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Réflexions sur Cuba et sur la Conférence sur le 50e anniversaire de l’adoption de la résolution des Nations Unies sur le Nouvel Ordre économique international (NIEO)

dimanche 12 mai 2024 par Bruno Drweski (ANC)

Je suis arrivé à Cuba invité à titre de membre du groupe de chercheurs et activistes « Bandung Spirit » créé par un Indonésien enseignant à l’université du Havre et avec qui j’avais participé il y a deux ans à la conférence Bandung-Belgrade-La Havane qui s’était tenue en Indonésie. Les organisateurs de la conférence de la Havane étaient l’Association des économistes de Cuba et l’Internationale Progressiste. La conférence s’est déroulée les 29 et 30 avril 2024 au Capitole (parlement) de La Havane et elle s’est terminée par la présentation du livre préparé par le gouvernement cubain au cours de sa présidence en 2023 du « Groupe des 77 et la Chine » regroupant 134 pays et écrit par des chercheurs de ces pays ou rassemblés par l’Internationale progressiste.

La présentation de ce livre en trois langues (anglais, espagnol, français) ayant pour titre « L’ordre économique international actuel : Un obstacle au développement – Le principal défi pour le Groupe des 77 et la Chine » a été organisée par le président de la République de Cuba et secrétaire général du Parti communiste cubain, Miguel Diaz-Canel, faite le 30 avril au soir au Palais de la Révolution.

L’Internationale progressiste < https://progressive.international/about/fr > a été fondée par des militants progressistes du monde entier, des organisations sociales, politiques et syndicales et elle est soutenue par des personnalités de la gauche mondiale de différentes obédience allant du marxisme à la social-démocratie, dans son volet anticolonial. Elle est animée par un groupe de jeunes militants basés en particulier aux Etats-Unis qui possèdent des relations régulières avec les autorités cubaines.

Après la conférence, j’ai prolongé mon séjour à Cuba pour découvrir sa capitale et avoir des discussions avec des militants internationalistes et des activistes cubains.

Congrès du 50e anniversaire de la NIEO

Parmi les participants, il y avait des chercheurs, des diplomates, des cadres politiques et des militants de différents pays ainsi que des personnalités connues comme Jeffrey Sachs, James Galbraith, Ernesto Semper, etc. Le constat général des interventions était le suivant, ce que je résume à partir de toutes les interventions.

Le système capitaliste néolibéral mondialisé dominant actuel est à la fois impérialiste et dysfonctionnel, et qu’il nécessite une action des pays du « Sud global » pour relancer la lutte pour la réalisation de la résolution sur le Nouvel Ordre économique international adoptée en 1974 par les Nations Unies. Dans le contexte de cette conférence, la résistance actuelle de la Palestine face au génocide israélien a rencontré un écho planétaire car elle constitue le point central des contradictions entre le monde ancien qui en voie de disparition et le monde nouveau qui n’est pas encore né. Nous sommes donc entrés dans « l’age de la revanche » a-t-il été dit par un intervenant, et Cuba, par les sacrifices qu’elle a consenti depuis le début de sa révolution, a joué et continue à jouer un rôle éminent dans le maintien d’une mobilisation internationale des peuples pour une refonte radicale des rapports internationaux, prolongeant par une décolonisation économique fondamentale la décolonisation politique et formelle obtenue dans les années 1950 et 1960.

La fin du camp socialiste dans les années 1989/91 a signifié un repli provisoire de la mobilisation des peuples pour la réalisation des objectifs adoptés en 1974 mais les capitalistes ont été incapables depuis d’apporter au monde des réponses en matière de développement, d’éradication de la pauvreté ou de désarmement, ce qui explique la relance d’une politique de résistance et dépassement des approches réformistes par la réapparition d’une approche révolutionnaire tendant à remplacer le monde unipolaire par un monde multipolaire.

Le système dominant n’a pas su apporter la paix après la fin du camp socialiste mais, au contraire, les guerres se sont multipliées au point où la guerre en Ukraine puis celle contre Gaza et la Cisjordanie ont permis de faire resurgir la contradiction fondamentale existant à l’échelle mondiale entre un petit groupe d’États privilégiés tentant de préserver leur domination politique et économique sur le monde et la masse des pays, des peuples et des classes sociales qui ne profitent pas de cette situation et se trouvent de plus en plus englués dans la pauvreté et la précarité. Le règne du dollar qui a assuré la domination des Etats-Unis sur le monde et la cohésion du bloc occidental s’érode désormais de façon visible.
C’est donc une politique de guerres, d’ingérences, de pressions, d’organisations de « changements de régime », de blocus et de sanction qui permet aujourd’hui à l’ordre/désordre mondial de tenir encore, ce qui, à terme, est cependant intenable car cela introduit objectivement dans la mondialisation des éléments de démondialisation qui ne pourront que se renforcer et qui devront aboutir à exacerber les contradictions insurmontables du système et tendre donc à promouvoir une nouvelle architecture financière internationale. Le monde ne peut plus être géré par le veto de quelques pays à l’ONU et par une logique de gagnants et de perdants. La création de la banque des BRICS témoigne dans ce contexte de l’effritement de l’ordre dominant actuel et de l’émergence d’un nouveau paradigme politique, malgré les limites des BRICS qui ne constituent pas en soi une alternative mais une étape dans la déconstruction de la domination mondiale par les Etats-Unis et leurs associés du bloc OTAN/UE/AUKUS/Japon/Israël.
Les principes mis de l’avant par le socialisme et les Etats non alignés reprennent dans ce contexte à nouveau de la couleur. Il devient évident que le monde est à la croisée des chemins et qu’il a besoin d’un nouveau paradigme, sinon l’ordre dominant n’aura plus d’autre issue que d’essayer d’imposer au monde de nouvelles formes de guerres sans fin et donc de répressions et de fascisme pour faire face à la pauvreté de masse.

La pauvreté ne peut être regardée comme si c’était une photographie mais comme un film qui se déroule et qui montre que nous avons affaire à une situation sans issue dans le cadre de l’ordre/désordre capitaliste néolibéral mondialisé. Les migrations planétaires sont des migrations forcées pour des raisons d’inégalités économiques, d’injustices sociales et de problèmes environnementaux qui témoignent du fait que le nombre d’êtres humains bénéficiant dans les faits des droits de citoyenneté dans une société donnée diminue au profit de personnes non intégrées dans leur environnement et survivant dans un monde de plus en plus fragmenté et précarisé.

La crise de la dette explique en particulier pourquoi 3 milliards d’êtres humains sont dépourvus d’un régime alimentaire sain et de leur droit au développement, au logement, à la santé, à la sécurité, à l’éducation, ce qui s’exacerbe désormais avec le clivage digital.

Les tensions actuelles dans le monde sont aussi dues au fait que les stratèges US ont découvert que la Chine ne s’orientait finalement pas vers une intégration au monde qu’ils contrôlent et que ce phénomène s’élargit en fait à d’autres pays, comme l’Iran puis la Russie. Les Etats-Unis ont donc cessé d’être ce qu’ils croyaient être, « le pays indispensable », et veulent donc ré-imposer leur domination par la force, par les guerres et par les sanctions et blocus avec la participation d’Etats associés parmi lesquels Israël et l’Ukraine jouent désormais le rôle de fer de lance contre les pays très différents mais tendant à échapper aux règles concoctées aux Etats-Unis.

Aujourd’hui, les pays du G7 représentent 39 % de l’économie mondiale et ceux du BRICS 38 %, et encore si l’on accepte les méthodes de calculs concoctées aux Etats-Unis. La question du développement inclusif, qui est la seule base réelle du principe démocratique, devient donc une question clef à nouveau abordable internationalement et capable de s’imposer dans un nouveau rapport de force tendant entre autre vers une nouvelle méthode de fixations des prix des marchandises qui ne soit plus systématiquement défavorable aux pays producteurs de ressources naturelles, de produits agricoles, de produits essentiels et qui permettrait d’engager des politiques d’industrialisation, de ré-industrialisation et de transformation sur place des ressources naturelles. Ce qui permettrait de sortir aussi de l’extractivisme et du piège de la dette imposé par les pays les plus riches.

La contre-révolution néolibérale conçue planétaire et totale, donc totalitaire, a produit la désindustrialisation et la financiarisation de la domination impérialiste. Le professeur Galbraith a formulé ainsi la situation actuelle « Les élites ne sont pas en état de comprendre la situation réelle car le maintient de leur genre de vie dépend de leur incapacité à comprendre la situation réelle ». Il y a donc un blocage mental qui provient d’un intérêt économique et social à maintenir ce blocage le plus longtemps possible. Ce qui caractérise toutes les classes sociales dominantes au moment de la décadence d’un système historiquement condamné et qui les avait auparavant porté au pouvoir. Et c’est là où un pays comme la Chine a pu présenter une alternative puisque ce pays contrôle son capital et le canalise en fonction d’intérêts collectifs décidés au niveau de l’État.

Pour sortir de l’impasse dans lequel est englué le monde actuel, unipolaire, impérialiste dollarisé, financiarisé, et promouvoir la multipolarité et le développement inclusif, la nécessité du moment, c’est la constitution d’une coalition d’intérêts de tous ceux, pays, nations, régions, peuples et classes sociales, qui sont perdant dans le système actuel et qui s’opposent donc objectivement au maintien des conditions de vie et de survie actuelles.

Cuba : une société à la croisée des chemins

Quand on débarque à Cuba, surtout si l’on a vécu dans les anciens pays socialistes, ce qui frappe d’abord, c’est de retrouver un sentiment oublié de sécurité, d’absence de stress, d’entraide, de débrouillardise et de sens de l’humour et de la dérision, pouvant viser les Cubains entre eux ou les personnes occupant des postes de direction. A quoi s’ajoute à Cuba l’ambiance tropicale faite de chaleur, d’imagination, de créativité, en particulier de créativité artistique, musique, peinture, etc. Tout cela est dû au fait que chaque Cubain a un emploi garanti, a un livret de produits de base qui lui garantit un minimum vital, que le système de santé est un des plus efficace au monde et que le Cubain est habitué à affronter des difficultés par la débrouillardise et l’entraide permanente, au niveau familial ou du quartier et de l’entreprise. Et même si, il faut aussi le reconnaître, ce modèle est désormais affaibli et en crise, il a formé des êtres humains pour qui la compétition, le stress et la jalousie ne sont pas considérées comme « normaux ».

Mais très vite, on constate aussi que le pays vit dans une crise perpétuelle et que, au dire de tous ses habitants, la situation actuelle est la pire que le pays a connu depuis la révolution, pire même qu’au moment du sevrage d’avec le camp socialiste, ce qu’on a appelé « la période spéciale » quand les Cubains ont voté par référendum le maintien du système socialiste envers et contre tout. La situation de grave crise actuelle est due à deux chocs successifs, la crise du covid et l’augmentation des politiques de blocus US au sortir du covid et qui ont abouti, par exemple, à ce que l’année dernière une centaine de banques étrangères qui étaient en relation avec Cuba et facilitaient ses échanges ont dû rompre leurs relations avec l’île pour ne pas devoir subir les pénalités exorbitantes imposées par les USA au nom de l’extraterritorialité des lois de ce pays dominateur et de moins en moins sûr de lui, donc de plus en plus agressif.

Comme Cuba, au sortir de « la période spéciale » post-soviétique, avait investi dans le tourisme tout azimut pour se procurer rapidement des devises et de « l’argent facile » devant être ré-investi dans des secteurs prometteurs comme la bio-technologie, la crise du covid a été une véritable catastrophe dont le pays se relève difficilement car le tourisme reprend lentement et que les investissements prévus se font donc attendre. S’ajoute à cela le fait que la réforme économique engagée en principe pour renforcer le socialisme selon un modèle inspiré de la Chine a été de l’avis de tous mal ficelée, ce qui a d’ailleurs entraîné la démission de l’architecte de cette réforme qui ressemble au final plus aux réformes polonaises des années 1987/88 qui ont abouti à l’hyperinflation polonaise qui a mené dans la foulée le système à sa perte plutôt qu’à une réforme « à la chinoise ».
Cuba se retrouve donc au milieu du gué, avec une « réforme à réformer », une hyperinflation qui impose à de nombreux Cubains d’avoir deux, voire trois boulots, un travail officiel, souvent étatique mais plus seulement, mais aussi un boulot privé et par la force des choses précaire. Ce qui, en plus des effets pervers du tourisme, multiplie les causes du développement d’une société à deux vitesses, ce que l’on constate avec des quartiers de villas luxueuses à côté de quartiers délabrés qu’on ne peut pas rénover avant que l’économie n’ai pleinement redémarré.

Et c’est dans ce contexte qu’émerge la troisième génération de l’après-révolution qui n’est souvent plus prête à faire les sacrifices consentis par leurs parents ou grands-parents pour la révolution et l’indépendance du pays. On rencontre donc désormais à Cuba, par exemple, des vendeurs de peso au marché noir qui croient appâter le touriste non seulement en leur proposant un cours bien inférieur au taux officiel mais en lui tenant « en prime » un discours sur la misère des Cubains due à « un régime communiste dictatorial et corrompu » prétextant des sanctions américaines pour justifier son maintien. Ces Cubains là mettent même en doute l’existence même du blocus nord-américain qu’ils considèrent comme de la propagande. Croient ils dans ce qu’ils disent ou tiennent ils ce discours uniquement pour le touriste sans y croire, difficile de dire dans de nombreux cas, mais ce phénomène est massif et témoigne de comportements inimaginables même après 1991.
A côté de cela, et c’est la différence fondamentale avec les pays socialistes européens des années 1980, vous trouverez toujours à Cuba des enthousiastes de la révolution, ce qui, par exemple donne à la fête du 1er mai à Cuba, que j’ai vue, un aspect de mobilisation intense mêlée de gaieté, de chants révolutionnaires et de proclamations anti-impérialistes, d’autant plus que cette année la célébration à La Havane se tenait place de l’anti-impérialisme, juste en face de l’ambassade des Etats-Unis, où se trouve une statue du héros national José Marti pointant du doigt en direction de ...l’ambassade honnie. Bref, il y a à Cuba des déçus de la révolution dans la génération qui n’a pas eu à affronter l’ennemi et qui n’a aucune expérience vécue de l’impérialisme et de la lutte des classes. Mais il y a quand même aussi l’héritage persistant de ceux qui ont réussi à transmettre aux plus jeunes les principes révolutionnaires et une vision géopolitique de leur petite île située à une centaine de kilomètres de la plus grande puissance mondiale qui a menacé Cuba tout au long du XXe siècle, soit déjà bien avant la révolution de 1959.

Selon les cadres du Parti communiste que j’ai rencontrés, et qui ne minimisent pas les difficultés, les chances de survie du socialisme à Cuba sont réelles mais plus aussi certaines que dans les années précédentes, en particulier à cause de cette frange de la jeunesse en partie désabusée. L’année dernière un demi-million de Cubains a par ailleurs émigré vers le « paradis floridien » ou vers d’autres pays, et cette hémorragie touche en particulier les secteurs les plus éduqués de la société. Leur sort une fois passée les solides barrière du « pays de la liberté » est au final loin d’être idyllique mais, même ceux qui sont revenus au pays déçus par leur expérience d’émigré, peinent à convaincre les nouveaux candidats au départ de renoncer à leur rêve individualiste au pays du rêve de la société de consommation.

Cela étant, même chez ceux qui ont commencé à douter de la révolution acceptent en général de reconnaître que celle-ci a apporté aux Cubains des avantages inconnus dans les pays voisins et, du coup, la représentativité des groupes de « dissidents » encensés et financés par les puissances occidentales est quasi-nulle. Le pays est calme et même quand des gens descendent dans la rue pour exprimer leur mécontentement devant les pénuries de nourriture ou d’électricité, les dirigeants du pays viennent dans la rue discuter avec eux pour expliquer la causes de ces difficultés et essayer de comprendre s’il n’y a pas derrière elles aussi des responsabilités locales à déraciner. Nous ne sommes pas dans le cas des bureaucrates du Parti des pays du socialisme réel européen.

On dit souvent pourtant à l’Ouest que Cuba est un régime policier, mais moi comme mes collègues de la conférence, nous avons tous été surpris par la quasi-absence de policiers dans les rues. J’en ai parlé à des Cubains qui m’ont dit qu’il n’y a pas beaucoup de policiers car ce n’est pas un métier valorisé dans la société, qu’on ne devient en fait policier à Cuba que quand on vient d’une lointaine campagne et qu’on veut trouver un moyen de s’installer facilement dans une grande ville, qu’il y a très peu de crimes dans le pays et que peu de gens aussi veulent s’opposer activement au gouvernement, alors pourquoi entretenir une police nombreuse ?
Je dois dire aussi que j’ai été très surpris quand nous avons été reçu au palais de la révolution par le président du pays et plusieurs ministres, et que nous n’avons subi aucun contrôle de documents. Rien ! Je ne connais aucun Etat au monde où l’on rentre chez le chef d’État sans contrôle. Certes on peut supposer que la sécurité d’État cubaine a fait son boulot et a étudié le cas de chaque invité, il y en avait plus d’une centaine, mais la façon dont elle le fait explique en tous cas l’ambiance détendue que tout le monde constate à Cuba.

Le camarade président-secrétaire

Dans son intervention sur l’ouvrage publié à l’occasion de la conférence, le président-secrétaire général a fait une longue intervention orale, sans lire son intervention, où il a relaté l’histoire de la confection du livre, le rôle de Cuba au sein du groupe des 77 et de la Chine et les raisons de la nécessité de relancer la dynamique pour promouvoir cette fois dans les faits le nouvel ordre économique international. Tout cela montre qu’on a affaire à Cuba à des dirigeants bien formés et intellectuellement compétents. A côté de la « nouvelle » jeunesse blasée et conquise par le clinquant pénétrant de Floride, on rencontre d’ailleurs aussi de brillants jeunes militants et jeunes cadres bien préparés à reprendre le contrôle du pays dans un monde qu’ils ont très bien étudié.

J’ai eu l’occasion de passer un après midi entier avec mes collègues et amis indonésien et soudanais et un jeune cadre du ministère de l’économie de 28 ans dont la connaissance et la compréhension du monde était impressionnante. Il a également été élu député et nous a expliqué le système électoral cubain. Les députés sont d’abord proposés comme candidats par des organisations sociales, syndicats, associations, etc, et non pas par le Parti communiste, puis ils passent par les réunions de base dans les quartiers et les entreprises avec les citoyens qui les acceptent ou pas avant de pouvoir affronter les électeurs.
Dans son cas, il a reçu 89 % des voix (ce qui veut dire qu’il y a eu quand même contre lui 11 % des voix). Cuba refuse qu’un politicien se mette lui-même de l’avant sans la proposition d’un collectif, d’une organisation de masse, et le filtrage des candidats se fait donc à partir de la base, ce qui rend les élections non compétitives entre des egos qui se sentent obligés de s’affirmer face à d’autres egos ou à des partis aux programmes interchangeables comme c’est le cas dans les dites démocraties libérales. Mais 11 %, finalement, cela reste peut-être un chiffre assez nombreux révélant le nombre réel d’opposants ...qui dans leur masse ne semblent pas se sentir toutefois plus représentés par « l’opposition offshore » made in USA que par le Parti communiste local.

En tous cas le poids de la répression et de la censure à Cuba ne se fait pas sentir. J’ai mangé avec un vieux journaliste cubain écrivant pour Granma, l’organe du Parti communiste, spécialiste de monde arabe et qui a longtemps vécu au Liban. Depuis octobre 2023, il a écrit évidemment plusieurs articles dénonçant la politique israélienne, ce qui lui a valu des critiques du journal de la communauté juive locale qui, sans aller jusqu’à condamner la résistance des Palestiniens, n’en a pas moins estimé que ses critiques de l’État d’Israël étaient exagérées, ce qu’il a résumé devant nous par « que voulez vous, maintenant on peut quasiment tout écrire à Cuba ».
Notons d’ailleurs en passant que, avec la crise économique, on assiste aussi au retour des religions à Cuba, du catholicisme bien sûr, mais aussi des religions africaines traditionnelles, des néo-protestants et même de l’islam qui a réussi à convertir un certain nombre de Cubains. Il paraît aussi que face aux difficultés de la vie, certains Cubains se tournent aussi vers des pratiques de magie. Pour le moment, toutes ces tendances ne s’opposent pas au pouvoir et ont même tendance à s’associer à certaines initiatives du pouvoir.

   

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