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L’interview de Netanyahou sur LCI ou la déchéance du journalisme

jeudi 20 juin 2024 par Alain Marshal

Netanyahou a pu justifier sans contradiction le génocide des Palestiniens. La complaisance de Darius Rochebin illustre l’efficacité de l’autocensure des médias, devenus de serviles relais de propagande et non plus un contre-pouvoir. Cet article déconstruit 5 arguments mensongers de Netanyahou, souvent avancés par les apologistes d’Israël, et retranscrit intégralement cette interview de la honte.

L’indignation qu’a suscitée l’interview du Premier ministre israélien le 30 mai sur une des plus grandes chaînes de télévision françaises, alors même que son gouvernement d’extrême droite menait une guerre génocidaire contre la population de Gaza depuis 8 mois, était parfaitement légitime.
La destruction méthodique de la population palestinienne de Gaza, prise au piège dans une enclave minuscule dans laquelle aucun endroit n’est sûr (habitations civiles, écoles, mosquées, camps de réfugiés, installations de l’ONU, zones déclarées « sûres » par l’armée d’occupation, ni même les hôpitaux, considérés comme cibles militaires privilégiées pour la première fois de l’histoire des conflits armés), a mis l’Etat d’Israël au ban de l’humanité, et amené la Cour Pénale internationale à demander un mandat d’arrêt à l’encontre du Premier ministre israélien et de son ministre de la défense pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité.

Un rapport récent de l’ONU particulièrement élaboré accuse Israël de crimes de guerre, crimes contre l’humanité, crime d’extermination, actes de tortures et viols à l’encontre de détenus, et utilisation de la famine comme arme de guerre, entre autres. La place d’un criminel comme Netanyahou, qui a sur les mains le sang de dizaines de milliers de femmes et d’enfants, déversé chaque jour intentionnellement, n’est certes pas le prime time sur les médias français pour y faire la promotion de son génocide assumé, mais en prison ou sur le banc des accusés.

Darius Rochebin a été d’une complaisance d’autant plus abjecte que parmi les victimes de l’armée israélienne, on compte plus de cent journalistes, les médias ayant été délibérément et systématiquement ciblés depuis le mois d’octobre pour permettre à Israël de perpétrer ses massacres de masse à huis clos, au point que ce conflit est rapidement devenu le plus meurtrier de l’histoire du journalisme (de même qu’il est le plus meurtrier pour les travailleurs humanitaires de l’ONU, eux aussi ciblés délibérément).

Cette réalité macabre pour la profession rend d’autant plus impardonnable cette interview obséquieuse, qui n’a à aucun moment évoqué la question de la liberté de la presse, droit fondamental éviscéré par l’armée israélienne et son gouvernement suprématiste de manière aussi impitoyable que les femmes et les enfants de Gaza.

Netanyahou, qui n’a accordé aucune interview aux médias israéliens depuis le 7 octobre, sachant qu’il serait mis en difficulté, savait pouvoir compter sur cette complaisance : ainsi une chaine de télévision française se révèle-t-elle plus docile que les médias d’un Etat dont la moindre publication est soumise à une stricte censure militaire, ce qui ne fait que confirmer la redoutable efficacité de l’autocensure exigée des journalistes (et même des humoristes, comme le montre le sort de Guillaume Meurice), dont l’alignement strict sur une ligne éditoriale pro-israélienne est exigé sous peine de licenciement, quand bien même cette complaisance confinerait à l’apologie du terrorisme d’Etat.

Soit dit en passant, le groupe TF1 ne fait pas figure d’exception mais de règle, puisque les médias français et occidentaux ont été beaucoup moins prompts à remettre en cause la version des faits israélienne sur les événements du 7 octobre et le déroulement de la guerre que leurs confrères israéliens, mais ce n’est pas le sujet de cet article.

Nous nous efforcerons de réfuter brièvement 5 mensonges, falsifications et manipulations outrageantes de Benyamin Netanyahou, même si chacun mériterait un article à part entière.
Nous ne nous concentrerons pas sur les points spécifiques au génocide en cours à Gaza, mais sur des arguments récurrents depuis des années dans la rhétorique des défenseurs d’Israël. Les preuves des crimes de guerre et crimes contre l’humanité perpétrés par Israël depuis le 7 octobre sont largement détaillés dans la plaidoirie accablante de l’Afrique du Sud à la CPI dénonçant le comportement génocidaire d’Israël et les intentions génocidaires d’Israël à Gaza, et nous traduirons prochainement des extraits éloquents du rapport de l’ONU précédemment cité.

Et en conclusion, nous pointerons du doigt les déclarations et silences les plus coupables de Darius Rochebin, avant de proposer une retranscription intégrale de l’interview, qui mérite de figurer dans les annales de l’ignominie.

1. « Il ne s’agit pas de moi, il s’agit de l’État d’Israël. Il s’agit du droit du seul État juif à se défendre dans les années qui suivent l’Holocauste. »

Si l’Holocauste et le sentiment de culpabilité de l’Europe quant au génocide nazi ont pu justifier la sympathie occidentale pour la création de l’Etat d’Israël, et le soutien subséquent pour cet Etat colonial et belliciste, la mémoire de la Shoah doit être une circonstance aggravante, et non une circonstance atténuante, dans le génocide perpétré par Israël contre les Palestiniens. Le meilleur moyen de rendre hommage à la mémoire des victimes du nazisme et d’ « expier » la « culpabilité » occidentale (pour autant que ce vocabulaire soit de mise) est d’empêcher qu’un autre génocide soit perpétré, non de le faciliter activement, comme le fait en particulier l’Allemagne, second exportateur d’armes à Israël après les Etats-Unis, au prétexte dément que ses auteurs sont Juifs.
Il ne s’agit pas seulement de dire qu’on doit plus d’égards aux vies présentes qu’on peut encore sauver qu’aux morts du passé : c’est justement le devoir de mémoire envers les victimes du nazisme qui doit nous amener à lutter sans relâche contre les génocidaires de notre temps, pour que « plus jamais ça » ne soit pas un vain slogan.

Le mythe d’un Etat d’Israël faible et vulnérable, isolé au milieu d’un océan hostile de pays qui ont juré sa perte et ne faisant que se défendre face à la menace d’un nouvel holocauste, est grotesque : Israël est la principale puissance militaire du Moyen-Orient, a déclenché la quasi-totalité des guerres de son histoire pour parachever le nettoyage ethnique des Palestiniens et élargir toujours plus son territoire, dispose d’une centaine d’ogives nucléaires, et surtout du soutien inconditionnel et illimité de la plus grande puissance mondiale, les Etats-Unis, ainsi que des pays de l’OTAN, de leur arsenal militaire et de leur formidable machine de propagande médiatique.
Colporter ce mensonge, c’est justifier le concept immonde de « génocide préventif » qui sous-tend plus ou moins explicitement le discours des thuriféraires d’Israël.

Israël, comme tout Etat, est l’Etat de ses citoyens, qu’ils soient Arabes, Juifs ou autres. La loi de l’Etat-nation du peuple juif adoptée en 2018, qui stipule que « le droit d’exercer l’auto-détermination au sein de l’État d’Israël est réservé uniquement au peuple juif », est une loi d’Apartheid qui fait des non-Juifs, y compris les plus de deux millions d’Arabes et autres minorités qui ont la citoyenneté israélienne, des citoyens de seconde zone.
L’idée d’un État « juif et démocratique » est donc un oxymore, contredisant les principes fondamentaux de l’égalité et de la justice pour tous les citoyens. Pour véritablement honorer les souffrances du passé, il faut œuvrer sans relâche à ne pas les perpétuer contre de nouvelles victimes innocentes, et accorder aux Palestiniens leurs droits collectifs et individuels.

2. « Le procureur de La Haye attise les flammes de l’antisémitisme »

L’idée selon laquelle critiquer Israël relèverait, de manière assumée ou tacite, de l’antisémitisme, est une équivalence aussi absurde qu’indécente qui ne fait qu’obscurcir le débat et empêcher toute discussion légitime sur les politiques de l’État israélien et les droits imprescriptibles du peuple palestinien. Assimiler Israël au judaïsme est non seulement fallacieux, mais également dangereux, car cela signifie que tous les crimes de l’État israélien seraient imputables à tous les Juifs, où qu’ils se trouvent dans le monde.

Israël n’a pas plus de légitimité à parler au nom des Juifs en tant que peuple ou en tant que religion que l’Arabie Saoudite n’en a à parler au nom des Arabes et/ou des musulmans.
Qu’il y ait « un seul Etat juif » et plusieurs dizaines de pays arabo-musulmans ne change strictement rien à l’affaire. Les dirigeants israéliens ne représentent que ceux qui les ont élus, et éventuellement ceux qui les soutiennent au-delà de leurs frontières. De la même manière qu’il serait injuste de tenir tous les musulmans responsables des actions de groupes terroristes comme Daech (dont, soit dit en passant, l’écrasante majorité des victimes sont musulmanes), il est tout aussi déraisonnable et injuste d’assimiler la critique des actions de l’État israélien à une attaque contre le judaïsme et les Juifs en général.

La religion, la race et la nation sont des concepts distincts.
Les Juifs forment une communauté religieuse et culturelle diversifiée, dont une partie seulement vit en Israël. Un pourcentage substantiel et croissant de la diaspora ne soutient pas les politiques de l’État israélien, dont les critiques les plus véhéments sont Juifs – Norman Finkelstein, Noam Chomsky, Ilan Pappé, Gideon Levy, Amira Hass, Shlomo Sand, Israel Shahak, Avraham Burg, etc., contre qui a été concocté le concept grotesque de « haine de soi », l’accusation d’antisémitisme étant inopérante.
De nombreux Juifs à travers le monde, et certains en Israël même (même s’ils sont très minoritaires), s’opposent à l’occupation et aux politiques d’Apartheid envers les Palestiniens. Des groupes juifs comme Neturei Karta, les Satmar Hasidim, et True Torah Jews s’opposent à l’existence même de l’État d’Israël. Par conséquent, il est erroné et réducteur de lier Israël à la judéité et/ou au judaïsme.

En amalgamant systématiquement Israël et les Juifs, on perpétue une vision monolithique qui alimente l’antisémitisme et expose injustement les Juifs du monde entier aux représailles pour les actions d’un État sur lequel ils n’ont aucun contrôle. La critique des politiques d’un gouvernement ne doit pas être confondue avec la haine envers une religion ou un peuple.
C’est un devoir de vigilance et de justice que de distinguer les deux, afin de protéger les droits humains et de lutter efficacement contre toutes les formes de discrimination. Il est impératif de neutraliser l’action des pompiers pyromanes qui instrumentalisent les Juifs à des fins d’intimidation politique voire judiciaire.

Tous ceux qui assimilent antisémitisme et antisionisme pour faire taire les critiques d’Israël sont eux-mêmes les promoteurs de l’antisémitisme, car les crimes d’Israël ont atteint un tel degré d’obscénité qu’ils sont exécrables à toute personne dotée d’une once d’humanité. Si cette condamnation de l’armée d’occupation et de son gouvernement devait s’étendre à tous les Juifs à cause des abus de langage de zélotes plus soucieux de la perpétuation d’un système colonial raciste et génocidaire que de la sécurité des Juifs du monde entier (sans même parler de la vie des Palestiniens), il est de notre devoir impérieux de les démasquer, et de ne pas céder à leur intolérable chantage.

3. « Lorsqu’on va à Rafah, c’est l’équivalent du débarquement en Normandie »

La comparaison entre l’invasion israélienne de Gaza et l’action des Alliés en Normandie en 1944 est non seulement erronée mais aussi dangereusement trompeuse. Les Alliés ont débarqué en Normandie avec pour objectif de libérer l’Europe de l’oppression nazie et de mettre fin à un régime génocidaire responsable de l’Holocauste. C’était une guerre pour la justice, pour la défense des droits humains fondamentaux et pour l’éradication d’un système qui menaçait la paix mondiale.

L’invasion israélienne de Gaza ne peut en aucun cas être comparée à une libération. Gaza était déjà un territoire enclavé, soumis à un blocus sévère qui contrôle strictement les mouvements de ses habitants et limite l’accès aux ressources essentielles telles que l’eau potable, les médicaments et l’électricité. Les Palestiniens y vivent dans des conditions de privation extrême depuis près de 20 ans, avec une infrastructure dévastée par des décennies de conflit et de blocus économique. Loin de réaliser une quelconque action de libération, Israël, en tant que puissance occupante, utilise une force militaire colossale et indiscriminée contre une population civile sans moyens de défense et sans refuge, violant ainsi les conventions internationales sur les droits de l’homme et le droit humanitaire. L’analogie du sort de Gaza avec celui du ghetto de Varsovie est tout à fait probante.

Ce sont les politiques d’expansion israéliennes, soutenues par une vision messianique extrémiste qui considère tous les territoires du « Grand Israël » biblique comme appartenant aux Juifs, qui menacent la paix au Moyen-Orient et dans le monde. Cette idéologie expansionniste alimente la violence et la répression des Palestiniens, et génère une instabilité régionale et mondiale. La véritable menace pour la paix réside dans cette politique de colonisation et de conquête continue d’Israël, qui empêche tout progrès vers l’auto-détermination des Palestiniens, et les soumet à un génocide qui n’est pas sans évoquer celui des Juifs.

Comparer Israël aux Alliés de la Seconde Guerre mondiale revient à détourner l’imaginaire collectif de l’héroïsme des forces alliées pour justifier des politiques d’occupation et de nettoyage ethnique. Une analogie historique plus pertinente serait de comparer Israël aux forces nazies génocidaires, et les Palestiniens de Gaza et de Cisjordanie occupées aux résistants, luttant pour leur liberté et leurs droits fondamentaux, tout comme les résistants européens qui ont combattu l’occupation nazie.
Ainsi, assimiler les actions israéliennes à celles des Alliés en 1944 est non seulement une falsification historique, mais aussi une justification inacceptable de l’oppression continue des Palestiniens qui détourne l’attention des véritables causes du conflit.

4. « Si vous leur donnez un État maintenant, ce sera la plus belle récompense possible pour ces terroristes. »

L’idée selon laquelle donner un État aux Palestiniens serait « une récompense au terrorisme » est une déformation grotesque des principes fondamentaux de justice et de droit international. Les droits des Palestiniens à l’autodétermination et à un État souverain sont reconnus par plusieurs conventions internationales et résolutions contraignantes de l’ONU, qui ont affirmé à plusieurs reprises ce droit inaliénable. Ignorer ces droits sous prétexte de « lutte contre le terrorisme » est non seulement fallacieux mais aussi moralement répréhensible, car cela revient à justifier la privation des droits les plus basiques d’une population entière et à infliger un châtiment collectif à des millions de personnes. Sans même parler du fait que l’utilisation d’une force militaire écrasante contre des civils désarmés et pris au piège est elle-même un cas d’école de terrorisme d’Etat.

Les cycles de violence perpétuels au Moyen-Orient sont directement causés et exacerbés par l’occupation illégale des territoires palestiniens par Israël, avec ses checkpoints, ses restrictions de mouvement, ses démolitions de maisons et ses confiscations de terres, qui constituent une violation flagrante du droit international humanitaire. Ces actions nourrissent un climat de colère légitime parmi les Palestiniens, qui, face à l’impuissance, voire l’indifférence du monde à leur sort depuis des décennies, se sentent privés de tout espoir d’avenir et de stabilité, et voient la résistance armée comme seul recours, ayant épuisé toutes les autres possibilités : rappelons que les deux Intifadas étaient largement pacifiques, de même que la Grande marche du retour de 2018-2019, et qu’elles ont été réprimées dans le sang et n’ont pas permis d’améliorer le sort des Palestiniens.

Donner un État aux Palestiniens n’est pas une concession politique ni un encouragement au terrorisme, comme Netanyahou voudrait le faire croire. C’est une nécessité impérieuse pour restaurer la dignité humaine et les droits fondamentaux des Palestiniens bafoués depuis des décennies. Reconnaître le droit des Palestiniens à l’autodétermination est un impératif moral et juridique, visant à mettre fin à une occupation injuste et à mettre fin au projet de déportation de toute une population, initié en 1948 (Nakba), poursuivi en 1967 (Naksa), et que le gouvernement israélien extrémiste voudrait aujourd’hui parachever tant à Gaza qu’en Cisjordanie.

Les résolutions de l’ONU sont claires sur ce point : elles appellent à la création d’un État palestinien viable et indépendant, dans le cadre de frontières sûres et reconnues, à la fin de la colonisation et de l’Apartheid, et au retour des millions de Palestiniens réfugiés. Seule l’application de ces principes pourra mettre fin aux cycles destructeurs de violence et ouvrir la voie à un avenir de prospérité pour le Moyen-Orient. Ce sont les violations successives par Israël des résolutions de l’ONU qui ont perpétué les tensions et les guerres, et non l’inverse.

5. « Notre victoire, c’est votre victoire. C’est la victoire de la civilisation judéo-chrétienne contre la barbarie. »

Le discours selon lequel une victoire d’Israël serait une victoire de l’Occident et de la civilisation sur la barbarie est imprégné de clichés colonialistes anachroniques. En réalité, c’est le soutien inconditionnel de l’Occident à Israël qui lui aliène légitimement les peuples arabo-musulmans et le Tiers Monde en général, exacerbant les conflits et sapant toute crédibilité de l’Occident lorsqu’il parle de valeurs démocratiques ou de respect des droits de l’homme, ces slogans humanistes apparaissant comme un paravent pour justifier la barbarie bien réelle infligée aux Palestiniens.

L’idée de « choc des civilisations » est une construction idéologique qui divise le monde en termes manichéens et sert à justifier des politiques impérialistes et racistes. Israël est souvent présenté comme un bastion de l’Occident en terre musulmane, mais cette vision perpétue des visées hégémoniques d’un autre siècle et ignore les injustices subies par les Palestiniens. Elle renforce les stéréotypes et l’idée de « mission civilisatrice » des races supérieures sur les races inférieures. De nombreux pays arabo-musulmans et du Tiers Monde voient en effet le soutien occidental à Israël comme une continuation de la colonisation et de l’impérialisme, et il serait difficile de leur donner tort.

Au lieu de voir le conflit israélo-palestinien comme un combat entre civilisation et barbarie, il faut reconnaître les droits et la dignité d’un peuple opprimé et occupé depuis plus de 75 ans, qui subit jusqu’à ce jour les conséquences des politiques impériales. Seule une politique qui fasse coïncider les principes du droit avec les politiques extérieures des capitales occidentales, sans deux poids deux mesures, sans hypocrisie, peut restaurer leur crédibilité auprès des peuples du sud.

Les déclarations et silences coupables de Darius Rochebin

Darius Rochebin ne s’est pas contenté de laisser Netanyahou débiter tous ces mensonges, il a parfois apporté sa caution explicite, voire surenchéri sur les déclarations criminelles d’un génocidaire. Il a ainsi affirmé « On voit bien que vous tuez beaucoup de combattants du Hamas », une affirmation totalement gratuite qui tend à accorder du crédit au ratio grotesque de 1 combattant tué pour chaque civil tué avancé par Netanyahou.
En faisant mine de dénoncer « l’excès de morts, le si grand nombre de morts à Gaza », Darius Rochebin semble soutenir l’idée qu’il y aurait un nombre acceptable de morts civiles. En affirmant que « Tout le monde convient qu’il faut lutter par la force contre les islamistes », Darius Rochebin valide l’idée du choc des civilisations : il faudrait ainsi empêcher les « islamistes » d’être ce qu’ils sont, même en « Islamie », la population palestinienne étant musulmane et conservatrice et votant logiquement pour l’Islam politique (une définition fréquente du terme « islamiste »).

Rappelons que le Hamas a été démocratiquement élu dans des élections auxquelles Jimmy Carter, l’ancien Président américain, était présent en tant qu’observateur, et qu’il a qualifiées d’ « honnêtes » et « justes ».
Et en insistant pour demander « Est-ce que ça veut dire que vous détruirez les centres nucléaires avant ? Une heure avant, une semaine avant, un mois avant qu’ils aient la bombe ? Est-ce que ça c’est certain ? », Darius Rochebin semblait sinon encourager Netanyahou à passer à l’action (et donc à déclencher une guerre régionale voire mondiale), du moins la présenter comme légitime, alors que l’AIEA a établi le caractère pacifique du programme nucléaire iranien, et qu’Israël, Etat belliqueux par excellence, n’est pas, contrairement à l’Iran, signataire du Traité de non-prolifération des armes nucléaires, ce que le journaliste se garde bien de mentionner.

Enfin, voici un petit florilège des affirmations et dénégations les plus infâmes de Netanyahou, qui se passent de longs commentaires.

« On a tout fait pour éviter la famine. La consommation de calories, c’est 3200 calories par personne, c’est 1000 calories de plus que ce qui est requis au quotidien. » (propos aussi outrageux que s’il était tenu au sujet de détenus de camps nazis de concentration ou d’extermination, d’autant plus qu’avant même le 7 octobre, toute la population de Gaza était soumise à un régime de privations machiavéliquement calculé)

« Nous faisons tout pour éloigner les civils des zones de conflit… le nombre de pertes civiles relatives aux pertes de combattants, c’est le taux le plus bas qu’on a vu dans une guerre urbaine moderne… c’est à peu près un pour un… Notre politique, c’est de minimiser les pertes civiles…. Je pense qu’un seul mort civil, c’est trop. » (il n’est plus à prouver qu’Israël cible délibérément les civils : la plaidoirie de l’Afrique du Sud à la CPI citait notamment les multiples déclarations de responsables israéliens, dont Netanyahou, affirmant qu’il n’y a AUCUN innocent à Gaza ; les images apocalyptiques de destructions de masse de quartiers résidentiels suffisent à réfuter ce mensonge abject)

« 50 000 terroristes qu’on a tués » (le ratio des tués à Gaza ne serait donc plus de 50% de combattants, mais de 100%, y compris les femmes, les enfants, les nourrissons et les prématurés : tous les Palestiniens sont des terroristes aux yeux de l’armée israélienne)

« Le Hamas va de nouveau soumettre les Palestiniens, ils se serviront de Gaza comme d’une base pour continuer ces attaques où ils décapitent les femmes, violent les femmes, brûlent des bébés. » (en répondant avec solennité « Nul ne diminue l’atrocité de ce qui a été commis le 7 octobre. Nul ne diminue l’atrocité de ce qui a été commis le 7 octobre. », Darius Rochebin apporte sa caution à ces mensonges largement réfutés sur les événements du 7 octobre)

« Nous sommes sortis de Gaza. Nous avons abandonné nos bases, nous avons tout donné aux Palestiniens. » (même après le retrait israélien de 2005, Gaza restait occupée selon le droit international : si les geôliers d’une prison en quittent l’enceinte pour la surveiller de l’extérieur, les prisonniers restent prisonniers)

« les Palestiniens, une fois déradicalisés, doivent avoir une autonomie. Ils doivent avoir le pouvoir de se gouverner eux-mêmes et pas le pouvoir de menacer Israël » (la « déradicalisation » signifie l’acceptation de la colonisation, de la dépossession, de l’Apartheid, dans une sorte de camp de rééducation totalitaire qui a pour but de briser la volonté des Palestiniens, ce qui est le but du goulag de Gaza ; et « l’autonomie » promise est celle de l’Autorité palestinienne en Cisjordanie, à savoir servir de milice à Israël pour mater toute velléité de révolte, sans aucune des prérogatives régaliennes d’un Etat)

Conclusion

Cette interview reflète de manière exemplaire la déchéance du journalisme mainstream en France voire en Occident, où il a tourné le dos à son rôle de « quatrième pouvoir » pour servir la soupe aux puissants, et même faire l’apologie du terrorisme et du génocide.
A ce titre, elle méritait d’être retranscrite intégralement, ce que nous faisons ci-après. Un journalisme responsable nécessite d’exposer les faits et de demander des comptes aux responsables de telles atrocités, plutôt que de servir de plateforme pour leurs distorsions de la vérité.

La crédibilité des médias et le droit du public à être informé sont en jeu lorsque des falsifications si ignobles passent à l’antenne sans contradiction digne de ce nom. Noam Chomsky parlait de « fabrique du consentement » pour désigner la propagande médiatique, et on voit qu’aujourd’hui, on peut faire accepter aux populations un génocide diffusé en direct sur les écrans de nos réseaux sociaux (les médias étant trop timorés pour diffuser ni même mentionner ces images, qui démasqueraient leur complicité).

Si Darius Rochebin n’a pas une seule fois prononcé les termes de « liberté de la presse » ou de « génocide », il a prononcé le mot « pardon » à 11 reprises, pour s’excuser d’interrompre Netanyahou. Ce n’est pas à un criminel de guerre et criminel contre l’humanité qu’il aurait dû adresser une demande de pardon avec tant de servilité, mais à ses confrères journalistes assassinés par dizaines par l’armée d’occupation en Palestine occupée et au Liban, aux dizaines de milliers de dépouilles et de cadavres déchiquetés à Gaza, aux enfants Palestiniens orphelins et/ou amputés sans anesthésie, et à ses téléspectateurs.

Interview de Netanyahou sur LCI, le 30 mai 2024


Voir en ligne : https://blogs.mediapart.fr/alain-ma...

   

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