fasciste" au sein de laquelle les mécontentements populaires, croissants et justifiés, ne trouvent pas pour s’exprimer d’issue révolutionnaire ou progressiste, mais sont déviés par la xénophobie et le racisme contre un bouc émissaire, juifs autrefois, musulmans aujourd’hui...

Ne nous y trompons pas : cette "contagion pré-fasciste" est d’autant plus difficile à combattre qu’elle ne se traduira pas par un simple retour dans nos rues des colonnes en uniforme de SA, SS ou Chemises Noires des années 30, d’un Parti Unique et son Führer ou Duce vociférant devant des foules fanatisées lors de rituels quasi-religieux.

Cette vague déferlante d’idées xénophobes et sécuritaires, nées à l’extrême-droite, se répand parce que les bourgeoisies dirigeantes craignent de ne plus parvenir à contrôler les mécontentements populaires contre les conséquences néfastes du Capitalisme (même si les opinions n’en discernent pas vraiment les causes).

Ce "pré-fascisme" contemporain est tout à fait compatible avec le Libéralisme régnant, les dogmes intangibles du "Marché", voire avec l’apolitisme égoïste (" tous pourris, sauf moi ! "), et sa version "verte" ("je vote écolo parce que la politique me dégoûte ! "). Il ne se réduit pas à l’extrême droite politique, dont les ténors français (Marine Le Pen, Ménard, etc…) tendent de plus en plus à se fondre idéologiquement dans la Droite classique, notamment en se ralliant à l’Union Européenne. Xavier Bertrand, candidat potentiel de la Droite en 2022, et Darmanin, ministre de Macron, tiennent des discours souvent plus "radicaux", sécuritaires et xénophobes, que leurs concurrents électoraux du RN. Tous, en tout cas, au-delà de leurs compétitions internes, profitent de l’emprise croissante, grâce aux médias d’une "information" manipulée.

Ce " pré-fascisme " contemporain affectionne la " Pensée unique" plutôt que le Parti Unique.

Contagion xénophobe et sécuritaire

Cette "imprégnation fasciste" d’une partie importante de nos sociétés par des idées et mentalités xénophobes et sécuritaires nées à l’extrême droite à été analysée par des historiens comme le Suisse Philippe Burrin pour la France de la décennie 1930-40. ("la dérive fasciste. Doriot, Deat, Bergery, ed. Seuil1985-2015).

Elle semble bien aujourd’hui prévaloir dans de nombreux pays capitalistes occidentaux, ou la crise morale et politique à été accentuée par les multiples interdits au nom de la pandémie, avec pour objectif essentiel d’étouffer les luttes populaires. Comme il y a plus de 80 ans, elle répand dans les opinions les mentalités xénophobes, "identitaires", sécuritaires, anti-parlementaires, nées à l’extrême-droite, largement au-delà de cette frange extrémiste.

À la différence de 1930-40, elle ne débouche pas sur la formation de partis fascistes (PPF, Ligues des années 1930), mais sur le discrédit des Partis et Organisations existantes, au profit "d’influenceurs" d’opinions médiatiques prétendument apolitiques (Zemmour, et réseaux sociaux). Elle se nourrit de la peur croissante des bourgeoisies dirigeantes (des États comme des médias) de ne plus pouvoir contrôler les mécontentements dans le cadre du parlementarisme libéral.

Les exemples actuels sont nombreux dans l’Union Européenne capitaliste et libérale, qui se présente en modèle de " démocratie occidentale ", alors que Pays Baltes, Pologne, Hongrie, multiplient les dispositifs anticommunistes, les régressions sociales et sociétales, et valorisent volontiers la mémoire des pro-Nazis d’autrefois.

Dans ce florilège européen de la dérive autoritaire des gouvernements "liberaux", on trouve aussi bien les dirigeants de Droite de Grèce, qui s’obstinent à laisser mourir en prison un gréviste de la faim malgré le flot de protestations, que ceux Socialistes d’Espagne, qui cautionnent l’emprisonnement d’élus catalans pour indépendantisme, et d’un rappeur pour insulte à la Monarchie.

Un phénomène identique est perceptible au-delà de la Méditerranée, dans ce Sénégal qui se veut le meilleur élève de la " Démocratie parlementaire et libérale " en Afrique. Le Président Macky Sall emprisonne et matraque vigoureusement les opposants, malgré les manifestations.

La France, enfin, n’est pas en reste, où le "Monarque républicain" Macron, après avoir abreuvé de horions les Gilets Jaunes, conduit depuis un an l’enfermement de "son" peuple, traîne de décisions contradictoires en discours anxiogènes. Tout cela débouchant sur une insidieuse campagne anti-musulmane ("l’islamogauchisme" copiant le "judeobolchevisme" de 1930-40 ) et ultra-sécuritaire (à partir de meurtres commis par des " bandes de jeunes "). Des thèmes nés dans la mouvance du RN, et dont les Macroniens et la Droite classique usent et abusent tous aujourd’hui, pour se disputer les suffrages aux prochaines élections. Le seul résultat notable de cette surenchère malsaine est évidemment de répandre encore un peu plus les idées fascisantes dans une opinion déboussolée.

À partir de ce constat, un débat s’instaure en France, celui-là même que Macron veut installer. Car il sait bien qu’il n’a pas été élu en 2017 par une majorité des citoyens, mais en enfermant les électeurs dans ce dilemme : Moi, ou le RN de Marine Le Pen !

Et les médias français s’emploient depuis le début de 2021 à annoncer qu’il en sera de même en 2022. Mieux, ils ont en janvier laissé filtrer "l’information" selon laquelle le second tour des Présidentielles de 2022 serait très serré entre Macron et Marine Le Pen, cotée à 48 pour cent !

Et depuis, régulièrement, les médias nous "informent" de la même annonce, que la candidate RN vient conforter en clamant : " je serai élue en 2022 !"
Nous sommes donc sommés d’ores et déjà de choisir entre la peste RN et le cholera macronien pour futur Président : comme si le Monarque libéral, la Nationaliste xénophobe, et les ténors de Droite style Xavier Bertrand ou Estrosi, n’étaient pas les trois visages de la même dérive fascisante.

Peu importe finalement lequel de ces concurrents électoraux nous aurons à combattre au second tour, en allant exprimer dans les urnes, par le suffrage universel, cette conquête populaire défigurée par la bourgeoisie libérale, notre refus de l’un, de l’autre ou de son compère (car ne pas aller voter ajoute au pourcentage des candidats restés en lice, dans le système électoral français).

Notre tâche militante essentielle durant l’année qui nous reste est d’aider à l’émergence d’un candidat anti-libéral, anticapitaliste, suffisamment crédible pour être présent au second tour contre le candidat de la bande des trois, de la dérive fascisante, xénophobe et régressive qui nous menace.

Et ce n’est certainement pas en rééditant sous le nom fallacieux "d’union de la gauche" les trahisons et dérives opportunistes qui sont la cause du désastre politique actuel qu’on va y parvenir.

Le souvenir impérissable de la commune de paris il y a 150 ans, le
18 mars 1871, doit nous guider : toutes les luttes sont un germe du futur, et méritent d’être menées, même si elles ne peuvent déboucher dans l’immédiat sur une victoire.

On l’oublie trop souvent : la commune de mars 1871 fut d’abord la tentative des prolétaires parisiens, alors majoritaires dans la capitale, de choisir eux-mêmes leurs lois, et leurs dirigeants, grâce au suffrage universel. C’est parce qu’elle ne voulait pas accepter ce droit, que la bourgeoisie française l’écrasa dans le sang.

18 mars 2021.

   

Messages

  • 1. Le "plafond de verre" n’existe pas. Pas plus en France qu’au brésil. L’élection présidentielle et l’esprit de la commune
    18 mars, 20:42 - par RICHARD PALAO


    J aimerais partager l optimisme de JEAN qui croit encore à l émergence d un candidat anti imperialiste et anti capitalisme qui pourrait être présent au deuxième tour de la présidentille ...pour ma part je ne crois pas en la spontaneite en politique or aucune des conditions n est réunie pour qu’ émerge un tel candidat dans le peu de temps qu il reste d ici l élection : aucun parti de gauche au dela de leur division
    N est sur une ligne clairement anti impérialiste et anticapitaliste , tous sont englués dans L UE qui elle est clairement capitaliste et soutien l impérialisme quand elle même ne se comporte comme tel ..alors d ou pourrait surgir ce candidat ? pas des masses , car faute d un parti révolutionnaie de masse ( 50000 adhérents au PCF) et d un syndicat de classe et de masse ( ce que la CGT n est plus ) la conscience de classe de ces masses a regressée , voir le peu de succés des gréves et des manifs .la progression de l abstention et du vote pour l extrême droite dans la classe ouvrière ...alors je crois que notre rôle en tant qu à ANC n est pas de se bercer d illusion ni d en semer , mais consiste à soutenir toutes les luttes car c est dans l action que se forge la conscience de classe et c est seulement lorsque ces luttes auront atteints un niveau suffisamment élevées que nous pourrons envisager une victoire électorale qui si dans le cadre de la conquête du pouvoir pour changer la société n est pas décisive constitue néanmoins une étape nécessaire sauf a prendre les armes ....

  • 2. Le "plafond de verre" n’existe pas. Pas plus en France qu’au brésil. L’élection présidentielle et l’esprit de la commune
    19 mars, 11:31 - par RICHARD PALAO


    Par erreur je me suis adressé à JEAN alors qu il s agissait de FRANCIS , toutes mes excuses à l un et à l autre

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